Abréviation familière du nom de son frère Erembert
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a vant de me coucher pour voir quel temps il fait et pour en jouir un moment, s'il est beau. Ce soir, j'ai regardé plus qu'à l'ordinaire, tant c'était ravissant, cette belle nuit. Sans la crainte du rhume , j'y serais encore. Je pensais à Dieu qui a fait notre prison si radieuse; je pensais aux saints qui ont toutes ces belles étoiles sous leurs pieds ; je pensais à toi qui les regardais peut-être comme moi. Cela me tiendrait aisément toute la nuit ; cependant il faut fermer la fenêtre à ce beau dehors et cligner les yeux sous des rideaux ! Ëran m'a apporté ce soir deux lettres de Louise. Elles sont charmantes, ravissantes d'esprit, d'âme, de cœur, et tout cela pour moi! Je ne sais pourquoi je ne suis pas transportée, ivre d'amitié. Dieu sait pourtant que je l'aime! Voilà ma journée jusqu'à la dernière heure. Il ne me reste que la prière du soir et le sommeil à attendre. Je ne sais s'il viendra, il est loin. Il est possible que Mimi uvienne demain. A pareille heure, je l'aurai; elle sera là, ou plutôt nous reposerons sur le même oreiller, elle me parlant de Gaillac, et moi du Gayla.
Le 26. — Je n'écrivis pas hier, je ne fis qu'attendre. Enfin elle arriva le soir, cette chère Mimi. Me voilà heureuse, je recommence mille fois ce que j'ai fait, dit et pensé depuis son départ; elle me raconte mille choses de nos amis, du monde, de tout ce qu'elle a vu, et tout cela est charmant à dire et à f écouter. Oh! quel bonheur de se revoir ! Vraiment, L.
il y aurait de quoi s'en aller de temps en temps pour le seul plaisir du retour. Je fis hier un commencement de lettre pour toi; mais je n'étais pas à écrire, toute mon âme allait à la fenêtre. Aujourd'hui, je rentre en moi-même, et vais achever ma page. Ce ne sera qu'après dîner, pour récréation. Avant tout, il faut que je dise que je viens de jouir du soleil dans la côte de Sept-Fonts. C'est un de mes plus beaux plaisirs, comme tous ceux qui viennent du ciel. Mais cette côte est triste maintenant, c'est à peine si f on peut y voir la place où fut le banc. Il n'y a pas longtemps qu'il en demeurait quelque reste, quelques chevilles ; mais que les débris mêmes passent vite ! Tout en pensant, regardant et regrettant, je me suis assise sur un chêne renversé, mon banc d'à présent. Celui-là, du moins, ne sera pas emporté par le vent. Là, j'attendais Mimi qui est allée sur le Pigimbert porter à la Vialarette des plants de grenadier pour Marie de Thézac. Que ne [puis -je ainsi trouver quelqu'un qui te porterait quelque chose !
Le 27. — Je ferme saint Augustin, l'âme remplie de ces douces paroles : « Jetez-vous dans le sein de Dieu comme sur un lit de repos. » La belle idée , et le doux délassement que nous trouverions dans la vie, si nous savions, comme les saints, nous reposer en Dieu ! Ils vont à lui comme les enfants à leur mère, et sur son sein ils dorment, ils prient, ils pleurent, ils demeurent. Dieu est le lieu des saints;
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mais nous, terrestres, nous ne connaissons que là terre, cette pauvre terre noire, sèche, triste comme une demeure maudite. Rien n'est venu aujourd'hui, pas même le soleil ; ce soir seulement il est passé des corbeaux. Point de promenade ni de sortie qu'en pensée; mais la mienne ne s'étend pas, elle monte. Nous aurons ce soir pour lecture les bulletins du fameux procès Carrât qui occupe tout lé pays; mais je n'aime pas ces sortes d'affaires, et la célébrité du 'crime n'a rien d'intéressant, ce nie semble. Je vais pourtant m'en occuper. Ce malheureux dans sa prison a écrit à M Ile Vialar, pour lui démander une Imitation. Une pareille idée dans cette âme active ferait espérer un retour à Diëti ; mais qu'il est à craindre que ce ne soit qu'hypocrisie, puisqu'il continue d'être scélérat, dit-on. Érembert est allé à Alby pour assister aux débats qui font foule. D'où nous peut venir cette curiosité pour les | monstres ?
