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se prendrait aux regrets sans un peu de raison chrétienne , qui console de tout ; raison chrétienne , en* tends bien, car la raison seule est trop sotte et n*esl pas ma philosophie;
Lettre de toi, lettre de convalescence, de printempsi d'espérance, de quelque chose .qui me fait bonheur, d'une vie qui reverdoie. 0 mon ami, que je te remercie I
Visite d'une dame et de sa petite-fille, jeune plante un peu flétrie, pâle, inclinée sous une fièvre lente, sous le développement de la vie qui la fait souffrir. Elle est blanc d'albâtre, *^, à peine rosée aux lèvres, veloutée de violet sous les yeux, air abattu et complet de langueur intéressante. Que sa grand' mère a vu de choses I Ces aïeules sont des collections d'antiques en tout genre.
Le 28. — Heureux ceux qui noient sans avoir mu Heureux donc les croyants à la poudre homœopa* thique ! heureux donc mon estomac qui vient d'en prendre sur l'ordonnance de Marie ! J'ai plutôt foi au médecin qu'au remède, il faut le dire, ce qui revient au même pour Tefiet. Quoique je t'aie pressé de consulter cette nouvelle méthode de guérison, c'était plutôt pour le régime doux et long, et par cela d'un bon efiet, que pour les infmiment petits qui doivent produire infiniment peu de chose. Que peut contenir d'agiss<ant un atome de poudre quelconqiie, fût-elle de feu? J'ai donc pris sans conviction, et pour com->
plaire à la tendre amie, pleine de soins pour ma santé. Mon remède est de rien faire, de laisser faire dame Nature qui s'en tire seule, à moins de cas aigus. La santé est comme les enfants, on la gâte par trop de soins. Bien des femmes sont victimes de cet amour trop attentif à de petites douleurs, et demeurent tourmentées de souffrances pour les avoir caressées. Les dérangements de santé qui ne sont d'abord que petits maux, deviennent grandes maladies souvent, comme on voit les défauts dans l'âme devenir passions quand on les flatte. Je ne veux donc pas flatter mon malaise d'à présent, et, quoique gémissent cœur et nerfs, lire, écrire et faire comme de coutume en tout. C'est bien puissant le je veux de la volonté , le mot du maître, et j'aime fort le proverbe de Jacotot : Pouvoir^ âest vouloir. En effet, quel levier I L'homme qui s'en sert peut soulever le monde et se porter lui-même jusqu'au cieL Noble et sainte faculté qui fait les grands génies, les saints, les héros des deux mondes, les intelligences supérieures.
Lu les Précieuses Ridicules et les Savantes. Quel homme, ce Molière I Je veux le lire.
Le 1*' mai. — C'est au bel sdr de mai, au soleil levant, au jour radieux et balsamique, que ma plume trotte sur ce papier. Il fait bon courir dans cette nature enchanteuse, parmi fleurs, oiseaux et verdure, sous ce ciel large et bleu du Nivernais. J'en aime fort la gracieuse coupe et ces petits nuages blancs çà et
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là comme des coussins de coton, suspendus pour le repos de l'œil dans cette immensité. Notre âme s'é« tend sur ce qu'elle voit; elle change comme les horizons, elle en prend la forme, et je croirais assez que r homme en petit lieu a petites idées , comme aussi riantes ou tristes , sévères ou gracieuses , suivant la nature qui l'environne. Chaque plante tient du sol, chaque fleur tient de son vase, chaque homme de son pays. Le Cayla, notre bel enclos, m'a tenue longtemps sous sa verdure , et je me sens différente d'alors. Marie craint que ce soit malheur, mais je ne crois pas : il me reste assez de ce que j'étais pour reprendre à la même vie. Seulement il y aura nouvelle branche et deux plantes sur même tronc, comme ces arbres greffés de plusieurs sortes où Ton voit des fleurs ^ififêrentes.
