PARIS
GUSTAVE HAVARD, ÉDITEUR 15, EUE wstniakVD, 15
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Un des faits les plus déplorable de notre époque est FalUance du socialismo avec le roman. , .• •
Grâce à la complicité de la librairie, toujours prête à servir au public uho cuisine dont il est friand, mais quirampoisonne, il n'est pas un hameau, p^ une chaumière, à Theure présente, où le grand banquet socialiste n*ait ses con-
vives(^ Le pays est infesté de livres dangereux, dos à un écrivain qui bat monnaie avec le mensonge, et qui déchaîne les {Mutions avides, uniquement pour gagner ^de Tor, s^ns avoir Te moindn souci des maux qu'il cause.
fir^as ! diront quelques bonnes âmes, n'acèablez pas cet homme, il est exilé.
L'exclamation nous parait grave ; mais
elle était prévue.
. ^Nûus ne commençons ce petit livre gà'après de mûres réflexions. En son* dan) bien notre conscience, voici ce que
ntws avons, à répondre.
» 'ràux yeux de la sagesse, aux yeux de
hr 'justice, aux yeux de l'avenir, dès qu'il s'agit de l' intérêt social et de la défense des principes, toute considé-
EDGENE SUE. 7
ration personnelle, tout sentiment de pitié pour l'individu doivent disparaître.
El, du reste, afin de rassurer le lecteur compatissam , nous lui annonçons que U. EugÈne Sue mène une vie Irèsdouee hors de la frontière.
De la grande place de la ville d'Annecy, en Savoie, les habitants vous montreronl, pour peu qu'il vous plaise de faire le voyage , une propriélé fort coquelte, assise, à une demi-lieue de là. sur l'escarpement d'une colline.
Cette villa cliarmante appariient à H. RufTi, architecte piémontais.
Eugène Sue est son locataire.
Dès son réveil ',il descend, reçoit de
' lÀ-ias, comme i Paris, il n'est plas réveillé par de gentilles lïmines de diambre, coiffées i la gcfitqne cl Tttoes de gaze, ^es amii, les dëmonalM purs, loi
8 EUiSÈNB SUE.
son domestique un long bambou, fi|pf
une promenade sous les sapins de
montagne ou sur les bords verdoyani(|
du lac /et rentre ensuite pour déjeiiî
ner. ^
Le vent frais qui souffle des AIp
stimulé fort agréablement ses parois
gesliv^. Il mange ayée appétit. Sa
temante, Hébé mignonne; remplit
oôtipè^ et/ le repas MU ce bienhè
reux socialiste entre dans son cabinet
travail, où Tattendent de^ nombreos
commandes^ de libraires.
Sur un plateau d'or ciselé, le dômes
tique au bambou lui présente respec
tue'usement la paire de ganls-paille, san
ont conseillé de réformer son train de maison. II n*a,{ podr le servir .qu'une jolie gouvernante et an domes-l tique mâle.
Ti laquelle, on ne Tignore pas, notre eélè- * i)re auteur né peut jamais écrire. A cha- B cun de ses chapitres, cette paire de gants u se renouvelle, fraîche et parfumée.
Peuple aux mains noires et rugueus ses, est-ce toi qui recommandes à tes d plumes favorites cette délicatesse de ^* précautions, ces coquets préliminaires i aux œuvres que tu dévores?
Q En revanche, et par économie sans d doute, M. Eugène Sue ne met jamais de t gants à son style.
Il écrit cinq ou six heures, sans ratuss rer, sans se relire , expédie ses manusiù crits aux éditeurs parisiens, et gagne, D! du fond môme de son exil, soixante ou *a quatre- vingt mille francs, année cou- ^ rante.
PauYre homme I il gagnait ji||i bien davantage, au bon temps de ii| ron et du ConstUutionneL En ciH:
peut>étr6 il est à plaindre ; mais faire?
Après le travail, la toilette (une lelte de prince) ; puis u|4lner se Uieux attend le noble autew, qui vi d'écrire sur les misères du pauvre pages SI éloquentes. Il mange de les plats avec la satisfaction que do un devoir accompli , quitte la tab trouve à la porte du château un ch val tout sellé, magnifique arabe, Dieu ! aux naseaux impatients, aux ja bas fines et nerveusear, qui emporte so maître au galop sous les avenues d parc, et le ramène, au bout de quelques!
lieures. avec une digestion parfaitement «accomplie ^
Rentré dans ses salons, Eugène Sue trouve sa gouvernante, qui lui offre Tol)itim dans une pipe turque, garnie d'ambre et d'une richesse extrême. Il s'étend sur des coussins soyeux, fume «t s'endort.
Ne le réveillons pas.
