‹ Eugène SueChapitre 2 sur 4 · EU6ÈNB SUE. ST · texte numérisé non relu

EU6ÈNB SUE. ST

lest-vou» très-assidus, tu eabinet du lère d*Eugèfie.

Est-ce pour travailler, oa pour exaûiner le crâne de Mirabeau, que M. Sue onserve précieusement dans un bocal?

Con certes; Il s'agit de rendre visite à ertaine armoire, pleine de vins exquis, ionnés, en 1815, au docteur par les souerains coalisés, auxquels il a eu l'bonleur de tâter le pouls.

Là se trouve du tokay de premier hoix, cadeau de l'empereur d'Autricbe, t du vin du Rhin, passé à l'état de neo* 9ir, don généreux du roi de Pruéie»

N'oublions pas soixante bouteilles de Dhannisberg, expédiées par le prince de letternicb, en reconnaissance d'un hume adouci à propos, le jour môme

M BCOÈNE SUB.

convives, la manière dont ce via (Ul* table lui élail venu.

La narralioii Faite, il versait.

Chacun portait le liquide à ses lëvw «vec une coaûanceaussîlotsuivie d' ^imace unauimo. Puis, le docteur gott tant à son tour, et ne pouvant démeolï •es éloges, disait, après avoir abaoïlii U rasade ;

— Délicieux!... mais je crois qu'iUt ttaips de le boire.

.. A câté de lui, Je coupable Eugint •valait sans sourciller soit châtimenL consolé par la perspective de retrouver, le lendemain, de l'alicanie pur ou et Johanoisberg moins odieusement t»

laié.

Ce criminel maDôga eut une fin. .

BUGil^E 8UB. Il

4 Le doeteiir, un Jour, entrant à rimproviste dans son eabinet, trouva sou fils et ses amis occupés à remplir les boule leilies.

i Ah 1 ce fut une scëne terrible 1 Le mé- -^ decin des rois de l'Europe n*élait pas V homme à pardonner cet attentat contre m la précieuse armoire. Le même jour, d comble de scandale 1 il apprend que 1 monsieur son fils a des dettes et qu'il recourt à des emprunts usuraires. ^ Dans son indignation, aussi juste que it profonde, il le contraint à s'engager.

IV Notre héros se dirige vers l'Espagne I avec le corps expéditionnaire envoyé au A secours de Ferdinand ViL II fait partie, comme sons-aide, du pet^onnel médical des ambulances. Son i^htrurgien-major

^- EUGÉNB 80K.-

et très*vaudevHIislo, appelé De tous mènenl vie Joyeuse et d

lëe \ .

Do Forges ouvre bien sa boa temps à autre, au fils du docteu mais il ne peut indéfiniment lui de banquier. Cela, d'ailleurs, h beaucoup Torgueil d'Eugène.

N'importe à quel prix, il lui | l'or.

Connaissant déjà plusieurs é juifs éhoniés dont Paris abonde, il confie sa détresse et déclare que I tence lui est impossible, s'il n'j comme Véron, groom, cheval et bury.

> Adolphe Adjim n'était plag de la bande. Il rnii alors an Gon^mtoire i des éludes m trtt^érieases.

Va •

m BUGtlCB SUE.

On donne un à-compte sur le et sur la voiture, on fâitlitbiller loj I crédit par un tailleur; la pocbil maître contient encore une quanlM| louis fort raisonnable, et le voilà le pavé du matin au soir.

Le docteur Sue, qui aimait lU par principe d'hygiène, et qui pédestrement le long des ri manque d'être écrasé, rue Rit par un élégant phaêton, lancé v< terre.

Il lève la tète pour gourmandA] jeune fou qui le conduit. rem fatale 1 Eugène reconnaît son pèm

Le docteur est vif, et les coupi| canne pleuvent.

Cetie correction paternelle biaa^

Si

parviennent à contracter un dei prunt, et la ville de Toulon ne tai à voir arriver nos deux philosoj

Les joues florissantes d'EugJ forte encolure, afiriandent le sexe dional.

Hercule et sa vieille renonunéil lissent. On s'arrache le sous-«ide, maris cherchent Tainement à scrire ses services dans les limil l'hôpital militaire; ils n'y réi pas.

Grâce à la complicité de ces dai beau Sue remporte chaque jour dej doux triomphes, et De Forges coi ses côtés dans la lice amoureuse.

Un instant ils purent craindre de leurs conquêtes. A cette époquej

à Toulon de fort jolies comédien*

et comme ils se disposaient à leur

le mouchoir, le directeur du théâ-

3rma tout à coup la porte des cou-

$, déjouant les tentatives de ces

. sultans acharnés.

Bon l s'écria De Forges, il faudra

qu'il nous accorde nos entrées

ne auteurs.

uis XVIII était mort. On annonçait cre de Charles X.

i une soirée, U jeune vaudevil- , assisté d'Eugène, broche un imaptu de circonstance. La bluette est e, mise à l'étude, jouée sans retard, audie avec enthousiasme dans un i royaliste, et ces messieurs fransent le seuil du harem.

40 BU6ÈNB SUE.

. On assure qu'ils partagèrent Uj d'une œillade, plus d'un sourire»!

d'un cœur, sans jamais être en X^a collaboration ne pouvait être Bij intime ni moins jalouse.

Eugène Sue et De Forges r( unis plus de vingt ans.

Ils se brouillèrent pour des rais litiques. L'auteur de vaudevilles, J( compagnon, caractère léger, maii| prit droit, laissa le romancier se pipiter seul dans un abîme, et iQi 3dt jusqu'au socialisme, exclusive

Revenu à Paris, en 1825, Eugi trouve Ferdinand Langlé directeur!

petit journal de théâtres et de mo4ai1

> Si nos renseignements sont exacts, ce avait pour titre la Noupeauté,

Dciété de son ami De Forges, le e la liltérature lui est venu. Sa est facile, son imagination prime- 6 ; il écrit dans le Journal de Ferquelques articles badins, sinon ils, dont les lectrices raffolent, lagnifique santé continuant de T de pair avec ces premiers esstyle, nous le voyons obtenir à omme à Toulon des succès de r incroyables. Adonis aîmé de Endymion, le gracieux berger de reparaissant sur terre, n'eussent 1 coup sûr détrôné le beau Sue.

(rôles avantages de la jeunesse!

âdeTamour!

raH-on jamais croire ce qui pré- Q examinant aujourd'hui le por-

Irait que nous donnons en léte de œ tdlume, et dont nous garantissons la ptffaile ressemblance?

Et, rosi^, il a v^cu ce que vivent In nsti.

Ici peuH!tf(3 VOUS allez nous dire, illustre romancier, qu« nous traitons vom honorable personne bien à la légiA Pourquoi ces plaisan leries, demandarovous, et de quel droit ose-t-on pénéDtt dans ma vie inlime pour y chercheib scandale et l'inconvenance?

Nous allons prendre itnmédtateinffll le Ion sérieux pour vous répondre.

Celle publication, que bien des son appellent un recueil de pamphlets, losii que les gens sages approuvent, comilt une revancbe sociale, comme uae bi

ib(^

Dnu

el sévère justice, voulez-vous coniiaï tre h pensée géuéraisqui la rËgle? -f

Eh bien ! prfitez-îious une oreille at tenlive.