A pareil jour, peut-être à pareil [instant], Mimi la sainte est à genoux devant le petit autel du mois de Marie dans la chambrette. Chère sœur I je me joins à elle et trouve aussi ma chapelle aux Coques. On m*a donné pour cela une chambre que Yalentine a remplie de fleurs. Là j'irai me faire une église, et Marie, ses petites filles, valets et bergers et toute la maison s'y réuniront tous les soirs devant la sainte Vierge. Us y viennent d'abord comme pour vohr seulement. Jamais mois de Marie ne leur est venu. Il pourra résulter quelque bien de cette dévotion curieuse, ne fût-ce qu'une idée, une seule idée de leurs devoirs de chrétiens, que ces pauvres gens connaissent peu, que nous
leur lirons en les amusant. Ces dévotions populaires me plaisent en ce qu'elles sont attrayantes dans leurs formes et offrent en cela de faciles moyens d'instructîon. On drape le dessous de bonnes vérités qui ressortent toutes riantes et gagnent les cœurs au nom de la Vierge et de ses douces vertus. J'aime le mois de Marie et autres petites dévotions aimables que l'Église permet, qu'elle bénit, qui naissent aux pieds de la foi comme les fleurs aux x>ieds du chêne.
Le 2. — Écrit à papa, à une mère sur la mort de sa fille. Lu Ândryane. Promenade avec Marie. Parlé de nos frères, ri d'un méchant auteur et rentrées par un orage ; tonnerre, pluie et bruit. A présent c'est un jour.
Le 3. — Pas écrit ni envie d'écrire, même à toi, bien-aimé malade. Si ceci te faisait du bien, si je pouvais te l'adresser, te le .mettre en main tous les jours, oh 1 alors rien ne m'empêcherait d'écrire. Mais pour l'avenir, pour jamais peut-être, cela décourage et coupe tout élan. Que me serviront des pensées que je t'adressais quand tu ne pourras pas les lire, quand je ne sais quoi me séparera de Maurice? car je crains fort de m'en retourner seule au Cayla. Je ne veux pas de cette pensée qui me revient toujours sur ta santé et tant d'autres obstacles. Ce cher voyage me parait si incertain que je n'y compte plus. Et Dieu sait alors quand nous nous reverrons I Mon ami, faudra*t-il que nous vivions séparés, que
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ce mariage que je bâtissais comme un nid pour toi, où ]e viendrais te joindre , nous laisse plus loin que jamais ! Je souffre beaucoup de cela maintenant et dans l'avenir. Mes besoins, mes penchants se portent vers toi plus qu'à tout autre de ma famille; j'ai le malheur de t' aimer plus que qui que ce soit au monde, et mon cœur s'était fait son vieux bonheurprësdetoi. Sans jeunesse, à fin de vie, je m'en allais avec Maurice. A tout âge, il y a bonheur dans une grande affection ; l'âme s'y réfugie tout entière* Ohl tant douce jouissance qui ne sera pas pour ta sœur I Je n'aurai d'ouverture que du côté de Dieu pour aimer comme je l'entends, comme je le sens. Amour des saints si désirable, si consolant, si beau , à donner envie d'aller au ciel pour arracher son cœur à Thérèse, l'amante de Jésus I Je sors d'ici; je vais lire et prendre un calme appar rent. Mon Dieul
Le 4. — Ces Mémoires d'Andryane,qu*on m'a faits si intéressants, ne m'intéressent pas encore au second volume. Peut-être est-ce ma faute, et suis-je difficile à l'impression. Je trouve ces récits de prison languissants, ces chaînes beaucoup trop traînantes; mais j'irai au bout. Dans tout livre il y a quelque chose de bon; c'est une poudre d'or semée partout, suivant ton expression, mieux appliquée peut-être qu'à présent. Je l'ai vu cet Andryane, l'Adonis des républicains; je l'ai lu et ne lui ai trouvé encore rien de plus beau que son visage.
presque iuseiisible la transiliou d'une heure à l'autre, d'une chose à une autre chose, qui se fait voir venir de loin et arrive sans choc pour l'âme. Il y a repos dans cette vie mesurée, dans cet arrangement, dans cet enchaînement de devoirs, d'études, de chants, de prières, de délassements que s'imposent les reli* gieux, qui leur reviennent successivement comme les anneaux d'une chaîne tournante. Ils n'attendent pas ou ils savent ce qu'ils attendent, ces hommes d'ha* bitude, et voilà l'inquiétude, l'agitation, le chercher de moins pour ces âmes. Bonheur sans doute de M. Chateaubriand, et de celui qui disait avec trop de mollesse : « Il me semble que, sur le duvet de mes habitudes, je n'ai pas le besoin de me donner la peine de vivre. » De tout cela je conclus qu'il est bon de savoir ce que l'on veut faire. Marie, à imagination flottante, papillonnante, n'aime pas Tuniformité et ne comprend pas que je l'aime. C'est cependant vrai, et j'éprouve contradiction, malaise de ne pas faire les choses suivant leur temps et leur ordre. C'est que sans ordre la vie est un pêle-mêle d'où ne sort rien de beau, tant au-dedans qu'au dehors. L'harmonie a tant de charmes I et ce n'est que l'accord de choses qui s'appellent et se suivent.
