EULALIE, LE BARON
LE baron. Je ne sais pas quelle rage cnit tous ces gens-là de venir vous parler de leur intérieur.
eulalie. A piésent, mon arui, à nous deux. Vous venez de faire une promesse à ma cousine, et je viens, à mon tour, en exiger une pour moi.
le baron. Parlez, ma chère, parlez...
Vous savez combien j’éprouve de satisfaction à vous cire agréable.
eulalie. Maman est venue ce matin.
le baron. Je lésais, elle s'est emparée de mon cabriolet.
eulalie. Mon ami, vous le lui avez offert vingt fois vous-mème.
le baron. Ce sont de ces choses qui s’offrent, mais qui ne s’acceptent point...
Elle est un peu sans gène, M“* Granger.
eulalie. Maman est venue m'annoncer qu’on donnerait , samedi prochain , une première représentation au Théâtre-Français. Vous seriez bien aimable de m’y conduire.
le baron. Quelle idée vous prend là, ma chère amie ?
eulalie. M iu Mars joue, dit-on, pour la première fois, un rôle de inère.
le baron. M"* Mars! eh! mon Dieu!
je la sais par cœur.
eulalie. Vous, c’est possible ! mais moi, je ne la connais pas, et le bien que j’en entends dire me donne la plus grande envie de la voir. Songez donc qu’au moment de me marier je sortais de pension.
Je n’étais jamais allée au spectacle, et, depuis mon mariage, je n’ai encore été que deux fois à l’Opéra et une fois aux Italiens.
LE baron. Le spectacle, c’est mon antipathie ; je m’y endors, je tn’y ennuie— j’en ai tant vu... tant vu dans ma vie!
EULAUE ORANGER.
EGLALIE. J’en dirai peut-être autant un jour ; mais, à présent, je n'ai qu'un désir, c’est desavoir si je in’y ennuierai.
LE BARON. Je déleste ces plaisirs bru vans, cette foule qui vous poursuit de ses regards importuns.
Ella lie. Une femme u’est pas offensée de ce qu’on la regarde, à moins qu’elle ne soit vieille ou laide.
LE baron. Et puis, le théâtre est aujourd’hui si libre... 1rs auteurs ont pris de telles licences... Ou craint de mener sa femme voir uu ouvrage qu’ou ne connaît pas.
EGLALIE. Celui-ci est de l’auteur de TEcole des Vieillards. Vous m'avez toujours vanté la pureté de son goût et sou respect pour tes meeurs.
LE baron. Vous savez bien, ma bonne amie, que je n’en pouvais plus l'autre soit aux Italiens. Quatre heures d'attention, c’est pour moi une fatigue, un supplice.
Au surplus, si la pièce a du succès, il sera temps d'y aller à la dix ou douzième re-
F réscntation... les rôles sont mieux sus, ouvrage est joué avec plus d'ensemble.
EGLALIE, avec une petite moue. Comme vous voudrez... J'attendrai .. mais alors nous irons demain au bal de M. Dubreuil ?
LE BARON. Pourquoi faire?
EGLALIE. Pour danser.
LE BARON .Ma chère, il y a vingt ans que je ne danse plus. Le bal, c’est bon quand on est jeune... et je ne le suis plus.
EGLALIE, avec grâce et naïveté. Mais je suis jeune, moi... la danse est un amusement de mon âge... j’en raffole.... et j’ai si peu d'occasions de danser... (ü’u/i ton caressant ) Une nuit, c’est bientôt passé.
LE BARON. Pour vous; mais songez donc, ma chère, que jen'ai plus trente ans.
EGLALIE, vivement. Qu’est-ce que cela fait?
LE baron. Cela fait que j'ai reconnu la futilité de tous ces diveriisjeineus-là...
que j'en suis revenu, et que je préfère mon repos.
eglalie. Même au plaisir de votre femme?
LE BARON. En vérité, je ne te conçois pas de vouloir aller chercher des plaisirs si loin... Mais le plus grand de tous, pour moi, c’est de passer la soirée,, tete-i-tète avec toi, là, tous les deux, à causer littérature, poésie.
eglalie. Chaque chose a son temps.
le rarox. Ou de réunir quelques vieux «t bons amis avec lesquels on fait un boston, un wisib, un rêverai.
EGLALIE, avec vivacité. Oh! que c’est amusant ! je déteste les cartes et je suis folle du bal. ,
LE babo.x , se fâchant. Mais, Eulalie, vous devenez d'une exigence...
eglai.ie, un peu vivement. C'est vrai , j’exige que mou mari m'accompagne... je ne veux aller nulle part sans lui... je veux qu'il partage mes aiuusemcns, mon plaisir!... oh ! je suis d’une exigence..,.