‹ Eulalie Granger drame en cinq actes et en sept tableauxChapitre 26 sur 89 · EULALIE, CÉLESTINE · texte numérisé non relu

EULALIE, CÉLESTINE

eulalie. Assieds-toi donc... sais-tu que voilà près d’un mots que nous ne nous sommes vues?

célestine. A qui la faute?., je suis venue deux fois ici, la semaine dernière; la première fois tu étais sortie... la seconde, lu avais du monde... et je n'ai pas voulu être indiscrète...

EULAllE. Indiscrète! toi !.. ah! cen’est pas bien de le penser.

Célestine. Je ne suis pas libre comme fai , moi , je ne puis pas disposer de mon emps. Mon mari et moi , nous sommes

presque' toujours occupés , lui à sa gravure sur métaux , moi à ma peinture sur porcelaine. Le directeur de la manufacture de Sèvres m’a douné à peindre un cabaret de mille éetts pour l’empereur de Russie.

eulalie. Un cabaret ue mille écus!..

Célestine. Le service entier coûtera deux cent mille francs ; entre souverains les petits prràens entretiennent l’amitié.

eulalie. Et ton mari?

Célestine. Bernard est content... Je viens t’inviter, toi et ton mari, à pendre la crémaillère chez nous, à Saint-Mandé.

EULALIE, inquiète. Comment! In quittes Paris?

Célestine, souriant. Non... Bernard a

fait des économies Il avait cinq à six

mille francs placés eu rentes sur l’état... ils réuni ses capitaux, et il a acheté une petite maison de campagne de dix-huit mille fr., avenue du Bel-Air... Cela fait quemaman n’ira pas s’ensevelir en province ; elle passera toute la belle saison à Saint-Mandé, où nous irons lui tenir compagnie le dimanche, et l'hiver elle restera arec nous, à Paris.... Mon mari a tant fait, qu’elle regrette un peu moins que je sois heureuse à ma manière.... Nous ne serons qu’en famille , le général, toi, mon oncle et ma tante Grangcr, maman, mon mari et mon frère.

EULALIE, vivement. Ton frère?

célestine. Oui... je ne sais pas ce qu’il a depuis quelque temps, je le trouve triste et changé ; tu n’as pasété aimable pour lui, dernièrement.

EULALIE, émue. Moi?

Célestine. Au bal de Sceaux, tu as refusé de danser avec Charles.

EULALIE. J’étais fatiguée.

Célestine. Quant il vient voir ton mari... tu as toujours uti prétexte pour les laisser seuls... s'il te parie, tu lui réponds avec un air si froid... un ton de voix si dur!.... Le pauvre garçon.,., il s’interrogeait encore 'l’autre jour devant moi jioui' savoir ce que tu pouvais lui reprocher....

ce qu’il avait fait pour encourir ta haine; car ij est bien convaincu que tu le détestes

EULALIE, vivement. Moi, le détesta» !

Célestine. Cela en a tout l’air.

EULALIE , se remettant. Eh bierft tant mieux, qu’il le croie.

CÉLESTINE, vivement. Que dis-tu ?

eulalie. Je désire lui paraître injuste, bizarre, capricieuse... je souhaite qu il ait pour moi cette haine qu’il suppose que j’cpronve pour lui.

célestine, étonnée. Mais qu’est-ee que m as donc ? d’où le vient cette humeur?..

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