La Bulle de Savon^ conte oriental, qui m'est venu pour Valentine.
Le 18. — n La Reine est une perfection de bonté* Dans cet hommage de reconnaissance, dans ces mots
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écrits en un livre, et, ce me semble, aussi sur votre trône, est un doux encouragement, un attrait d'espérance en Votre Majesté.
(( Chaque Français a la sienne, et pour moi, Mu* dame, ce serait d'obtenir quelques dons pour ma paroisse, pour notre église en dénûment.
« Mission de quêteuse m'a été donnée, en venant à Paris, et puis-je mieux la remplir qu'en manifes* tant nos besoins à qui les comprend tous?
(( £n voyant vos riches cathédrales, le pompeux Saint-Roch où vous étiez, j'ai pensé tristement à notre pauvre petite église, et me suis promis de demander en son nom à notre pieuse reine.
(( Cette inspiration venue de Dieu, sans doute, je la suis, je vous l'adresse, Madame, comme à une providence , comme à la protectrice de la foi et du culte religieux en France,
« Royale aumône serait pour nous de grand prixt et graverait en grains d'encens le nom de Votre Majesté dans l'église et dans le souvenir des paroissiens d'Andillac.
<c C'est avec leur prière que je dépose à vos pieds les sentiments aussi de leur interprète, de celle qui a r honneur d'être, Madame, de Votre Majesté, la très-respectueuse et fidèle, etc., etc. »
Le 16. — Émeute, sang, bruit de canons, bruit de mort. Nouvelle venue comme un coup de foudre 4ans notre désert et calme journée. Maurice, Caro*
rO JOURNAL
amis de Paris, je suis en peine, je vous, vois sur le volcan. Mon Dleul Je viens d'écrire à Garo et com-> mence un mot à M. d'Aurevilly, mon second frère en intérêt.
Le 18. — Point de lettre hier ni d'écnture ici. Je n'ai fût qu'attendre, attendre un mécompte. Triste fin d'une journée d'espérance, qui revient encore aujourd'hui; rien ne peut l'éloigner du cœur, cette trompeuse.
Je vais lire : que lirai-je 7 Le choix des livres, malaisé comme celui des hommes : peu de vrais et d'aimables.
Le 19. — Une lettre de Louise, pleine d'intérêt pour toi : rien que cœur, esprit, charme d'un bout à l'autre, façon de dire qui ne se dit nulle part que dans ces rochers de Rayssac. La solitude fait cela; il y vient des idées qui ne ressemblent à rien du monde, inconnues, jolies comme des fleurs ou des mousses. Charmante Louise, que je l'aime I Je la trouve cette fois d'un calme, d'un désabuâé qui m'é« tonne, elle si illusionnée d'ordinaire. Je vais joindre l'autre Louise, qui ressemble tant à celle-ci, ne trouves-tu pas? et qui prie aussi et fait prier pour ta guérison. « L'autre jour, m'écrit-elle (Louise de Rayssac), j'étais à la Platée, paroisse de ma tante ; je m'approchai d'une sainte fille qui habite cette église depuis le matin jusqu'au soir, et qui est en grande
D'EUGENIE DE OUERIN. «fîl
vénération de sainteté. Je soulevai un coin de son voile noir et lui dis bien bas : « Pardon, mademoi* <c selle, je voudrais vous demander des prières pour « un jeune homme malade, frère de la personne que « j'aime le plus au monde. » — «Eh bien ! je prierai, « me dit-elle, avec cet air de modestie qui donne « encore plus de confiance à ma recommandation. » — Je ne l'ai pas revue. »
N'est-ce pas un joli trait pieux, mon ami, cette jeune fille quêtant pour toi des prières avec un air d'intérêt céleste? Elle est charmante. Les anges lui auraient donné.
