BON JOUR, BON AN
A nous l'honneur, à toi la honte, Vieille Europe à trembler si prompte, Si lente lorsqu'il faut agir !
Pour ton châtiment, sois muette!
C'est le rôle qu'on te souhaite :
Et rougis, — si tu peux rougir !
Et toi, France, France adorée.
Sois guérie et régénérée.
Pour avoir saintement lutté !
Puisses-tu renaître plus grande.
Toi dont le sang pur est rofiFrande Que tu fais à la liberté !
Tu peux saigner; mais ta blessure Qu'un ennemi cruel pressure.
Est plus noble que son acier :
Tu peux tomber : tu te relèves Plus forte, pour briser les glaives, O peuple, entre tous, justicier!
Tu prolongeais un culte impie :
Mais l'erreur des pères s'expie !
Où sont les coups que tu frappais?
Hélas ! ne parlons plus de gloire !
Il faut recommencer l'histoire Dans la majesté de la paix !
Comme autrefois, éclaire encore; Travaille au droit qui s'élabore ; Et fais un jour pâlir d'horreur Ceux qui reçoivent et qui donnent, Au bruit des obusiers qui tonnent, Des diadèmes d'empereur!
Des empereurs! Quelle démence!
Allemagne, ton tour commence :
C'est la revanche de Sedan !
C'est bien toi qui l'auras voulue !
— Et maintenant, je vous salue.
Et je vous dis : (c Bon jour, bon an ! »
Janvier 1811.