BON JOUR, BON AN
i** janvier 1811,
(c Bon jour, bon an ! » disaient nos pères.
Dans les logis les moins prospères
Se glissait un rayon d'espoir,
Quand la jeune et riante année
Au manteau de la cheminée,
En grelottant, venait s'asseoir !
L'heure présente est rude et sombre !
Nul n'oserait compter le nombre - Des deuils qu'il nous faudra mener ;
1. Compliment au public, récité par M. Coquelin au Théâtre- Fraaçais, le 1« janvier 1871.
Et Décembre à Janvier n'apporte, Au lieu de sa joyeuse escorte, Que des Prussiens à canonner.
Pourtant, en dépit des menaces, Nos espérances sont tenaces A nos foyers et dans nos cœurs ; Et j'ai voulu vous parler d'elles, Vous qui venez, amis fidèles, Jusqu^ici braver nos vainqueurs !
La rampe a perdu son prestige.
Emportés d'un commun vertige, La guerre est notre seul discours!
Notre maison, plus familière.
Vous offre, comme eût fait Molière, Le compliment des heureux jours.
Nos vœux d'abord pour ceux qui luttent Engagés d'hier, qui débutent Dans les grands rôles de héros!
No8~vœux pour ces soldats imberbes Qui partent, chantant et superbes, Sous la mitraille des bourreaux!
BON JOUR, lî ON an! 306
Pour ceux qui, dédaignant l'asile Des champs'plus sûrs où l'on s'exile, Sont restés où l'on se défend !
Pour ceux qui souffrent en silence Le froid, la faim, la mort, l'absence, — L'absence d'un petit enfant !
Ce matin, à la première heure.
Qu'elle était vide la demeure
D'où ces jolis êtres ont fui !
Ah ! triste siège ! Ah ! temps hostiles !
Ah! chères bouches inutiles,
Si nécessaires aujourd'hui!
A l'an prochain toutes ces fêtes, Le groupe aimé des jeunes têtes Apparaissant au bord du lit; Et, devant le petit Tantale, Ces jouets que le père étale.
Et ces vœux qu'un baiser remplit!
O vous, dont l'âme au loin voyage Vers la montagne ou vers la plage Où la famille a fait son nid,
Que, pour prix d'un tel sacrifice, Chaque ballon vous soit propice,- Chaque ramier vous soit béni î
Puissiez-vous bientôt, sous la voûte Où l'œil guette, où l'oreille écoute, Voir enfin fumer la vapeur, Entendre siffler sur la voie Ce signal qui sème la joie, Et qui, ce jour-là, fera peur!
Et quand, resserré par la foule.
Ainsi qu'un fleuve qui s'écoule,' Le flot des voyageurs descend.
Vous rejoindre, d'un œil avide.
Ceux qui restèrent, sans un vide; Ceux qui rentrent, sans un absent!
Des vœux encor! Que la souffrance Nous dicte, après la délivrance, Des devoirs mâles et nouveaux!
Que tout ^^paise dans les âmes!
Vieillards, enfants, hommes et femmes, La République a ses travaux!