Le 21. — Mon bonheur, mon charme, mes délices, écrire au soleil, écouter les oiseaux.
Ce n'a pas été long ce beau jour de ce matin. Hélas I mon ami, une lettre de Garo m'est venue par^ 1er si tristement de ta santé que j'en suis accablée. Il tousse, il tousse encore! Ces mots retentissent partout depuis, une pensée désolante me poursuit, passe et repasse dedans, dehors, et va tomber sur un cimetière; je ne puis voir une feuille verte sans penser qu'elle tombera bientôt et qu'alors les poitrinaires meurent. Mon Dieu, détournez ces pressenti* ments, guérissez-moi ce pauvre frère! Que me faudrait-il faire pour lui? Impuissante affection f Tout se réduit pour moi à souffrir pour toi.
Le 22. — Si jamais tu lis ceci, mon ami, tu auras
rO JOUBNAL
amis de Paris, je suis en peine, je vous, vois sur le volcan. Mon Dieu I Je viens d'écrire à Garo et com-> mence un mot à M. d'Aurevilly, mon second frère en intérêt.
Le 18. — Point de lettre hier ni d'écnture ici. Je n'ai fsdt qu'attendre, attendre un mécompte. Triste fin d'une journée d'espérance, qui revient encore aujourd'hui; rien ne peut l'éloigner du cœur, cette trompeuse.
Je vais lire : que lirai-je 7 Le choix des livres, malaisé comme celui des hommes : peu de vrais et d'aimables.
Le 19. — Une lettre de Louise, pleine d'intérêt pour toi : rien que cœur, esprit, charme d'un bout à l'autre, façon de dire qui ne se dit nulle part que dans ces rochers de Rayssac. La solitude fait cela; il y vient des idées qui ne ressemblent à rien du monde, inconnues, jolies comme des fleurs ou des mousses. Charmante Louise, que je l'aime I Je la trouve cette fois d'un calme, d'un désabu3é qui m'é« tonne, elle si illusionnée d'ordinaire. Je vais joindre l'autre Louise, qui ressemble tant à celle-ci, ne trouves-tu pas? et qui prie aussi et fait prier pour ta guérison. « L'autre jour, m'écrit-elle (Louise de Rayssac), j'étais à la Platée, paroisse de ma tante ; je m'approchai d'une sainte fille qui habite cette église depuis le matin jusqu'au soir, et qui est en grande
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vénération de sainteté. Je soulevai un coin de son voile noir et lui dis bien bas : « Pardon, mademoi- « selle, je voudrais vous deiïiander des prières pour (( un jeune homme malade, frère de la personne que u j'aime le plus au monde. » — a Eh bien I je prierai, « me dit-elle, avec cet air de modestie gui donne « encore plus de confiance à ma recommandation* » — Je ne l'ai pas revue. »
M'est-ce pas un joli trait pieux, mon ami, cette jeune fille quêtant pour toi des prières avec un air d'intérêt céleste? Elle est charmante. Les anges lui auraient donné.
Le 21. — Mon bonheur, mon charme, mes dé* lices, écrire au soleil, écouter les oiseaux.