Déjà nous l'avons dit, mais nous son mes forcé de le redire, toutes les fois qu'un homme est monté en cbaire, s'adressanl aux masses et uhercliaat à leiv insinuer ses doctrines, nous avons It droit de déshabiller complètement c homme, el de crier au public ;

— Voilà l'apôtre qui vous prêche»!

Examinez-le, jugoz-let

Par ses actes, par sa vie cachée, par ' sa conduite, appréciez la valeur de si œuvres; voyez si sus maximes doiveoi âtre suivies, si sa morale esl respectable, si sa philosophie est honnête.

44 EOGÈNE SUE.

L'indiscrétion, dans ce cas, se nomnti châtiment, monsieur! elle rentre dm l'accomplissement d'un devoir.

Nos révélations, en conséquence, M sont pas d'un pamphlétaire; elles sont d'un juge.

Ah! vous croyez, empoisonneurs, que nous allons vous traiter tout simpto' ment en écrivains célèbres et vous laisser au front une couronné sans épines I Vos efforts, joints à ceux de l'envie al de la sottise, cherchent à noiis réduire au silence; mais rien ne nous empêchera, pourvu qu'il nous reste un souffle à la gorge, et à la main une plumOi de révéler la source de vos opinions déloyales, de vos théories menteuses, dft vos doctrines subversives. On stui

EDGENK sre. 4:;

tt vos inslinels d'ambition de- I gradante el de matérialisme abjed, on Je saura, nos maîtres, j Une dernière rois donc, s bas les I masques, vêtements à terre, et bJiscz

Dans le cours de l'année 4S2Q, l'eit- I leur du Juif errant fréquentait avec |aasiduilé te salon de madame de Cubië- Ires *. Il y Si assez bon nombre do con- Iquâles a ris toc ra tiques, dont son orgueil

de bel homme fut excessivement Huilé.

[Ses premiers livres offrent le portrait tfldële de ces maîtresses de haut parage,

que tout le cercle de leurs

>Aulcnr de romani r«ai*rqiMbl«s canne ïéliaicsie

de rarae M de pepstles, M,

48 EUGÈNE SCe.

ces a dôvioées sous le voile trai qui les couvre.

Quel nom donnerez- vous à ua profil semblable? Nous vous ea laissons choix, lecteur.

Après avoir acquitté les promîèni lettres de change de son fils, M. Sue Clara fonnellemoiil qu'il ne paierait un centime de dotles, mesure sévère mit Eugène dans une pénurie métallique assez grave pour le contraindre i porter en gage une fort belle monin Louis XVI, cadeau de l'Impératrice Josépbine, sa marraine.

Il ne réalisait alors avec sa plum^ que des bénéAces médiocres.

Hais bientôt il rassure les juifs qui lui ferment leur bourse, et louche quelques

$ mots au sujet de l'béntoge prochain de A son grand-pËrc maternel, excellent vicilp- lard, aussi chargé de vieillesse que d'é- ||' eus.

La perspective alièchc nos usuriers.

On escompte la succession de l'aïeul, et le cabriolet, le groom, le luxe, les folles dépenses reviennent avec tant do scandale, que le docteur Sue fait bel et lilen inlordire notre djndy, et le force k s'embarquer sur un navire de la marine royale, le Dreslau , en son éternelle qualité de sous-aidc.

Eugène fait le tour du monde.

Il visite l'Asie, l'Iode, loules les Amériques, stationne au.t Anlilles, et revient 3St, où il lui arrive une aventure

ffl EUGENE Sl'E.

Notre devoir d'historien ne nous { met pas de la passer sous silence.

Ayant nppriâ à dessiner quelque ji et cherchatU sur mer l'emploi de ses!

sirs, Eugène s'amusait à croquer matelots sur le poni du vaisseau.

La charge arrivait surtout leusement à la pointe de son crayon.

Mais un matelot provençal, déjà 1 laid de visage, el que le malin sous-aJ rendit, comme de juste, infiniment p laid encore, s'indigna de voir sa caril lure collée au grand mât du BretU Ses camarades le plaisantaient au H de toutes les bornes permises, et san Gune contre le dessinateur était pi fonde. ^

Mais commentse venger d'un officie

fpauvre diable avaii le droit de saluer Eugène avec beaucoup da respect, voilà tout.

Cependant il se creusait la lêie pour découvrir une vengeance qui ne le menât point au cachot.

La découverte n'eut lieu qu'à Brest.

Un soir, cherchant refuge sous un porche, pour se mettre à l'abri d'un orage violent qui venait d'éclater, notre Provençal aper(;oit le sous-aide caricaturiste en frac brodé d'or, en culotte blancbe, en gants beurre frais, en souliers fins, et dans un grand embarras.

Il y a bal chez le préfet maritime.

Eugène est atiendu par une femme charmante, avec laquelle il doit danser le premier quadrille ; mais il est là de-

Co EUGÈNE SUE.

puis un quart d'heure, sans possibilité de trouver une voiture, et ne voulant pas cornpronioitre sa fraîche toilette âu milieu des ruisseaux.

-^ Serviteur, morisinur Souo! zéTOUS souhaite lé bonzoir, dit le 'mafteioK, ttluant le bel officier.

Du premier coup d^œil il Juge la situalion et pressent la vengeance.

— Bonsoir, mon brave, dit le sousaide. Comprends tu que, dans cette satanée ville, on n'ait point do voiture?

— Né m'en parlez pas, monsieur Soue, né m'en parlez pas! Z*ai voulu en cetccr une à ce pauvre contre-maître... Ahl ouitchef... Il est rentré cez lui, envoyant lé bal au diable.

— Ecoute, dit Eugène, il me faut une

r^ EUGENE SUE. SI

Tofture. Vingl francs pour loi si tu me la trouves. Pour (OU t au monde je ne manquerais pas à ce bal. On m'y a donna rendez-vous.

— Queiquàzolie femme ! dil le raaleloi, poussant ua comique soupir. Ah! vous êtes beau garçon, vous, monsieur Soue!

ITOos éies beau, irès-beau... Zé vous aimel — Il ne s'agit pas de cala, mais d'une voilure, imbécile.

— Vingl francs, monsieur Soue. . . Eh !

. zé vous rendrais service gratullemont, si

zélé pouvais Sandisl vous né vous

douiez pas comme zé vous aime.

— Une voiture t une voilure I

— Dans loul Brest vousnéirouvérezpas I la queue d'un fiacre Ahl une idéel...

59 EUGÈNB SUE.

Tous avez un paraplaie, monsieur Soue.

-T Oui, mais à quoi me sert-41? En traversant les rues, j'aurai de l'eau Jusqu'au genou, et j'arriverai dans un bel état pour la contredanse.

— Eh 1 grimpez sur mes épaules, sandisl

— Quoi! mon garçon, tu consentirais...

— Pour voas, mille sabords 1 zé mé noierais trente fois lé zour... Ahl vous êtes beau ! très-beau, monsieur Soue!...

Voyons, montez, et ouvrez lé riflard.

Notre sous-aide accepte ce moyen de transport.

Le voilà sur les épaules du matelot, traversant à pied sec les rues torrentielles.

— Diable I monsieur Soue, vous êtes beaucoup plus lourd que zé né croyais, dit le Provençal, au bout d'une cinquan*

taine de pas.

— Courage, mon ami, courage I Je t'ai promis vingt llrancs, tu les auras.

— Les vingt francs, zé m'en fiché

bien, puisque zé vous aime... Ouf I... Si M.

levons mettais une minute à terre?

