SCENE V
__ CÉLESTINE, ELLALIE.
CÉLESTINE. Qu’as-lu? cousine?., voyons, parle franchement.
EULALIE. Moi, rien.
CÉLESTINE. Si, tu as quelque chose...
tu n'étais pas ainsi quand nous sommes parties : qu’as-tu vu au Louvre qui ait pu teconlrarier, t’attrister?
eulalie. Mais tu te trompes... je nesuis pas triste.
CÉLESTINE. Et tu pleurerais volontiers... si tu étais seule!... Tiens! c’est encore ce tableau de Françoise de Rimini, devant lequel tu t’es arrêtée malgré moi.
EULALlB. Cette figure du jeune Paolo a tant de ressemblance avec celle de tox frère !...
célestinb. Ce n’est pas étonnant. . . Je te l’ai déjà dit, le peintre est son ami, il a prié mon frère déposer avant son départ. . .
et Charles y a consenti... (Avec douceur.) Tu m’avais pourtant protnisde l'oublier...
et lucherches, au contraire, tout ce qui peut te le rappeler... Eulalie, ce n’est pas bien, ce n’est pas raisonnable.
eulalie. Ah ’ sais-tu ce qui m’empêche de l’oublier ? sais-tu ce qui me le rappelle à chaque instant?., ce sont les mauvais procédés de M. de Ronçay... ses humeurs, ses injustices continuelles, ses jalousies ridicules... ( A elle-même, en soupirant.) Ah ! j’aurais pu être si heureuse !
CELESTINE. Mais tu peux l'être encore; et pour cela il ne faut qu’un peu d’effort sue tpi-mèine, qu’une bonuc résolution.
MAGASIN THEATRAL
EULALIE. Mon Dieu!... qu'i! est donc facile de conseiller les outres, quand soiluètne on est heureux itnais, si ton ainourpropre était sans cesse humilié, froissé? si tu étais à chaque instant blessée dans tes opinions, dans tes sentimens... si ta volonté n’était jamais comptée pour rien, si l 'on te faisait un crime d’un regard innocent, d'une parole échappée sans intention?... va, c'est une existence bien triste!
CÉlestine. Ah ! combien je regrette que mon frère soit venu assister à Ion mariage!... heureusement, tu n’as rien à le reprocher.
EULALIE. Toutes mes actions te sont jonnues.
CÉlestixe. Tu n’as pas eu l 'imprudence d'écrire... de recevoir des lettres ?
EULAI.IB, Une... une seule.
CÉLESTINE. Que tu as anéantie?
F. i; LAI.lt: Que je sais par cceur !... et que je relis encore quand je suis bien inalheu- ■ eiise. ’
CÉLESTINE, sA'cremen/.Voilà qui est mal.
EUL.AI.IE. Ah! c’est la lettre a un frère, d’un ami dévoué ; Charles m’estime trop pour n’avoir pas respecté ma position, pour m’avoii écrit un seul mot dont ma délicatesse ait pu s'offenser !... {Avec tristesse.) C'est tout ce que je possède de lui.
CÉlestixe. Il faut t'en séparer.
F.L'LALIE. M’en séparer!
CÉlestine. Oui, il y a de l’imprudence à garder cette lettre, quelque innocente un elle soit !... tu peux l'égarer... la perdre... tu es étourdie... remets-la-moi, je la brûlerai en ta présence. Ah! je voudrais pouvoir aussi facilement arracher de ton cteur un souvenir qui peut cire pour toi la
source de bien des peines Ma bonne
ainie, il faut te faire une raison... Que de jeunes femmes, mariées comme toi, n’ont pas les memes compensations!.. c'est quelque chose qu’une grande fortune ; la richesse a aussi scs jouissances.
EULALIE. Que tu ne changerais pas contre les tiennes !
CÉlestixe. Qui sait? Charles, plus sage que toi, n’a peut-clre conservé qu’un faible souvenir du sentiment qui remplit toute ta vie. Les hommes ont des devoirs... ils se créent desdisti actions.. . ils nous oublient bien plus vite que nous ne les oublions, . .
mon frère a trente aus , il peut trouver à se marier...
eulalib. C’est juste!., il est libre, lui !
cooooovoo rto ovoojoosoa sce eoecoeeeoeeeeeoMa