Le 28. — Ce matin, avant le jour, j'avais les doigts dans les cendres , cherchant du feu pour allumer la chandelle. Je n'en trouvais pas et allais retrouver mon lit lorsqu'un petit charbon que j'ai rencontré du bout du doigt m'a fait voir du feu : voilà ma lampe allumée» Vite la toilette , la prière, et nous voilà avec Mimi dans le chemin de Cahuzac. Ce pauvre chemin, je l'ai fait longtemps seule, et que j'étais aise de le faire à quatre pieds aujourd'hui ! Le temps n'était
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pas beau, et je n'ai pu voir la montagne, ce cher pays que je regarde tant quand il fait beau. La chapelle était occupée, ce qui m'a fait plaisir. J'aime de n'être pas pressée et d'avoir le temps, avant d'entrer là, de faire la revue de toute mon âme devant Dieu. C'est long souvent, parce que mes pensées se trouvent dispersées comme des feuilles. A dix heures j'étais à genoux, écoutant la plus belle morale du 4- monde, et je suis sortie me semblant que je valais mieux. C'est l'effet de tout fardeau déchargé de nous laisser plus légers, et quand l'âme a déposé celui de ses fautes aux pieds de Dieu, il lui semble qu'elle a des ailes. J'admire comme la confession est admirable. Quel soulagement, quelle lumière, quelle force je me trouve à chaque fois que j'ai dit : C'est ma faute !
Le 29. — Manteaux, sabots, parapluie, tout l'attelage d'hiver nous a suivis ce matin à Andillac où nous avons passé jusqu'au soir, tantôt au presbytère et tantôt à l'église. Cette vie du dimanche, si active, si coureuse, si variée, je l'aime. On voit l'un l'autre en passant, on reçoit la révérence de toutes les femmes qu'on rencontre, et puis on caquette chemin faisant sur les poules, le troupeau, le mari, les enfants. Mon grand plaisir, c'est de les caresser et de les voir se cacher tout rouges dans les jupes de leur mère. Ils ont peur de las downaîsélos comme de tout ce qui est inconnu. Un de ces petits disait à sa grand'mère qui parlait de
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venir ici : « Minino^ ne va pas à ce castel, il y a une prison noire. » D'où vient que les châteaux ont de tout temps porté frayeur? Cela viendrait-il des horreurs fjui s'y spnt jadis commises? Je le crois, v
Oh ! qu'il est doux, lorsque la pluie à petit bruit tombe des cieux, d'être au coin de son feu, à tenir des pincettes, % foire des fluettes I C'était mon passetemps tout à l'heure ; je l'aime fort : les bluettes sont si jolies! ce sont les fleurs de cheminée. Vraiment il se passe de charmantes choses sur la cendre, et quand je ne suis pas occupée, je m'amuse à voir la fantasmagorie du foyer. Ce sont mille petites figures de braise qui vont, qui viennent, grandissent, changent, disparaissent, tantôt anges, démons cornus, enfants, vieilles, papillons, chiens, moineaux : pn voit de tout sous les tisons. Je me souviens d'une figure portant un air de souffrance céleste qui me peignait une âme en purgatoire. J'en fus frappée, et aurais voulu avoir \ un peintre auprès de moi. Jamais vision plus parfaite. Remarque les tisons, et tu conviendras qij'U y a de belles choses, et qu'à moins d'être aveugle, on né peut pas s'ennuyer auprès du feu. Écoute surtout ce petit sifflement qui sort parfois de dessous la braise comme une voix qui chante. Rien n'est plus dpu* et plus pur, on dirait que c'est quelque tout petit esprit de feu qui chante. Voilà, mon ami, mes soirées et leurs agréments; ajoute le sommeil, qui n'est pas le moindre.
dre. C'est ta lettre à Mimi qui m'a causé tout cela; je te dirai pourquoi. Quand tu liras ceci, mon ami, souviens-toi que c'est écrit le I e * décembre, jour de pluie, de sombre, d'ennui, où le soleil ne s'est p^ montré, où je n'ai vu que des corbeaux et lu de toi qu'une toute petite lettre.
