CHANSON DE MORT
Janvier 1871,
Mon père, où donc vas-tu ? — Je vais
Demander une arme et me battre !
— Non, père! Autrefois, tu servais :
A notre tour les temps mauvais !
Nous sommes trois. — Nous serons quatre!
— Le jeune est mort : voici sa croix.
Retourne au logis, pauvre père!
La nuit vient, les matins sont froids.
Nous le vengerons, je l'espère!
Nous sommes deux. — Nous serons trois!
— Père, le sort nous est funeste, Et ces combats sont hasardeux :
Un autre est mort. Mais, je l'atteste, Tous serons vengés : car je reste !
Il suffit d'un. — Nous serons deux!
Mes trois fils sont là, sous la terre, Sans avoir eu même un linceul.
A toi ce sacrifice austère.
Patrie! Et moi, vieux volontaire, Pour les venger, je serai seul!