A présent que le lecteur est bien certain que la vie de notre héros ne s'écoule point dans le désespoir et les larmes, nous sommes plus à l'aise
^ Deux fois la semaine il dîne chez M. Massé, son iToisin de campagne et son ami. M. Massé est on ancien éditeor de musique, associé de Tronpenas. 11 a pris en main la direction des affaires d'Eogène Sue, let radânrrassé d*on traité fort onéreux avec Gosselin.
powr eatmiiBr cette Doti$e |^iogi»pti|ni
Marie- Joseph Sue est né. à Bai|%j|
4801, le l* janvier. , j^
De magnifiques étrennes pour 1 térature et pour la Franee étaient^ fond de son berceau. Nous ii'avoûf^ san$ donKi, en apprécier U^ ebanii% vingt-cinq ou trente années plu^ mais cela ne doit en ri^ diminua
gratitud». -
Le xomancier socialiste i^yant ju
]Hropo9 de renier ses deux noms^
baptême au frontispice de ses œu
et d'en choisir un seul, plus euphonîqj
et plus doux/ il serait ridicule de l
chercher à ce sujet la moindre quereli
et nous lui conserverons, dans son bj
loire, le prénom d'Eugène,
'^ Sa famille est originaire de Provence.
^ Pierre Sue, son bisaïeul, professeur
de médecine légale et bibliothécaire de ^ la Faculté de Paris, laissa quelques out ^vrages estimés. Il mourut sans fortune.
'. Son grand-père, moins savant, mais ^ plus heureux, amassa des rentes follesj " «t nagea dans Topulence. Outre les ^ lonctions de professeur à i'Ëcole de
Médecine, il cumula celles de chirurgien ^' à rhospice de la Charité, de professeur
à TÉGole des Beaux- Arts et de chirurgien ^ delà maison de Louis XVI.
^ Jean-Joseph Sue, père d'Eugène, hé-
nia de la chaire d*anatomie, fut nommé par Napoléon chirurgien de la garde impériale, et sut gagner, plus tard, les bonnes grâces de Louis XVllI, qui Fat
tttcdnr, V6rs I9f7, à sa hudscmi taire.
Marié trois fèis, Jean-Joseph eu fruit différent de chacun de ses hyn
Le premier lui donna une fille presque aussitôt il crut devoir user < loi du divorce pour contracter d'à nœuds.
Dans le caractère de Tépouse dé sée, M. Legouvé, auteur du Mérite Femmes, trouva sans doute que chose du sujet de son livre, car il la immédiatement pour compagne, ( eut ce fils, qui lui succède aujourc dans la carrière des lettres.
Ernest Legouvé, Tacadémicien
> Cette première sœnr d*Eagène Sue est ma M. Gaillard, direetear des BMSMgeries.
EUGÈNS SCE. J5
aîche date, est le frère uiérin de la 3Qr aînée d'Eugène Sue '.
La seconde épouse de lean-Joseph lui tnna notre romancier ; puis elle mou- I, au bout de deux ans de mariage, la Isunl convoler à de troisièmes noces, ilerendireni pÈre d'une autre fille.
k présent la géniïalogie est en règle,
« nos origines sont constatées.
bapère d'Eugène, dans le cours de
■ère médicale, eut plus debon- V qne de véritable mérite. Chez celle Bille, le bîen-êlre et la fortune suiientune progression croissante; mais science, il faut le dire, adoptait une rehe diamétralement opposée.
ilelB n'empêcha point Jean-Joseph Ltt toix anicura soni fort grands aroiî.
It BUCLÈNB SUB.
d'être le médecio de liasséna, de sieurs maréchaux de Tempire, el de i dame de Beauharnais, qui lui co] sa confiance, lorsqu'elle devint mai Bonaparte, et ne songea pas m^ ehoisir un autre Esculape, le joar^ Me s'assit, aux côtés de Napoléon, le t^ne impérial.
— J'ai de la chance, corbleu 1 se in peUo le docteur Sue.
L'impératrice Joséphine et le pri){ Eugène de Beauharnais, son fils, daij rent tenir sur les fonts de baptômj futur auteur de Plih et Plok et de tréaumdnt.
C'est le motif qui aura, plus tard, cidé notre héros à s'administrer le nom de son parrain.
Très-riche et comblé de faveurs, Jeaneph n'avait plus rien à désirer, si ce st le titre de baron. Déjà l'Empereur ^ait accordé par lettres patentes à $rer, Portai et Corvisart; mais José* lue sollicita vainement le môme brepour son médecin. .