— Au milieu du ruisseau! s'écria le " sous- aide avec épouvante. Et mes sou-

liers, et mon pantalon blanc 1

— Oui, zéné dis pas lé contraire...

Mais, triple mitraille 1 vous pesez plus de deux cents livres.

— Bah I laisse donc, je te donnerai deux louis.

— Non, point d'argent... de Tamitié,

M EUOiNB 8UB.

monsieur Sone... zé préfère un peu d'amitié... Passez-moi la «main dans les Goveux.

— Gomment 1 que je te passe la main dans les cheveux, animal I Es-tu- fou?

— Âh 1 dame, si vous mé rif usée eé petit plaisir, zé vous dépose, mille bombesl

Le matelot s'accroupit, faisant rniM d'exécuter la menace.

11 y avait deux pieds d'eau dans b rue.

Notre sous-aide trouva plus sage de s'exécuter, et passa Tun de ses ganti beurre 'frais dans la chevelure ineulte du matelot.

— Merci, monsieur Soue, merci I Vous né savez pas tout l'agrément que z'é-

ECCè\E SUE. et

prouve... C'est égal, vous aies un vrai morceau dé ptonib.

— Va plus vile, affrcuît drôle 1 Tu mar^ilics comme unu (orluo.

— Ali! sanilis, vous avez beau dirSt monsieur Soue, z'ai les ruins abîmés.

Voyons, donnez-moi du courage... Embrassez moi.

— Que Je l'embrasse, canaille 1 que je l'embrasse! cria le sous-aide, bûudissani loui furieux.

— Si vous mé faites l'inzure dé mé refuser, zé vous sticotie àà mus épaules.

— Mauiiii gredin! vcux-lu flnir! cria l'ofllcier. dotii lo malelol venait de lâcher une jambe, et qui sentait tremper un do ses escarpins dans le ruisseau.

— Embrassez- moi...

— Jamais 1

Le Provençal lâcha Faulra Jambe.

Forcé de se retenir à deux mains pour ne pas choir, noire sous-aide en puu par Faccolade.

— C'est zentil , c'est très-zentil, monsieur Soue... Eucorel

On approchait de l'hôtel de k prtl»

tore, Eugène Sue FembrasM d» m»* Yoau.

Encore l encore !

Il y eut Juste six baisers, au momM où l'on arriva sous le péristyle, et le nu^ telot dit au sous-aide, en le déposant sur un terrain sec :

— Ahl monsieur Soue I monsieur Sooel vous m'avez trouvé plus xoli que mba portrait 1... Zé vais lé dire aux camait*

des. Ils né se moqueront plus dé moi.

Tout Brest, le lendemain, sut Taventure. Dieu sait quel ridicule tomba sur ce pauvre Eugène l

Quand il voulait baiser la main d'une dame, on s'écriait :

— Fi 1 vous sentez le matelot I

I>eux mois s'écoulent , et le malheureux n'a pas encore vu la fin des plaisanteries que lui attire l'anecdote. Heureusement la guerre de la Méditerranée se déclare dans l'intervalle, et le Bres-^ lau fait voile pour l'Egypte avec son équipage.

Vingt et un jours après, Eugène entend gronder le canon de Navarin.

Pendant que les flottes combinées, de France, d'Angleterre et de Russie en

58 EU Gins 8UB.

sont aux prises avec la flotle tureo-ég}f* tienne, noire romancier, qui peut.al Un voir un combat naval et en élii4iM%i les épisodes, laisse complélemem Mfl' per cette occasion de nous faire adminr plus tard son génie descriptif. U éSt cend , non pas à la cave, comme H. Dipin pendant les Trois-Jours, mais kttft de cale, où il écoute, glaeéd*épMVMlPi' le tonnerre de trois mille canons. ' ; n^i

A la fin de la bataille, on cheroheXll', gène Sue, car le chirurgien-mijoreiiil aide ont été frappés Tun et l'autre 4*0 boulet, en soignant les blessés souf iB feu.

Les matelots le tirent avec une infinie de son héroïque retraite.

On rinvlte à prendre ses instrumeflU

EUGÈNE SUE. 5t

et à opérer partout où le besoin s'en fait sentir. Il obéit; mais ceux qu'il ampute ne coûtent pas à TËtat de longs frais de convalescence ^

Jusque-là, tout son art chirurgical a ea la saignée pour limite, — et encore, à Texemplo de son ami Yéron, manquot41 parfois la veine.

A son retour en France, notre héros montre fièrement à ses amis un trophée de Navarin. G*est la dépouille complète d'un Turc, avec le cimeterre et i'Âlcoran.

^ < — M. Sna, nous disait, Il y a peu de temps, an vieil officier qui se trouvait à bord du Breslau, avait toote la maladresse d*an novice jointe à l'aplomb d'an vieax cbirorgien. Si le gaillard craignait po«r ses propres bras et pour ses propres jambes, en tevanehe il tailla les jambes et les bras d'aatroi avee betoootp de sang-froid. »

60 BUGÈNE 8UK.

Son aïeul maternel vient de mourir.

Eugène se trouve à la télé de dftquante mille écus, et son père ne tari!

pas à lui laisser un héritage de près d'an million.

Dès lors , il quitte le service et mène, au sein de Paris, cette existence de prince indien , dont on a fait des notions si pompeuses , éblouissant les ioil, excitant l'humeur des Jaloux par Èlt luxe oriental \ et attirant à ses l^iedslbir tes celles des filles d'Eve qui inrèteiitrè* reille au tintement de l'or.

Le beau Sue commence à ne plus éttf

1 II demeara d'abord ne de la FermeH lM M iÉi rins, où se trouvaient ces âmeax dressoirs dunill de vaisselle plate et d'argenterie , qoi émerreinaiai tant les lisiteors. Plus tard , il transporta S6S pénates me de la Pépinière, dans le qoartier 4a tM^ bonrg StlairHonoré.

aimé pour lui-même , et la richesse comble à propos certaines lacunes du plaisir.

A l'éclat de l'opulence , il veut joindre un autre éclat moins éphémère, et conquérir Tauréole d'une illustration quelconque. La littérature pour lui n'a été qu'un pis-aller, qu'un caprice. Ne 3e croyant pas de force à devenir un écrivain populaire, il croit trouver dans les arts moins d'obstacles à la célébrité que partout ailleurs.

— - Puisque j'ai vu l'Océan et ses magnificences, je pourrai mieux que personne les reproduire sur la toile, se dit Eugène.

Il prend pour maître Gudin, le peln-

tre de marine. Mais ses tentatiTes de palette ne sont point heureuses ^.

— J'ai là un élève qui paye en prince, disait Gudin. Mon couvert est mis à sa table tous les jours, il me prête ses chevaux, ses voitures.... Quel malheur de ne pouvoir lui donner un peu de talent!

Si je continue mes leçons, je le vole.

Pour reconnaître les politesses et la générosité d Eugène, il lui permettait,

1 Un jour son mattre loi dit: «— Yoas étleik latatailIedeNavarin?— Ooi, répondit Bogène, grand Joarl terrible combat! —Bh bien, voyon», biles U-dessns as tableau. » Malbenreusement il Ait imiMissible âi Télèrs. de composer de mémoire. î\ ne trouvait aucune coaleur, aucune nuance capables de rendre ce qn*il ê^nà vu il fond de cale, et l'invention ne le servit pas uieix qne le souvenir. Il essaya de quelques marines moins historiques, et tout récemment encore, on montrait, au foyer de rodéon, une abominable croûte, attribuée fa pineean de l'aateir de Mëêkilde,

EUGÈNE SCE. t3

de temps à aulre, de recevoir à sa place quelques iolics salliCLlou^cs, irèseiiipressées à demander des conseils sur l'an. Ellei oblenaieiil audience du héros de Navarin, qui se faisait passer pour le peinire. Ces dJmcs lo quiiiaicni parraitcmenl conseillées '.