Le 3. — Rien que la date aujourd'hui.
Non, je ne veux pas rester un jour sans te rien dire, quand ce ne serait qu'un bonsoir. 11 est sept heures, Mimin tisonne, j'entends le ruisseau; c'est tout ce que je puis signaler, pour l'heure, avec ui*e belle étoile que je vois d'ici se lever sur les Mérht. Tu n'as pas oublié ce hameau.
Le 4. — Visite rare et aimable : M™ e de F... sort d'ici. Nous ne l'avons gardée que quelques heures, depuis dix jusqu'à trois. Son mari l'accompagnai! et nous l'a enlevée malgré nos réclamations. C'est qu'il était obligé de s'en retourner et qu'il ne sait pas se passer de sa femme, pas plus que de sçs yeux. Heureuse femme qui sait ainsi se rendre indi g: pensable ! La voilà du côté de Bleys et moi te disani qu'elle est venue : grand événement au Cayla qu'un e visite de dame, surtout dans la saison.
Il faut que j'écrive à Gaillac. C'est à *** que j'écrirai, non pas comme à toi ou à Louise, en grapd, en long, en large, mais en petit, en miniature. C'est assez pour qui ne veut que se faire voir. Les grands
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de saint Nicaise qui, évangélisant dans les Gaules, se trouva dans une contrée ravagée par un énorme dragon. Le saint, profitant de cet événement pour faire connaître à ce peuple la puissance du Dieu qu'il annonçait, donna son étole à un de ses disciples, et l'envoya vers le monstre que celui-ci lia de cette étole et amena devant tout le peuple aux yeux duquel il creva. J'admire la naïveté du récit et le beau prodige, auquel je crois. Bonsoir avec saint Nicaise.
Le 1 er décembre, — C'est de la même encre dont je viens de t'écrire que je t'écris encore; la même goutte, tombant moitié à Paris, moitié ici, te vient marquer diverses choses, ici des tendresses, ailleurs des fâcheries, car je t'envoie toujours tout ce qui me passe par l'âme. J'ai du regret de ne t' avoir écrit que deux mots, j'aurais pu envoyer ceci, et la pensée m'est venue de détacher ces feuilles. Mais si cela se perdait dans les cabarets où maître Délern ira boire ! Mieux vaut garder nos causeries pour une occasion sûre. Ce sera donc avec 1« pâté, si je puk # sans risque, mettre des papiers £atft la caisse.
Le 2. — Je m'en veux d'être si simple que de te croire indifférent pour ncus et pour moi. Tout 7 v absurde qu'est cette idée, elle m* a occupée, attristée hier toute la journée. Aussi, vois-tu comme je t'ai dit peu de choses ! Le triste me rend muette , pardonne-le-moi; j'aime mieux me taire que me plain-
Le 8. — Je ne lis jamais aucun livre de plétê (Jile y^ je n'y trouve des choses admirables et comme faitéâ pour moi. En voici : « Ceux qui espèrent au Seigneur verront leurs forces se renouveler de jour en jour. Quand ils croiront être à bout et n'en pouvoir plus, tout d'un coup ils pousseront des ailes semblables à celles d'un aigle; ils courront et né se lasseront point, ils marcheront et ils seront infatigables. Marchez donc, âme pieuse, marchez, et qiiàtid vous croirez n'en pouvoir plus, redoublez votre afdeur et votre courage , car le Seigneur vous soutiendra. » Que de fois on a besoin de ce soutien 1 Dis, âme faible, chancelante, défaillante, (Jue deviendrionsnous sans le secours divin ? C'est de Bossùet , ces piaroles. Je n'ai guère ouvert d'atitfe livre aujôuiv d'hui; lé temps s'est passé à tout autres choses cfii'à là lecture, dé ces choses qui ne sont rien, qui n'ont p as de nom et qui pourtant vous prennent tous lés moments. Bonsoir, mon ami.
