II
Sais-tu ce que ton doigt, lâchant cette détente,
A frappé dans l'ombre ? Sais-tu Ce que ta main détruit de poésie ardente,
D'intelligence et de vertu?
Ah ! soyez donc de ceux que Dieu choisît lui-même,
Et qu'il a marqués, de son sceau ; Que l'artiste charmé vous admire et vous aime;
Rendez fameux votre pinceau ; Soyez plus qu'un espoir et plus qu'une promesse;
Ayez la force et la beauté, Ayez toute la grâce et toute la jeunesse,
Et tout l'avenir enchanté, Pour qu'un soir il suffise à la brutale envie
D'un goujat qui sait son métier, De faire feu : du coup, il supprime une vie
Qui va manquer au monde entier!
Pauvre enfant! Il rêvait encor la délivrance;
Nos vœux brûlants étaient les. siens; Et voilà pour adieu ce que te laisse, ô France,
Le dernier plomb de ces Prussiens!
Oh! qu'il fut triste et noir le jour des funérailles!
Va, tu fais bien d'être endormi ; C'était l'heure où la faim désarmait nos murailles
Et nous courbait sous l'ennemi!