‹ Eulalie Granger drame en cinq actes et en sept tableauxChapitre 30 sur 89 · LE BARON, DUBREUIL, EULAUE · texte numérisé non relu

LE BARON, DUBREUIL, EULAUE

DfJBRKGiL. Eli bien ! eh bien! qu’est-ce qu’il y a donc ici? il me semble qu'on parle plus haut qu’à l’ordinaire. •

LE baron, vivement. C’est madame qui veut...

eglalie, vivement. C'est monsieur qui ne veut pas...

PGDREGiL, souriant. Voilà deux volontés qu’il est bien difficile d'accorder.

LE baron, avec humeur. Eulalie, qui ne rêve que plaisir...

DIJBREGIL, gatment. C'est de son âge.

le baron. Me tourmente pour voir la première représentation... des Français...

eglalie. O mon Dieu, je suis de bonne composition... je renoncerai encore volontiers à celle-là si vous voulez me promettre de me conduire à une autre...

dgbiiegil. Nous tenons donc bien aux premières réprésentations ?

eglalie. Je n’en ai jamais vu.

diibregil. Jamais?

eglalie. Non. (

Dgbiiegil Cela ne vaut pas la peine de vous déranger. Imaginez-vous, baronne, que la composition des spectateurs, ce jour-là, est bien la plus drôle de chose !

Vous entrez la salle est pleine la

caisse est vide c'est de rigueur... les

nombreux amis de l'auteur, adroitement éparpillés, occupent les meilleures places.

eglalie. Les auteurs ont donc beaucoup d’amis ?

DGBrkgil. Beaucoup le matin sur

tout... le soir cela diminue considérablement. Au parterre sont rangés en masse let amis les pins solides de la pièce; aux avant

scènes les curieux, les indifférens les

mains inutiles ; aux loges de face de jeunes et jolies femmes venant essayer une mode nouvelle et disputer aux acteurs quelques regards du public; amç stalles, aux balcons, d’aimables jeunes gens qui seraient au désespoir de s’attendrir et qui s’intéressent à la chute de l’ouvrage uni-

tr

MAGASIN THEATRAL

quemcnt parce qu'un drame qui tombe i est beaucoup plus gai qu’un drame qui réussit... aux secondes, aux troisièmes, de bous bourgeois , d honnêtes commerçans ui viennent au spectacle dans l’intention e s’amuser, et pour lesquels une première représentation est encore un événement. .

aux baignoires... dans les endroits sombres, obscurs... les ennemis... il n'y a pas d’au* leur qui ne se flatte d’en avoir... aux extrémités de l’orcliestre, aux encoignures des galeries, des amphithéâtres, se réfugient les actionnaires, qui pleurent à chaque drame nouveau avec une persévérance admirable enfin, dans les loges

grillées, dam les places d’apparat, un régiment de journalistes forcés d’assister chaque soir aux triomphes ou çux funérailles dramatiques... écoutant avec distraction la pièce qui passe .. et saisissant au vol une scène, une phrase, un mot bon ou mauvais, avec lequel ils feront le lendemain un article spirituel et malin, qui fera mourir de rire leurs abonnés, et de chagrin l’auteur assez faible pour croire encore à 1 a puissance du feuilleton.

eulalie. Vous m’avouerez, mon cher Dubrcuil, que, si la veille d'une bataille, on se plaisait à tracer devant le général le tableau des troupes qui doivent prendre part à l’action, cela 11c lui ôterait pas le désir d’assister au combat...

LE baron. Non, certes.

EULALIE. Vous voyez?..

Dubrf.uil. Eh bien! soit; vous assisterez à la première bataillequîse livrera, de sept à onze heures du soir, à la Porte-St-Martiu ou au Gymnase ; c’en moi qui , avec la permission du général, aurai l'honneur de vous amener sur le lieu du combat...

eulalie. Vous êtes un homme raisonnable, vous.

LE baron. On est raisonnable quand on cède à vos folies.

DUBREU1L. Mais, en attendant, j’espère vous posséder demain soir à mon bal masqué?

EULALIE, galmcnt. Vous me connaissez trop bien pour ne pas deviner ma ré-

onsc mais, mon cher monsieur Du-

reuil, je suis en puissance de mari... j’ai un maître dont les volontés ne s’accordent

E s toujours avec mes désirs.... je vous isse avec lui dans l’espoir que votre amitié sera plus forte que mes prières, et que l’ami réussira où la pauvre femme a échoue.

Elle sort par la porte & gauche.

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