Le 9. — Je viens de me chauffer à tous les feux du hameau. C'est une tournée que nous faisons de temps en temps avec Mimin et qui a bien ses agréments. C'était aujourd'hui une visite de malades; aussi avons-nous parlé remèdes et tisanes, a Prenez ceci, faites cela, » et on nous écoule aussi bien qu'aucuù médecin. Nous avons ordonné à un petit enfant malade pour avoir marché pieds nus de mettre des Sabots, à son frère couché à plat avec un grand mal
de tète de mettre un oreiller; cela l'a soulagé* mais ne le guérira pas, je crois. Il commence une fluxion de poitrine, et les pauvres gens sont dans leur fiimier comme des bêtes dans leur écurie; ce mauvais air les empeste. De retour au Gayla, je me trouve dans un palais , comparé à cette maison. C'est ainsi qu'en regardant tout au-dessous, je me trouve toujours bien placée.
Le 10* — Givre, brouillards, air glacé * c'est tout ce que je vois aujourd'hui. Aussi je ne sortirai pas et vais me recoquiller au coin du feu avec mon ouvrage et mon livre. C'est tantôt l'un, tantôt l'autre; cette variation me distrait. Cependant j'aimerais dé lire toute la journée; mais il me faut faire autre chose, et le devoir passe avant le plaisir. J'appelle plaisir la lecture qui n'est nullement essentielle pour moi. Voilà une puce, une puce en hiver! C'est ufl cadeau de Trilby. C'est aussi de toute saison les insectes qui nous dévorent morts et vivants. Les moins nombreux encore sont-ils ceux que l'on voit; nos dents, notre peau, tout notre corps, dit-on, elii est plein. Pauvre corps humain, faut-il que tidtfe âme soit là dedans I Aussi ne s'y plaît-elle guère, dès qu'elle vient à considérer où elle est. Oh ! le beau moment où elle en sort, où elle jouit de la vie, du ciel, de Dieu, de l'autre monde! Son étonneittëtit, je pense , est semblable à celui du poussin sortant de sa coquille, s'il avait une âme.
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chauffer ici, au grand feu du souc de Nadal 1 . Depuis il est venu du froid, du brouillard, toutes choses qui assombrissent le ciel et l'âme. Aujourd'hui que voilà le soleil, je reprends vie et m'épanouis comme la pimprenelle, cette jolie petite fleur qui ne s'ouvre qu'au soleil.
Voilà donc mes dernières pensées, car je n'écrirai plus rien de cette année; dans quelques heures c'en sera fait, nous commencerons l'an prochain. Oh! que le tçmps passe vite ! Hélas ! hélas ! ne dirait-on pas que je le regrette ? Mon Dieu, non, je ne regrette pas le temps, ni rien de ce qu'il nous emporte ; ce n'est pas la peine de jeter ses affections au torrent. Mais les jours vides, inutiles, perdus pour le ciel, voilà ce qui fait regretter et retourner l'œil sur la vie. Mon . cher ami, où serai-je à pareil jour, à pareille heure, à pareil instant l'an prochain? Sera-ce ici, ailleurs, là-bas ou là-haut? Dieu le sait, et je suis là à la porte de l'avenir, me résignant atout ce qui peut en sortir. Demain je prierai pour que tu sois heureux, pour papa, pour Mimi, pour Ëran, pour tous ceux que j'aime. C'est le jour des étrennes, je vais prendre les miennes au ciel. Je tire tout de là, car vraiment, sur la terre, je trouve bien peu de choses à mon goût. Plus j'y demeure, moins je m'y plais; aussi je vois sans peine venir les ans, qui sont autant de pas vers» l'autre monde. Ce n'est aucune peine ni chagrin qui