Plus lard, Eugène Sue renversa l'anecdole.

Aux beaux jours de llalhilde et des Mystères de Paris, on ne s'imagine pas quel nombre incalculable d'épiires féminines la poste lui apportait chaque matin. Presque toutes élaienl rédigées sur le modèle suivanl, qu'un indiscret nous communique :

■ CcrUinc bUloire de dégnisf nenl en laqnnis ri la boliesciiiesS laporle. If lendemaiii, par EugtneSHe, la rclour ie tes daims, «it anc iBvaaiion ^r* de M. Uaaniit Dumis.

04 EUGiNB.SUB.

c Paris, S8 juin llk

€ Monsieur,

« La lecture de vos œuvres est itttfihirt* au-delà de tout ce qu'on peut dire. ToniélBi le premier écrivain du siècle. Je tous dob mes plus doux instants, et num serait complet s'il m'était donné de tre rhomme qui écrit des pages ai itfil' santés. Pourriei-vous, Mpnsieiir (jê'djiMi l'espérer, hélas I], dérober quelqiiBeJMii à l'inspiration pour les oonsaorer à-lijili sympathique de vos lectrieast^,.M^Ki^; moi tous les soirs.

« OoTATiB na~

Suivait l'adresse de f enthoosiuto p9sonne.

Fatigué d'une correspondance^ trop active, Eugène donne la lettre r! dnaim à un de ses amis, en lui proposant dUler au rendes-vous à sa place. L'aoi

aecepte, et la substitution $*opëre sans encombre.

A trois Jours de là, l'heureuse lectrice frappe à la porte du romancier.

Les domestiques l'introduisent auprès de leur maître. Elle envisage celui-ci, parait fort décontenancée, et murmure avec saisissement :

— Vous n'êtes pas monsieur Sue....

Pardon 1... Je demande monsieur Sue»

l'auteur de Mathilde.

— C'est mol, Madame, c'est moimême.

On devine la fin du dialogue. La mal^ heureuse perdit connaissance, en apprenant qu'elle avait reçu chez elle un simple fondé de pouvoir.

Avis aux personnes tendres et roma*

tria

^i'HHUliikn

« B&QÈHB ftVE; -.,..* I

nesques, dontl'imagiaalioii, enAtéefW la lecture d'un livre, prêle nalvameni i l'auteur les rêves les plus doux de li poésie, les délicatesses les p^s exqnses du sentiment. PersoDtie ne lâs plaU quand ellea Irouveni un Lovelace inffgne, UB Méphistophélès sans cœiir.

Voyant quil n'obtenait dans les art auouoé réusdle, Eugène daigna coBsaopH aux IsHres une partie d& ses heures opulentes.

Nous le voyons, de 1830 à 1831, menœr avec De Forges, Monnals lencùve à faire du théâtre et des Uvna^ sans teutdois que le travail sus]

> Les eonédiu qui «d1 poor dire Mansieur U ta, quif ttle atCTtt d'ifaf, aiusi «ne la pitee tajà ié ranmme, looto aui f/ùacmalU, mxi 2!^3 ipoflie.

les délices et ies voluptés de sa vie de grand seigneur.

11 est alors le Périclès d'une Aspasie fameuse, aussi charmante que spirituelle," , doitëe d'une éducation parfaite et d'une science do oalcul extrême. Deaucoup d'élé^nts personnages de la Restauralion, les plus nobles al les plus riches, ont pavé d'or le hoodoirde cette beauté maHtéinatique.

Après eux, grâce au million de son père, Eugène est parfaitement accueilli.

Persuadé qu'on l'aime pour sa valeur iotrinsèque et non poar sa forlune, il orne de ses dépouilles opimes le temple de la déesse, jusqu'au jour où, acquéranllapreuveque d'autres sacriâcatetin

approchent de Taulel, il s'avise d'y trouver à redire et de brutaliser Tidole.

On entend tout à coup des querelles violentes éclater dans le sanctuaire.

Les meubles se brisent, les porcdai* nés volent en éclat ; des bronze» sont lancés contre les glaces de Veniia^et, par intervalles, au milieu de cette 1«»pôte, on peut distinguer le bruit matet très-reconnaissabie d'un asaas gmd nombre de soufflets donnés et rendus.

Après le combat, la séparation.

Notre Périclès, à demi- ruiné, voit oil peintre illustre lui succéder dans les bonnes grâces d'Aspasie, lequel peiDtn illustre ne tarde pas à se voir supplanté par un non moins illustre compositeur, qui reste définitivement, et par contnt

EnCËNE SUE. «t

de mariago, en possession du temple, de l'idole el des dépouilles opimes.

Il y dos courtisanes heureuses. Toutes ne finissent pas à la Salpâirière.

Eugène transporte son cœur et ses hommages aux genoux de la moitié légitime d'un banquier connu.

Trop avare ou trop négligent, le mari n'accorde à madame pour sa toilette qu'un budget restreint, et les mânes économes du përe Sue gémissent en voyant le reste du million s'en aller en diamants, en chapeaux, en robes et en cachemires.

Une rois au bout de son hérilage, noire héros songe à reprendre à la lillérature ce que lui ont enlevé ces dames.

Il écrit quelques articles de mode et

Son aïeul maternel vient de mourir.

Eugène se trouve à la xètB de éinquante mille écus, et son père ne tarda pas à lui laisser un héritage de près d'un million.

Dès lors , il quitte le service et mè* ne, au sein de Paris, cette existence de prince indien , dont on a fait des relè* tiens si pompeuses, éblouissant les soiSt excitant l^umeur des Jaloux par son luxe oriental \et attirant à ses piedsloiites celles des flileft d'Ëvé qui prêtent 1*6reQle au tintement de Tor.

Le beau Sue commence à ne plus être

> U demean d'abord me de la Ferme-des-Madisrins, oà se trouvaient ces fiimeax dressoirs chaifit de Taisselle plate et d'argenterie , qui émenreillaiâat tant les Tisiteors. Plus tard , il transporta ses pé* nates me de la Pépinière, dans le quartier da boirf Saiil'Honoré.

Binié pour lui-même , ei la richesse comble à propos cenaines lacunes du plai-

 l'éclat de l'opulence, il veut joindre un autre éclat moins épbémëre, et conquérir l'auréola d'une illustration quelconque. La littérature pour lui n'a été qu'un pis-aller, qu'un caprice. Ne se croyant pas de force à devenir un écrivain populaire, il croit trouver dans les arts moins d'obstacles à la célébrité que partout ailleurs.

— Puisque j'ai vu l'Océan el ses magnidcences, je pourrai mieux que personne les reproduire sur la toile, se dit Eugène.

[ Il prend pour maitre Gudin, le pein-

tre de marine. Mais ses [enuiÎTes ^ palelto ne soni point heureuses '.

