DE L'EDITEUR. VU
dangers de l'exil, Timage plus naïve et plus complète de cette vie de famille qui lui manque et à laquelle il fait défaut.
Ce Journal devient peu à peu sa grande affaire, le secret et la joie de seis journées; il adoucit Tamertume de la séparation; en y mettant son âme tout entière, elle a réussi à ne plus vivre sans son frère, à ne plus vivre que pour lui; il n'y a point pour elle d'autre avenir que le sien; le terme de ses vœux, c'est de le sentir heureux, c'est de se faire elle-même sa part dans le bonheur de Maurice et dans sa renommée, car il n'est rien qu'elle n'attende pour lui, et dont il ne soit digne aux yeux de sa sœur.
Au moment où elle se croyait exaucée, la mort vmt détruire toutes ses illusions. Elle l'a perdu , mais dans son souvenir il vit, il l'écoute et il lui répond. Aussi le Journal n'est-il point suspendu. Elle écrit encore poui lui, powr Maurice au ciel. Un de ses cahiers est adressé au dernier ami de son frère, à ce seul titre un frère i'adoption pour elle; mais c'est toujours de Maurice qu'elle parle, toujours à lui. Elle s'entretient avec son ftme.
Le jour vint pourtant où la plume devait lui tomber des mams. Elle ne la reprend plus que par intervalles, pour marquer un anniversaire, pour écrire des lettres où perce incessamment son unique et dernier désir : celui
que des amis lidèles sauveul de l'oubli les écrits de son frère, ces écrits destinés à perpétuer le nom da poète mort avant l'&ge, et à rajeunir l'antique blason du Cayla. espéta longtemps, lutta de loin contre les obstacles >ute sorte qui s'opposaient à l'accomplissement de son ; puis, lorsque cette dernière illusion lui échappa, sentit que ses forces l'abandonnaient ausà; elle cessa ■ire, elle allait cesser de vivre, ut^tre a-t-elle quitté le monde avec le regret de lir pas rempli sa tâche; tous ceux qui liront ce livre it avec nous qu'elle l'avait remplie. Ses dernières !s, son Journal interrompu suffisent pour honorer à is le frère qu'elle a tant aimé. Après l'éclatant témoie de George Sand, de M. Sainte-Beuve *, il ne man- ; plus à Maurice de Guérin que l'expression si toute de la, tendresse et des regrets d'une telle sœur attacher à son nom et à sa personne des sympathies profondes et plus durables encore que l'admiration ée par quelques pages de ses écrits ; et s'il arrivait )ur que l'auteur du Centaure retombât dans l'oubli, oserions promettre au frère d'Eugénie l'immortalité.
i assurer cette gloire était son vœu. Jamais M"* de in n'avait prétendu la partager. Il en sera pourtant
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