— Je ne fais barons que les princes de icience, dit César, qui s'humanisait "f ois jusqu'au jeu de mots \
Voulant donner à Napoléon une plos hante idée kon savoir, le docteur s'avisa de soutenir, vers e époque, une thèse étrange, et qui loi valut,
sa bizarrerie même, une sorte de popularité. H tendit que les patients de ki guillotine, après la iration de la tête du corps, éprouvaient d'atroeee QVances. Cabanis et d'autres médecins habiles ,fc%t beau démontrer l'impossibilité du fiiit, l'opinioa ^éditée par le père d'Eugène l'emporta sur leur lo- *te, sinon chez les hommes de science, du moins
K Ici hommes aensîMes.
li BU6ÈNE sut.
Eugène Sue, comme Romoloiil BQÇâ point la mamelle d'une louve, «hèvre fal sa nourrice, et l*on Feffet oortain de ce genre d* ment Lliéritier du docteur, une collège, n'eut de goût que pour >a^ pation et le jeu.
Son plus cher camarade de étoit Adolphe Adam.
Les deux amis s'entendaient cultiver ensemble la paresse et se à une infinité de tours pendabl Ueu depréparet leurs devoirs, ihl valent des cochons dinde et lâcl ces animaux rongeurs dans le botanique du père Sue, eh ils exei d'affreux dégâts.
Or, les familles de nos espiègles,
806ÈNB 8UB. If
les forcer au travail, s'entendirent * le choix d'un répétiteur fort in^ , mais trës-i>auvre, et qui; 8e voyam lUé, trembla de perdre unei^ce ative.
igène et Adoipbe, tomes les fob M Bialhenreux garçon leâr parlait de, s'écriaient d'un ccHttmuii aè-
des verûonsi au diable les thksi vous portez plaiotOi nous saurons fûkie remercier.
répétiteur eut la faiblesse de tédsr itimidatian. Quand If. Site lui de^ kit j'il était eontmit de son fils, il idaitr'OB étoufltatie ed du nsmords :
Oui, llonsièar, il tâwiillelMiicoup afin»
SO BCGÈNE SDE.
— Ahl ahl s'écriait l' Esc u lape de Joséphine. Voyons, où en esl-il du Coucessiones\t peul-il m'en réciter quelques passages ?
— Cerlainemeni, répondait EugËna avec la plus condamnable assurance.
Âdolpboetlui écbangeaioni alors ud coup d'œil, et les daux polissons débitaient à l'envi l'un de l'autre au trop confiant docteur toutes les atrocités latines qui leur passaient par la cervelle.
U. Sue était dans le ravissement.
Chaque fois il accordait une graUfication au répétiteur.
Eugène, tout en ayant une llgureirâ^comniune, rayonnait de l'éclat le plus merveilleux de la santé. Sa taille énit,
> Le boa doUeur iraiili(it dire CoNdon»,
M;' Sue passait pour un savtm de^pill 1 mier ordre. : ^^èJÉl
Ces dames payaient fort cher ieri d'être admises aux séances, à reiiii[|||^' lion toutefois de plusieurs d'en&rà qui,- en raison d'une intimité qi conque, y assistaient gratis.
Outre Adolphe Adam, Eugène alors pour «mi Ferdinand Langlé» iii espiègle de leur trempe. Les trois mons s'étaient eliargés de la pti tron du cours.'
Bien que fort ignorants eux-mâi
ils ce doutaient du manque absolu science chez le docteur. Presque châ< fois, ils s'entendaient pour le reni victime d'une mystification pleine scélératesse. Àu lieu d'étiqueter soigui
tu
U EUGÂNE SUE.
roiquèment le nom de la plante, eti sait:
«-Ceci, mesdames, est le nUoUUsl
Il toussait 4in peu, se recueillait ques secondes et commençait l'his de la plante fabuleuse, inventant uni goût de pétales, de corolles, de fai de sexes, de genres, et l'assaisonnai rélocution la plus facile, du cali plus imperturbable. U parlait ainsi ou trois heures de suite, sans broi dans une seule phrase, et, bien eni sans conclure.
Comme on le devine, les trois ai
cieux préparateurs écoutaient ces b(
dissertations.
Mais ce qu'il y avait de plus réprél
**. ' » if-.'"
t6 BVGftNB 8UB.
Eugène Sue quitta le collège w moins érudit, sur toutes matières Tàuteur de ses jours.
Hais comme, en dépit de la pro sion décroissante du talent mé< une solide clientèle s'obstinait à eni la famiiie, le docteur Sue ût entre fils, en Qualité de sous-aide, à I'Ik de la maison du roi.
Là, notre héros noue connaiss avec l'illustre docteur Véron, qu'il retrouver, un Jour, sur un autre te que celui de la médecine, sur. le te du socialisme.
Ils sont du môme âge , à trois an près.
Véron se met en quatrième dai bande, et nos garnements ont des