‹ Eugénie de Guérin, journal et lettresChapitre 5 sur 47 · DB L'ÉDITEUR. IX · texte numérisé non relu

DB L'ÉDITEUR. IX

ainsi. Et Maurice aurait été le premier à trouver que cela était juste. En vain sa sœur essaye-t-elle de lutter contre l'inspiration qui la sollicite et de s'effacer devant lui : il envie à ce poète qui veut se taire, à ce poëte malgré lui la fécondité de sa pensée, l'originalité de son langage : « Oh! lui dit-il, si j'étais toi! » En effet, c'est elle qui avait le plus reçu de la nature. À peine a-t-elle connu les langueurs de l'épuisement qui arrachent à Maurice des .plaintes si pénétrantes; dans ce qu'elle écrit, jamais d'effort. « Je ne sais, avoue-t-elle quelque part, pourquoi il est en moi d'écrire comme à la fontaine de couler. » Facilité qui semble excessive lorsqu'on lit ses vers; dans cette langue, il lui a manqué, comme à son frère, et ' plus encore, de savoir se borner et revenir sur les négligences de l'improvisation. Mais ce libre jet donne à sa prose, précise et nerveuse, un relief et une ingénuité dont on est saisi. Elle a l'énergie et la grâce, le don de dire simplement toutes choses, et de s'élever des plus petites, par un mouvement naturel, aux plus hautes; elle est tour à tour et tout à la fois familière, enjouée, naïve, profonde et sublime. L'étude et l'art n'ont guère passé par là; on le sent même à quelques termes singuliers, à quelques expressions étranges, qui seraient ailleurs autant de taches, qui sont ici comme un reste d'accent, le goût du terroir, le parfum de la solitude. Aussi n'avons-nous point songé à les effacer.

Page 1