— J'ai là un élève qui paye on prind^ disait CudiD. Mon couvert osl mis i Wjjj table tous les jours , il me prête ses eb.9f' vaux, so! voilures.... Qutil nialbour i ne pouvoir lui donner un peu de talDiiU'9 Si je continue mes leçons, je le vole.

Pour roconnaiiro les politesses et la générosité d'Eugène, il lui permettait,

> Ud Jour son maître Jdi dil :<— Vons éliez k libitaille de Nsi aria?— Oui, TépriudltSuEène, granit Janrt letrible combail — Bb bien, vopns, fiiies lï-dessos ni tablcaa.i UaUieurenseiiieiii il fui impoMible ï l'élfevt, d« composer ilc iDcmoire. Il ne Ironvull ancuae conleir, luCDne naaiiM capables de rendre ce qu'il araK sa i fond de nie, ei l'Inveniioii ne le servil pas mien que le soavenir. Il essaya de quelques lûaleriquM, el taal tScemmcDl encore, on moixni), an rojer rie l'Odéon, noe abonilnable crodle, tltrt' bait |n pincctn de i'ioietr do KaliiliU.

lU- I

EUGÈNE SUE. Bï

de temps à tiulro, de recevoir à sa place quelques jolies sollicileuses, irËs empressées à demander des conseils sur l'arl. Elle* obtenaienl audience du héros de Navarin, qui se faisait passer pour le peinire. Ces dames le quittaient parfaitemeni conseillées '.

Plus lard, Eugène Sue renversa l'anecdote.

Aux beaux jours de Malhlîda et des Mystères de Paris, on ne s'imagine pas quel nombre incalculable d'épîlres féminines la poste lui apporlail cbaquo matin. Presque lomes éiaienl rédigées sur le modèle suivant, qu'un indiscret nous communique :

U. AJeuiiiire Duuus.

( Monsieur,

• La lecture de vos ceuvM au-delà de tout ce qu'on peu le premier écrivaiD du siée mes plus doux instants, i serait complet s'il m'était d< tre rhomine ijui ëcrit des santés. Pourriez- vous, Moi l'espérer, hélas!), dérober ( k l'inspiration pour les oons sympathique de vos lectrice

• OCTAÏI

Suivait l'adresse de l'en sonne.

Faligué d'une corresp active, Eugène donne la 1 à un de ses amis, en lui [ 1er au rendez-vous a sa

accepte, et la substitution ç'opère sans encombre.

A trois jours de là, Theureuse lectrice frappe à la porte du romancier.

Les domestiques l'introduisent auprès de leur maître. Elle envisage celui-ci, parait fort décontenancée, et murmure svec saisissement :

— Vous n'êtes pas monsieur Sue....

Pardon 1... Je demande monsieur Sue»

l'auteur de Mathilde.

*— C'est moi , Madame , c'est moimême.

On devine la fin du dialogue. La mat»

heureuse perdit connaissance, en apprenant qu'elle avait reçu chez elle un simple fondé de pouvoir.

Avis aux personnes tendres et roma*

M fiUGÈNE SOB.

nesques, dont rimagination, exaltée par la lecture d'un livre, prôte naïvement à Fauteur les rêves les plus doux de la poésie, les délicatesses les plus exquises du sentiment. Personne ne les plaint quand elle& trouvent un Lovelaee indigne, un M éphistophélès sans cœur.

Voyant qu'il n'obtenait dans les «U aucune réussite, Eugène daigna consacrer aux lettres une partie de ses heum opulentes.

Nous le voyons, de 1830 à 1831, commencer avec De Forges, Monnais et Villeneuve à faire du théâtre et des livres \ sans toutefois que le travail suspende

1 Les comédies qui ont poor titre Monsieur le Mêt^ guif et le Secret d'Élal, aiusi que la pièee do PiU de l'Homme^ jooée aax Nouveautés^ sont do cette époque.

■ ,** EtGENE SUE. n

' les délices et les voluptés de sa vie de

grand seigneur.

I 11 esl alors le PériclÈs d'une Aspasie

fameuse, aussi ctiarmanleque spirituelle,', I douée d'une éducatiitn parfaite et d'une I science de calcul extrême. Beaucoup

d'élégants personnages de la Reslaura- I ticm, les plus nobles et les plus riches, I ODtpavé dt)r le boudoir de celle beauld I m&rilftnatique.

Après eux, grâce au million de son I père, Eugène est parfaitement accueilli.

I Persuadé qu'on l'aime pour sa valeur iatrioscque et non pour sa fortune, il > oroe de ses dépouilles opimeg le temple [ de la déesse, jusqu'au jour où, acquérant la preuve que d'autres saoriflcsleun

68 EUGtNB StJI.

approchent de l'autel, il s'avlMffy trou* ver à redire et de brutaliser Ildole.

On entend tout à coup des .querelles violentes éclater dans^le sanetuaire.

Les meubles se brisent, les poreelai»

nés volent en édat ; des bronzet eoBl lancés contre les glaces de ^mlt/k^ par intervalles, au milieu deoMAfim?:

pôte, on peut distinguer le brpit. Aflrll très-reconnaissable d'un aiwpirigMi:

nombre de soufQets donnés et leiidiis.

Après le combat, la séparation.

Notre PéricISs, àdemi-ruiné, Volt ott peintre illustre lui succéder 'dans fci bonnes grâces d'Aspasie, lequel peintts illustre ne tarde pas à se voir supplanlf par un non moins illustre compositeor,' qui reste définitivement, et par contnt

ETJGÈNE SUE. Sf

de mariage, en possession du temple.

de l'idole el des dépouilles opimes.

Il y a des courtisanes heureuses. Toutes ne finissent pas à la Salpêtriêra.

Eugène transporta son cœur et ses hommages aux genoux de la moitié légilime d'un banquier connu.

Trop avare ou trop négligent, le mari n'accorde à madame pour sa toilette qu'un budget restreint, et les mânes économes du père Sue gémissent en voyant le reste du million s'en aller en diamants, en chapeaux, en robes et en cachemires.

Une fois au bout de son héritage, notre héros songe à reprendre à la littérature ce que lui ont enlevé ces dames.

Il écrit quelques articles de mode et

60 E06ÈNE SUS.

Son aïeul maternel vient do moartr.

Eugène se trouve à la tèle de ëlnquante mille écus, et son père m indi pas à lui laisser un héritage de près d'un million.

Dès lors, il quitte le service et mène, au sein de Paris, cette existeûce ds prinee indien , dont on a fait des rébtions si pompeuses, éblouissanil les ioii, excitant l^umeur des Jaloux par M luxe oriental \ et attirant à ses j^edisiti^ tes celles des filles d'Ëvé qui inrAteiitr^ renie au tintement de l'or. < -

Le beau Sue commence à ne plus ètti

> U demeura d'abord me de la Ferme-das-MMih rins, oà se trouvaient ces fameux dressoirs chuiii de vaisselle plate et d'argenterie , qui émenreilIgiÎM tant les Tisiteors. Pins tard , il transporta ses |f nates me de la Pépinière, dans le quartier di toi boirf SilBirHonoré.

Les cercles da faubourg SaintGer* main ne Gessèrent pas de lui faire ac« cueil. Il y paradait avec le môme luxe, entouré de Téclat de sa jeune renommée, surpassant en morgue, en orgueil, en dédain , les plus aristocrates et les plus fiers.

Ses premiers livres affichent un Mepiicisme moral aussi complet que révoltant.