Ce n'a pas été long ce beau jour de ce matin. Hélas I mon ami, une lettre de Garo m'est venue par-^ 1er si tristement de ta santé que j'en suis accablée* Il tousse, il tousse encore! Ces mots retentissent partout depuis, une pensée désolante me poursuit, passe et repasse dedans, dehors, et va tomber sur un cimetière ; je ne puis voir une feuille verte sans pen« ser qu'elle tombera bientôt et qu'alors les poitri* naires meurent. Mon Dieu, détournez ces pressenti* ments, guérissez-moi ce pauvre frère I Que me faudrait-il faire pour lui? Impuissante affection f Tout se réduit pour moi à souffrir pour toL
Le 22. — Si jamais tu lis ceci, mon ami, tu auraa
ridée d'une affection permanente, ce quelque chose pour quelqu'un qui vous occupe au coucher, au lever, dans le jour et toujours, qui fait tristesse ou joie mobile et centre de Tâme. — En lisant un livre de géologie, j'ai rencontré un éléphant fossile découvert dans la Laponie , et une pirogue déterrée dans nie des Cygnes, en creusant les fondations du pont des Invalides. Me voilà sur l'éléphant, me voilà dans la pirogue, faisant le tour des mers du Nord et de l'Ile des Cygnes, voyant ces lieux du temps de ces choses : la Laponie chaude, verdoyante et peuplée, non de nains, mais d'hommes beaux et grands, de femmes s'en allant en promenade sur un éléphant, dans ces forêts, sous ces monts pétrifiés aujourd'hui; et l'île des Cygnes, blanche de fleurs, et de leur duvet, oh I que je la trouve belle I Et ses habitants, qui sont-ils? que font-ils dans ce coin du globe? Descendants comme nous de l'exilé d'Éden, connaissent-ils sa naissance, sa vie, sa chute, sa lamentable et merveilleuse histoire; cette Eve pour laquelle il a perdu le ciel, tant de malheur et de bonheur ensemble, tant d'espérances dans la foi, tant de larmes sur leurs enfants, tant et tant de choses que nous savons, que savait peut-être avant nous ce peuple dont il ne reste qu'une planche 7 Naufrages de l'humanité que Dieu seul connaît, dont il a caché les débris dans les profondeurs de la terre, comme pour les dérober à notre curiosité I S'il en laisse vou* quelque chose, c'est pour nous apprendre que ce globe est un abtme
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de malheurs, et que ce qu'on gagne à remuer ses entrailles, c'est de découvrir des inscriptions funéraires, des cimetières. La mort est au fond de tout, et on creuse toujours pûnaoïe qui cherche l'immortalité.
Une lettre de Félicité, qui ne m'apprend rien de meilleur de toi. Quand écriront-ils, ceux qui en savent davantage? Si on voyait battre un cœur de femme, on en aurait plus de pitié. Pourquoi sommes-nous ainsi, qu'un désir nous consume, qu'une crainte nous brise, qu'une attente nous obsède, qu'une pensée nous remplisse et que tout ce qui nous touche nous fasse tressaillir? Souvenir de lettres, heure de la poste, vue d'un papier, Dieu sait ce que j'en éprouve! Le désert des Coques aura vu bien des choses pour toi. Ma douce amie, ma sœur de peines et d'affections est là, pour mon bonheur, d'un côté, pour m'attrîster, de l'autre, quand je la vois souffrir, et qu'il me faut lui cacher mes souffrances pour xaè^ nager sa sensibilité.
Le 2à. — Inquiétudes, alarmes croissantes, lettre de M. de Frégeville qui t'a trouvé plus mal. Mon Dieu! faut-il apprendre comme par hasard que je puis te perdre? Personne de plus près qu'un étranger ne me parlera pas de toi, ne me dira pas qu'il t'a vu pour moi! Dans l'éloignement, rien n'est accablant comme le silence. C'est la mort avancée. Mon ami, mon frère, mon cher Maurice, je ne sais que penser,
r]4 JOURNAL D*EUGÉNIB DE CUBRIN.
que dire, que sentir. Après Dieu, je ne vis qu'en toi comme une martyre, en souffrant. Et qu'est-ce que cela, si je pouvais l'offrir pour te racheter? quand je plongerais dans une mer de douleur pour te sauver du naufrage. Toute rédemption se fait par la souffrance : acceptez la mienne, mon Dieu, unissez-la à celle des sœurs de Lazare, unissez-la à celle de Marie, au glaive qui perça son âme auprès de Jésus moui%int; acceptez, mon Dieu, coupez, tranchez en moi, mais qu'il se fasse une résurrection I
Le 25. — Courrier passé sans me rien laisser. Mêmes doutes et incertitudes, mômes craintes envahissantes. Savoir et ne pas savoir I État d'indicibles angoisses. Et voilà la fîn de ce cahier : mon Dieu t qui le lira*?
i. Qui devait le lire? Ainsi qu*Eugénie de Guérin le pressentait,
co no fut pas Maurice, qui, ramené par elle, et non sans peine, au
' Cayla, s'y éteignit moins de deux mois après la date de cette page,
le 19 Juillet 4839. On trouvera dans un des cahiere qui suivent le
touchant récit des derniers instants d*un frère si tendrement aimé.