I. Cf. pagM 78 «t lAé
Tu comprends cela mieux que moi. M. de Lamennais a dit là-^dessus des choses divines qui t'auront pénétré. Mais par malheur, il en dit d'autres maintenant qui ne te seront pas bonnes I Son esprit d'indépendance me fait peur. Je ne comprends pes non plus que l'esprit de révolte et celui du christianisme puissent jamais faire alliance* Vit-on des révoltes chez les premiers chrétiens qui étaient bien autrement opprimés par le pouvoir que ne le sont les chrétiens d'aujourd'hui ? La légion ibébaine, la légion fulminante ont-elles tiré Tépée? N'en avaient-elles pas le droit autant qu'aujourd'hui la Pologne? Dieu et la liberté n'étaient donc pas compris par les martyrs, comme M. de Lamennais les comprend ? Car les martyrs n'ont jamais levé le bras contre les ennemis de Dieu et de la liberté. Enfin je croyais que l'esprit du christianisme consistait dans la soumission à Dieu et aux maîtres, quels qu'ils soient, qu'il nous donne; qu'à leur tyrannie il n'y avait à opposer que la prière, et, s'il le fallait, en témoignage de la vérité, souffrir la mort en paix et en pardonnant à ses bourreaux, à l'exemple de Jésus-Christ.
Le 24 aoûU — Voici un ornement de plus à ma chambrette, une gravure de la Sainte-Thérèse de Gérard, que nolro amie, la baronne de Rivières, m'a donnée avec ta poésie à oe sujet. Il me tardait d'avoir ces deux belles choses. J'ai placé la belle sainte au-dessus de la table où j'écris, où je lis, où je fais mes
prières. Ce me sera une inspiration pour bien prier, poUf bi^n écrire, pour bien aimer Dieu. J'élèverai vers elle mon cœur et
mes yeux, je lui dirai : « Regardez-moi du ciel» bienheurtusa
sainte Thérèse, regardez-moi à genoux devant votre image
contemplant les traits de l'amante de Jésus, avec un grand désir
de les graver en moi. Obtenez-moi la sainte ressemblance^ ^^H
obtcncz-moi quelque chose de vous î Faites-moi passer votre ^
regard pour chercher Dieu, votre cœur pour Taimer, votre bouche pour le prier. Donnez-moi votre force dans l'adversité, Votre douceur dans la souffrance , votre constance contre les tentations , votre indifférence pour la terre, votre ardeur pour le ciel. Que mon âme n'aspire qu'aux joies célestes, que je n'aie de vie qu'en l'amour divin; que de cet amour proviennent .outes mes affections; qu'il les consacre et qu'il remplisse de ses grâces le frère que j'aime comme vous aimiei le vôtre ! »
Sainte Thérèse souffrit pendant vingt ans des dégoûts dans la prière sans se rebuter jamais. C'est ce qui m*étonne le plus de ses triomphes. Je suis loin de cette constance; mais j'aime à me souvenir que, quand je perdis ma mère, j'allai, comme sainte Thérèse, me jeter aux pieds de la sainte Vierge et la prier de me prendre pour sa fille; ce fut dans la chapelle du Rosaire, dans l'église de Saint- Pierre , à Gaillac. J'avais douze ans ^.
IIP