Ce familier des nobles s'apitoyait sur le sort des rois déchus, prenait la défense des blasons humiliés par les vainqueurs de 1830, et versait un mépris indicible sur tout ce qui était peuple et classe moyenne. Le socialiste intrépide que nous connaissons aujourd'hui, le flatteur des masses populaires , le cour-

tte de marine. M^is ses tentaiives dfl paleUa ne soni point heureuses '.

— J'ai là un élève qui paye en prince, disait Gudin. Mon couvert est mis à sa table louâ les jours, il me prête sescbovaux, sei voitures.... Quel nmlhour de ne pouvoir lui donner un peu de talent!

Si je contenue mes leçons, je le vole.

Pour roconnaîire les politesses et li générosité d'Eugène, il lui permettait,

^^ > Un Jour son maltnlDi dit :<— Vous éliezïftl»-

^^^ UiliedeNaiarln?— Om.TépiiudilBiiEënr, graniJ jDor!

^B^ terrible conbali — Eti biea, vo;ans, faites lâ-ilessus ai

1^^ Isblt'au. > MaHitnreiisemeiii il rulimpaMible 1 l'ïlèn.

|- de composer de mémoire. Il ne irouïail aoeuna cou-

■ leur, aacane noance upables de rendre» qn'il intl

q«e le souvenir. Il esuja de qoelques marÏJies Doïni k hisioriqq», el looi réwninienl entore, on moiilrril,

E BU roTcr de l'Odéon , ane abominable croûte, allri- 1

■ htt m fiaeen de l'ininr de MUkilde. |

il raborde , et lui dit sur ub ton fort cavalier :

— Figurez-vous, monsieur le duc, qu'après mes travaux littéraires , les steeple choses, les cpurses aux bois, les dîners, et mille occupations que me donnent ces dames , il me reste si peu de minutes à moi, qu*il m*est impossible de rendre une seule visite.

— Vous ôles bien heureux, lui répondit sèchement le duc, que monsieur votre père ait trouvé le temps d'en faire.

Cette réplique spirituelle courut toute la rive gauche, au milieu d'éclats de rire sans fin.

Pendant trois semaines elle eut une vogue immense.

74 EtIGèNE SUE.

Profondément humilié, nôtre héros ne se brouilla cependant point énewe avec le noble faubourg. Il cherehia dans la gloire littéraire un abri contre le ridicule. Ayant épuisé les sujets matitimes, il découvrit dans la mine historique d'autres filons d'or ' ; puis il aborda le roman de mœurs, et l'on prétend ^'11 s'est dessiné lui-même dans Arthwr, avec ses goûts, son caractère et ses principes de morale.

Il voyait de plus en plus chaque Jour les éditeurs se disputer ses livres,

^ lAtréaumont , — Jean Cavalier ^ — le Marquis de Létorière, — et le Commandeur 4e Mûlte forent publiés de 1837 à 1840. On reporte au même temps Deleytar, — la Coucaràtcha, — Deux Histoires,^ et les Comédies sociales.

On lui paya quatre*vingt mille francs son Histoire de la marine française, œuvre mal conçue, mal digérée , mal écrite, pour laquelle cependant M. Paulin Richard de la Bibliothèque lui avait fourni des matériaux inappréciables et fort bien coordonnés.

Mais le travail sérieux a été , de tout temps , incompatible avec l'existence de sybarite et les mœurs légères de rhomme auquel nous consacrons ces lignes.

Plus il grandissait en renommée, moins il soignait ses ouvrages, plus il s'abandonnait au monde, à son tumulte, à ses folles ivresses , et les éditeurs de {'Histoire de la Marine, pour nous ser-

— -fl

éG EUGÈNE SOiS.

nesques, dont l'imagination, exaltée par la lecture d'un livre, prête naïvement à l'auteur les rêves les plus doux de la poésie, les délicatesses les plus exquises du sentiment. Personne ne les plaint quand elles trouvent un Lovelace indigne, un Méphistophélès sans cœiiF^

Voyant qu'il n'obtenait dans les JM aucune réussite, Eugène daigna eoftsacrer aux lettres une partie de ses hMM opulentes.

Nous le voyons, de 1830 à 1831, eommencer avec De Forges, Monnais etW leneuve à faire du théâtre et des Uvns\ sans toutefois que le travail su^Moda

1 Les comédies qui ont poar iÀire MoMieur U Wth guis et le Secret d'État, aiusi que la piëee da tftt dé VEomme, joaée aux Nouveautés^ sont do cin époque.

■^prés eux « *

approchent de l'aulel, il s'avise d'y trou»

ver à redire et de brutaliser Tidole.

On entend tout à coup des querelles violentes éclater dans le sanctuaire.

Les meubles se brisent, les porcelaines volent en éclat ; des bronze» sont lancés contre les glaces de Yeniia» et, par intervalles, au milieu decçtto^tçnpôte, on peut distinguer le bruit nutèl très-reconnaissable d*un aases gmidnombre de soufflets donnés et rendus.

Après le combat, la séparation.

Notre Périclès, à demi- ruiné, voit un peintre illustre lui isuccéder dans les bonnes grâces d'Aspasie, lequel peinture illustre ne tarde pas à se voir supplanté par un non moins illustre compositeur,' qui reste définitivement, et par contnt

EUGÈNESUE. M

de mariage, en possession du temple.

de l'idole et des dépouilles opimcs.

Il y a des courtisanes heureuses. Toutes ne naissent pas h la Salpâtriére.

Eugène transporta son cœur et ses hommages aux genoux de la moitié légitime d'un banquier connu.

Trop avare ou trop négligent, le mari n'accorde a madame pour sa toilette qu'un budget restreint, et les mânes économes du père Sue gémissent en voyant le reste du million s'en aller en diamants, en chapeaux , en robes et en cachemires.

Une fois au boutde son héritage, notre héros songe à reprendre à la littérature ce. que lui ont enlevé ces dames.

Il écrit quelques articles de mode et

approchent de Tautel, il s'avise d*y trou»

ver à redire et de brutaliser Tidole.

On entend tout à coup des .querelles violentes éclater dans le sanctuaire.

Les meubles se brisent, les porceUi* nés volent en éclat ; des bronzes sont lancés contre les glaces de YeoiMy et, par intervalles, au milieu de cette twpôte, on peut distinguer le bmit mit 0t très-reconnaissable d'un aases giind nombre de soufflets donnés et rendus.

Après le combat, la séparation.

Notre Périclès, à demi-ruiné , voit un peintre illustre lui succéder dans les bonnes grâces d'Aspasie, lequel peintre illustre ne tarde pas à se voir supplanté par un non moins illustre compositeur, qui reste définitivement, et par contrit

EDGENE SUE. M

de mariage, en possession du lemple, de l'idole el des diSpouilIes opimes.

Il y a des couriisanes heureuses. Toutes na flnisseni pas à la Salpâirière.

Eugène transporte son cœur el ses hommages aux genoux de la moilié légilime d"un banquier connu.

Trop avare ou trop négligent, lo mari n'accorde à madame pour sa toilette qu'un budget restreint, el les mânes économes du père Sue gémissent en voyant le reste du million s'en aller en diamants, en chapeaux, en robes el en cachemires.

Une fois au boutde son héritage, notre héros songe à reprendre à la littérature ce qu3 lui ont enlevé ces dames.

Il écrit quelques articles de mode el

8S EUGÈNE 8U|Bc

lia duchesse se lève el sonne ses gens.

