‹ Eulalie Granger drame en cinq actes et en sept tableauxChapitre 27 sur 89 · EULALIE ORANGER. ■ . 1S · texte numérisé non relu

EULALIE ORANGER. ■ . 1S

tu n’étais pas ainsi dans les premiers temps de ton mariage.

eulalie. C’est possible.

CÉLCSTht. Voyons, entre nous deux , de quoi est-il coupable.’ que lui rrprochestu ?...

eulalie. R'ien.

CÉl. estime. Alors pourquoi changer de manières avec lui? pourquoi lui faire de la peine, et à moi aussi?.. Penses-tu que je ne «ois pas affligée de l’éloignement qu’on lui montre?

eulalie. Tiens, je t’en prie, ne parlons

plus de cela je suis sûre que ton frère

est plus raisonnable que toi, et qu’il n’attache pas une si grande importance à tua façon d’agir avec lui.

CÉLESTINE. Tu te trompes, il s’en aflecte

beaucoup c’est au point qu’il m’a fait

entendre que, puisque sa présence paraissait le déplaire, il se priverait de venir à Saint-Mandé si tu acceptais mon invitation.

eulalie. Si j’y vaitt... il n’y viendra

pas.

CÉLESTINE. Non.

eulalie, nonchalamment. Eli bien! j’irai...

célestine, ('l'eemen/. Ah ! pour le coup, tu ne peux pas le cacher, voilà de la haine bien prononcée...

eulalie, malgré elle. Eh! si je le haïssais, le redouterais-je?

Célestine. Que dis-tu?

Eulalie. Ah ! ma pauvre Célestine, que tu es heureuse!

Célestine. Mais la plus heureuse de nous deux, il me semble que c’est toi... tu es jeune, tu es belle, tu es riche!... il ne te manque rien... ‘

Eut ami:. Rien que ce que tu pos-

sèdes...

CÉLESTINE. Moi !

eulalie. Ton mari l’aiine, il le comprend... tes goûts... tes plaisirs sont les siens.

Célestine. C’est tout simple.... nous sommes du même âge.

eulalie. Et moi, éblouie... entraînée...

cédant à des conseils... j’ai épousé un homme plus âgé é|ue moi... sans connaître la gravité de l’engagement que je contractais.

CÉLESTINE, avec intérêt. Eli bien !

eulalie, avec effroi. J ai peur de ne pas t’aimer.

CÉLESTINE. A 1 âge du général on ne demande à sa femme qu’une bonne et sincère amitié... et je connais trop bien le cœur de ma chère Eulalie, pour craindre que ja-

mais elle manque à ce qu’elle se doit A elle-même.

EULALIE. Ab! si tu savais quelle foule de pensées dilTéreiites, de sensations pénibles, de sentimens, de projets bizarres, sortent de ce cœur que tu crois connaître, et que je ne connais pas moi-même! Ecoute :

dans les premiers mois de notre mariage , le générai a été bon pour moi , complaisant... un peu protecteur; c’était tout naturel... il me regardait comme un enfant.

A cette époque, cédant à des devoirs de famille, à des convenances île position, nous allions un peu plus souvent dans le monde, j’y voyais de jeunes femmes dont l’aisance • et la gailé contrastaient avec la réserve qui m’était imposée... l'enviais la libcité dont elles jouissaient... j'en recherchais la cause: elles avaient de jeunes maris elles ai-

maient... elles étaient aimées.

célestine. J’espère que lu ne formes aucun doute sur rattachement de ton époux?

ErLALIE. Ce futà peu près verscetempslâ que Cliar(es, dont notre parenté autorisait les visites, multiplia les siennes... Le général l’acetteillait avec bienveillance.... et moi, habituée à le voir presque tous les jours, j’étais inquiète... ennuyée. . . quand il ne venait pas... je sentais qu’il nie manquait quelque chose. Charles nous accompagnait quelquefois j’éprouvais à le

voir un plaisir... trop grand peut-être ; car je ne tardai pas à m’apercevoir que la figure de mon cousin vieillissait beaucoup celle de mon mari Je sondai ma con-

science... elle ne me reprochait rien ; j’interrogeai mon cœur., ali! je ne sais ce que j'y trouvai... mais je résolus de rompre le plus tût possible avec un sentiment dont l'innocence m'avait caché le danger Je ne

quittai plus M. de Ronçay dès que

Charles paraissait, je fuyais... si. malgré moi, j'étais forcée de l'écouter, de lui répondre... je le faisaisavcc une froideur....

une sécheresse je m'étudiais à lui pa-

raître dure , injuste, méchaute... Crois-tu encore que je le déteste ?

célestine. Silence!.... on vient.... ton mari.

Page 1