La bûche de Noël
du vin, car c'est ce que crient les enfants. Nous leur donnons des pommes, des noix, en retour du bon vin qu'ils nous souhaitent* et ils s'en retournent contents. C'est la Ratière, ton ancienne amie, qui nous a apporté ta lettre, ne manquant pas de demander si c'était de M. Maurice, puis comment il se portait et s'il était toujours loin, et tout cela avec un air d'intérêt qui faisait plaisir. Je crois bien que si tu avais été là, elle aurait eu des noisettes dans sa poche. Pour nous, c'est différent : ce n'est qu'aux amis qu'on en donne. Ta lettre m'a fait plaisir par l'air de contentement que j'y trouve; c'est que te voilà hors des tempêtes, des secousses qui t'ont ballotté si longtemps. Que Dieu en soit béni et te tienne à l'ancre! J'avais toujours espéré que quelque bien t' arriverait.
Le 7. — Je viens d'écrire à Félicité. C'est toujours livre ou plume que je touche en me levant, les livres pour prier, penser, réfléchir. Ce serait mon occupation de tout le jour si je suivais mon attrait, ce quelque chose qui m'attire au recueillement, à la contemplation intérieure. J'aime de m' arrêter avec mes pensées, de m'incliner pour ainsi dire sur chacune d'elles pour les respirer, pour en jouir avant qu'elles s'évaporent. Ce goût me vint de bonne heure. J'étais enfant que je faisais de petits soliloques qui auraient bien leur charme si je les retrouvais; mais allez chercher les choses de l'enfance t
Allez chercher des eaux à la source tarie!
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tête comme des glaçons. C'est ce que j'éprouve souvent, tout à l'heure; mais qu'il me vienne quelque plaisir, une lettre, une lecture, un sentiment qui me ranime, le dégel se fait et les eaux coulent;
Deux quêteurs sont passés. Ces pauvres gens tout transis m'ont fait trouver heureuse d'être auprès du feu et d'avoir de quoi leur donner. Tu dois faite souvent l'aumône, à présent que te voilà riche; je sais que tu l'aimes. Tu m'as dit, je me souviens, que tu n'as jamais rencontré un pauvre sans lui donner un sou quand tu l'avais. Ce sou t'a porté bonheur. Donnes-en un pour moi. Ce que je donne ici ne me comptera pas, puisque je n'ai rien en propre : c'est pour la communauté ; ma part s'y trouve aussi* mate petite. Aide-moi- Si j'étais à Paris, je mettrais souvent la main dans ta poche.
Le règne de Pierre I er nous a tenus tout ce soir. Ce règne est intéressant, on aime à voir tout ce que peut le génie et...
C'en est là depuis huit jours. Je ne sais qui vint me tirer d'ici, et depuis* que d'idées venues, que de choses à dire ! Mais tout ne se dit pas. Que sert? Dieu seul les peut comprendre et consoler le cœur quand il est triste.
Dernier décembre. — Voici quinze jouis que je n'ai rien mis ici. Ne me demande pas pourquoi. Il y a de Ges temps où l'on ne veut point parler, de ces choses dont on ne veut rien dire. La Noël est venue;
D EUGENIE DE GUERIN.
belle fête, celle que j'aime le plus, qui me porte autant de joie qu'aux bergers de Bethléem. Vraiment, toute l'âme chante à la belle venue de Dieu, qui s'annonce de tous côtés par des cantiques et par le joli nc$alet*. Rien h Paris ne donne l'idée de ce que c'est que Noël. Vous n'avez même pas la messe de minuit. Nous y allâmes tous, papa en tête, par une nuit ravissante. Jamais plus beau ciel que celui de minuit, si bien que papa sortait de temps en temps la tête de sous son manteau pour regarder en haut. La terre était blanche de givre , mais nous n'avions pas froid; l'air d'ailleurs était réchauffé devant nous par des fagots d'allumettes que nos domestiques portaient pour nous éclairer. C'était charmant, je t'assure, et je t'aurais voulu voir là cheminant comme nous vers l'église, dans ces chemins bordés de petits buissons blancs comme s'ils étaient fleuris. Le givre fait de belles fleurs. Nous en vîmes un brin si joli que nous en voulions faire un bouquet au saint Sacrement, mais il fondit dans nos mains : toute fleur dure peu. Je regrettai fort mon bouquet : c'était triste de le voir se foudre et diminuer goutte £ goutte. Je couchai au presbytère ; Ja bonne sœur du curé me retint, me prépara un excellent réveillon de lait chaud. Papa et Muni vinrent se
4. Nom d'une façon particulière de sonner les cloches pendant toi quinze jours qui précèdent la fête de Noël , appelée en patois languedocien nadal.
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