Doux domestiques robustes, galonnési sur toutes les coutures, arrivent à cet appel.

—Vous allez, dit la grande dame, pren.

dre monsieur au collet... vous compror nez, au collet?... puis vous le conduirez Jusqu'à la porte de Thôtel, qui pour lui dorénavant ne doit plus s'ouvrir.

Elle accompagne ces paroles . d^un geste impérieux.

L'ordre de la maîtresse du logis reçoit son accomplissement, et, dès ce jour, 4 Eugène Sue devient archidémocrate et socialiste à tout rompre.

Yoilà l'origine de ses convictions.

Jamais volte-face ne fut plus active et q)us prompte. Le liéros du royalismo,

Les cercles du faubourg SaintGer* main ne «essèrent pas de lui faire ac« cueil. Il y paradait avec le môme luxe, entouré de Téclat de sa jeune renommée, surpassant en morgue, en orgueil, en dédain , les plus aristocrates et les plus fiers.

Ses premiers livres affichent un scepticisme moral aussi complet que révoltant.

Ce famille des nobles s'apitoyait sur le sort des rois déchus, prenait la défense des blasons humiliés par les vainqueurs de 1830, et versait un mépris indicible sur tout ce qui était peuple et classe moyenne. Le socialiste intrépide que nous connaissons aujourd'hui, le flatteur des masses populaires , le cour-

M EUGillB SUE.

nés , il prêche dans tous ses livres H révolte et ranarchie.

Bientôt les Mystères sont en cours de publication.

Dans quel journal paraissent-ils , s*li vous plaît? Dans le Journal des DfbaU. i

Sous le système de corruption, qui, dix-huit années durant , pesa sur la i France , les meilleurs amis du Château i hii jouaient de ces tours , quand on fer- ) mait l'oreille à quelques-unes de leurs requêtes, ou quand on ne laissait pas champ libre à leurs vues ambitieuses.

Mystères de Paris dans les Débats, Juif errant dans le ConstitutUnmsL

Ainsi que \éron , notre estimable el

irs |-

Les tristes résultats de cette guerre vous ont plus d'une fois inspiré de Tépour vante; mais rassurez-vous, les attaques de cet homme cesseront un jour/ — quand il sera lui-même victime des pas* sions qu'il soulève.

Curieux d'étudier les types de son livre sur nature, et trouvant que le caractère de Rigolette surtout mérite des recberches approfondies, Tauteur du feuilleton des Débats juge convenable de nouer connaissance avec une jeune ouvrière , aux yeux de laquelle il se fait passer pour un peintre en décors.

Affublé d'une blouse et d'une cas* quette, Eugène se promène avec son type, tous les dimanches et tous les Ion-

Eugène écrivit comme prononçait son maître , et voilà pourquoi nous avons ehourineur, sans compter les autres fautes d'argot, dont fourmille ce mal* heureux livre des Mystères,

Un spirituel journaliste, Adelphe de Balathier, s'amusait dans une petite Revue de l'époque à redresser toutes êes fautes et à critiquer Tœuvre dans son ensemble.

Au deuxième article , il reçut le billet suivant :

« Vous abîmez un liomme qui vaut mieux que vous et que les vôtres! Mais pâtiencbt bientôt nous jouerons aux quilles avec votre tête! »

: Un lecteur sérieux d'Eugène Suo m pouvait écrire dans un autre style.

90 EUGÈNE BUB.

daille,on employa le surplus à fabriquer une magnifique édition du Juif errant, et ce caléchisme d*un nouveau genre fui distribué gratis au peuple des campagnes belges \

Il serait vraiment par trop injuste de ne pas remercier ces nobles patriotes au nom de la société , de la morale et de la religion.

iy L'auteur socialiste conclut avec le Constitutionnel un traité qui lui garantissait une somme de cent mille francs , pendant quatorze années consécutives ^ c'est-à-dire près d'un million et demi,

1 En revanche, les réfotations des ouvrages d'Eugène Sue n'ont été nulle part anssi nombreuses qu*en Bel» gique.

99 EUGENE SCÏ

plantas, conduit de la malso porte ezlËrieure, loule dârub cher arlificiel. Le logement irès-petiteG pièces, un peu Et obscures par les lianes et 1 dautes aux feoétres. L'am rouge à clous d'or; la cbani seule, plus claire et bleuiCre très -nombreux, s'entassent, hisioQ, entre d'épaisses tenli un peu de tous les Btjlea i go fiance, fantaisies françaises, rocaille. Les murailles son les objets d'art, bahuts, curit peintures et sculptures, portr cEiivres magistrales, œuvre modernes, ses amis. Des v dons des amiliis fémimnii (oc menl à l'expression], couvren

royale. Des noms glorii toutes parts ; Delacroix , G Yemet, etc. Dans un cadre, i siu de M" de Lamartine et di

mam d'un ami nous ouvrait pendant Tabsence du propriétaire, nous devinions bien des traits du caractère : la passion du luxe et des plaisirs bruyants, avec des retours vers ta retraite et la méditation ; le goût éclairé des beaux-arts, l'attrait pour les obscurités raffinées, l'amour des animaux et des plantes. »

C'est très-mal écrit, mais c'est fort curieux.

Seulement Mimi Yéron a négligé certains détails , et nous sommes obligé de compléter ce qui précède.

Pourquoi ne rien dire d'un portrait d'Eugène , peint à l'époque où notre graveur aurait dû le prendre, c'est-à-dire au temps où ces dames se disputaient le beau Sue ^? Afin d'encadrer Hmage plus

1 Ce portrait occupait la place d'honneur, annlissaf de la cheminée da salon.

Le Constitutionnel oublie :

Les gants-paille que le père du Juif errant passe, avant d'écrire, à ses mains illustres\ et dont la note s'élève, chez le parfumeur, à cent écus par mois , économises sur le chapitre de Taumône ;

Le riche plateau, ciselé par Froment Meurice, sur lequel on présente à Técrivain ses gants et ses lettres;

Les ciseaux d'or, destinés à couper le papier;

La fameuse écritotre de onze mille francs, chef-d'œuvre de l'art moderne,

1 M. Eagëne Sae poasse la délicatesse. et la propreté josqa'li faire savonner par ses domestiques les pièces d*or qa'il met dan$ sa beprse.

96 EUGÈKE sue.

manuscrit de la Gourmandise, tressaille, se frotte les yeux, continue de lire, et se sent pris de vertige.

Il acquiert M preuve d'une épouvantable perfidie.

Son romancier de prédilection s'est amusé à le peindre de pied en cap, et, sans le hasard, qui lui a mis devant les yeux ces pages traîtresses, Yéron allait être servi à ses propres abonnés sous la forme d'un gros péché capital.

Jugez comme il proteste !

Eugène déclare qu'il ne changera pas une ligne au manuscrit. Il argue du traité, son droit est formel; mais nonobstant toutes les clauses, Yéron s'obstîne i ne pas vouloir se laisser insérer tout vif.

EDGÈNE SUE. SS

On parle de procès.

Vérilablomcnl. il eût été curieux d'entendre ce bon docieur soulcnirau tribunal que lo portrait du gourmand lui ressemblait trop pour qu'il l'imprlniâl.

Une petite feuille pleine do malice, la Silhouette, prétendit que le traité entre le Constitutionnel et Eugène Sue pert a celui ci de diviser en deux son nouvel ouvrage, et d'en oITrlr une partie

f,Presse. Ou eût ainsi donné à M. do irdin l'Orgueil, la Colère, le Mene et VEnvie, et Véron eût conservé liGourmandise, la Paresse ei\& Luxure.

Mais cela n'arrangeait rien.

Des tiers officieux et plus habiles amenèrent une résilialion du Irailé. Véron fui imprimé dans le Siècle, et, depuis, ce

100 EDCENE SUE.

journal pariage avec la Presse le privilège de la publicatioD des œuvres d'E gène Sue*.

II est temps de quitter le domain» de) faits et d'ea venir à une courte apprécia tioQ litléraire.

Notre siècle a donné naissance à un^' foule delillérateurs, exclusivement n caniciens el charpenlieri, si nous pou^ vons nous exprimer de la sorte.

'Oulrc lit Sept eéchis c3jiil<ut,ceileBire5 va Ici Enfanla di ramaur.— i'I«iililalricr,~ la Sua AnttliiTe,-^JeanBarlelLoiiiilir\iTaaa niritlB» — Ftnaïul DUfleiiii , — rÀmiralI^ctcher. — l juiai d-itH, — Gilbert ri Gilierle.—le Dittile cia [en cours depubljullon). — et iUVfffA-t Peuple, livre [>tal, iiuo tes masses dénrcnt, et qui « im> npporlé plus d'un millian. Iinl l TanUnr qut NauiltoLaiibaire, aon éditeur. N'oublions pis !c Ber- S" i' Kranan, on Ealrrliena démecretijac! el «cioui, DDvnge publii! en 184S.

éâ

ECGENE SUE. 101

Eugène Sue est à la lâipile-ceile phalange.

Il a de l'invenlion, des rf,ua^es. Ses drames sonl mouvemanlés, s'Ujissanis; il manie l'iiornble avec beaucoup de vigueur, mais il manque abâolume<il d»

style. C'est un Paul Féval porté ii^Ja trenliëme puissance, avec moins d'esprit encore et moins de sensibililé véritable '

La punition de tous ces écrivains aU'-' nièlro, qui iitSgligetil la forme pour en-./ traîner avec eux le lecteur au iravws'.d'événements multiples, sera de \oir leurs livres oubliés dansvingl-cinq ani?.

Ils siiiDuleni à force de poivre les palais blasés; on dévore avec un certain plaisir leurs épices littéraires , mais l'indigeslioa arrive et tout est dit.

Nous avons entendu Balzac expliquer à sa manière le succès d'Eugène Sue.

« — Iqus ses caractères sont faux, disait-il. Fleur de Marie, Jacques Ferrand, . Rodin, Mathilde, Arthur et cent autres^ n*ont jamais été dans la nature.

Mais, ces caractères faux admis, Eugène Sue les poursuivra, s'il le faut, pendant . quinze ou vingt volumes, avec une logique incroyable. C'est absolument 'Comme au théâtre. Une situation impossible passe, il en résulte un succès. Or, ceci rentre dans la catégorie des surprises, et Fart n> rien à y réclamer. Tout ce qui n'est point établi sur la grande science du cœur humain, tout ce qui roule sur le galvanisme, tout ce qui fa-

ECtÈNE SCB. lOS

vorise les inlërâls grossiers el les passions d'un jour no dure pas. »

f Eugène Sue possëdail, aux environs I d'Orléans, une habitation de plaisance, appelée le cbàieau des Bordes'.

Pendant qucles malheureux villageois,

1 ses voisins, pleuraient de misère en I84S, . il écrivait là fort paisiblement ses œuvres, au milieu de tous les raHinements du luxe et de la molles^.

it transporté aux Bordes ses do- Imestiques infiles et femelles.

Ce mahoméian occJdenlal, ce pacha Kocialiste, entouré de ses femmes de kambre grecques, pouvait les prendre

pour autant de houris voluptueuses, et, quand les pauvres d'alentour lui demandaient du pain \ cet ami des classes souffrantes commandait à Froment Meurice deux magnifiques seaux à glace, d'un prix énorme, autour desquels courait une frise d'un merveilleux travail.

Porté, peu de temps après, à la dépu-

1 On affirme qa'k cette époque, il fit attendre phi» de quinze mois le règlement de leur mémoire à de malheureux ouvriers menuisiers, serruriers et antres , qui avaient exécuté des travaux aux Bordes. Si Eogëne Sne ne donnait pas de pain aux pauvres, en revanche il leur faisait distribuer gratis le RépuHieain des Campagnes, trouvant sans doute plus urgent d'éclairer le peuple sur ses droits que de le nourrir. Tott* tofoiSjOn assure qne, depuis trois ans, il a changé de système, et qu'il se montre généreu poor les frères et amis. Nous voulons croire qu'il n'y a là-deseon ni peur ni contrainte.

tation, il déclara daui< un club que personne n'avait droil au snperflu, si quelqu'un manquait du nécessaire.

comédie, donl nous avons pu voir lOQIes les scènes el juger tous les acteurs I

Eugène Sue ne voulait pas accepter d'abord le mandat de représentant; mais on sut l'y contraindre. Homme faible, il appartient à celui qui le saisit de vive force ou qui le subjugue parla menace; bomme fastueux ei dévoré de besoins immenses, il se livre au parti qui lui apporte des millions , car , autant que la peur, l'intérêt le cloue au pilori socia-

Depuis longtemps les bourgeois ne 11-

sent plus ses livres. Le peuple seul les dévore et les paye.

A répoque de son élection, ses adversaires politiques eurent soin d'affîcher sur les murs de Paris certains passages de sa fameuse préface de la Vigie de Koatfoen. Tout à l'heure nous allons reproduire nons-môme quelques-unes de ces lignes curieuses.

0*autres ennemis du candidat crièrent Irte-haut que rauteur des Mystères et âfjL Juif errant prêchait la bienfaisance, parce que cette thèse le faisait royalement viyr<3.

On lui demanda combien il avait donné aux nécessiteux depuis Février.

Sur-le-champ^ sans retard, Eugène Sue répond en étalant un certificat du

EUGÈNE SCB, lOT

maire de sa commune, pièce iriomphanle, de laquelle il résulte que, pendant les deux premiers mois de la république, il a soulagé l'indigenco de ses frères des Bordes, en donnant pour eux à l'autiirilé municipale une somme de cent vingt francs.

Répartie entre deux cents familles, pendant deux mois, celte somme représente, pour elles toutes, deux francs par jour, c'e^t-à-dire uncentime juste par famille.

c Malheur à ceux-là, bien fous au bian mâchants , qui , avec quelques mots vîdfls ou retentissants, le progrès, les lumièru et la régiiarraiion, ODi jeté en France, en Europe, les germes d'une épouyanlablB anarchie... — Ceui qui méritent à tout jamais la mépris et l'eiâcralion de la France, ce sont

lOd EUGÈNE SUE.

œs habilos gui, pour parvenir au pouvoir et se le partager, ont dit un jour au peuple : Tu es souverain!... Anathème et honte sur ces courtisans de popularité, qui, du milieu d'une oisiveté voluptueusj9« spéculent sur les misères du pauvre, et l'excitent à la haine et à la vengeance ! »

Nous empruntons ces paroles à Fécrivain même dont nous venons de retracer la vie.

Elles sont terribles.

Ce n'est pas notre faute, s! elles retombent aujourd'hui sur sa tôte, avec la pesanteur d'une malédiction.

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