‹ Eulalie Granger drame en cinq actes et en sept tableauxChapitre 5 sur 89 · M- GRANGER, AI-* LAROCHE · texte numérisé non relu

M- GRANGER, AI-* LAROCHE

ORANGER , souriant. J’ai bien peur qu’au lieu d’uue noce nous en ayons deux.

N~' Laroche. Deux !... et commcut?..

M-* oranger. Eulalie !...

H"“ Laroche. Vous la mariez?...

M"* GRANGER, avec importance. Ou me la demande.

M” 1 ' Laroche avec sécheresse. Quelqu’un de comme il faut?

M”* GRANGER, avec orgueil. Un baron.

M** LAROCHE, avec jalousie. Du faubourg Saint-Germain?

M'*“ granger. De la me de la Micliodière.

M"" LAROCHE. Alors ce n’est pas de la vieille noblesse.

M'"* ORANGER, vivement. C'est de la bonne, cinquante mille francs de renies.

M 1 ”* LAROCHE, avec un peu d'envie. Ali !

Dieu.. . ma sœur, êtes-vous heureuse !

vt m " GRANGER. Cela n’est pas encore fait, ma chère amie.

1»™' Laroche. Oui, mais cela se fera.

H”" oranger. Je t’avoue que j’en ai bien envie.

M**» Laroche. Tout vous réussit, à vous!

il'"' GRANGER. Quelquefois... pas toujours.

il”' LAROCHE . Qn’cst-cc qui vous a donc manqué ?

MAGASIN THEATRAL

m~granger. Et ccs soixante mille francs que nous avons perdus A la faillite de ce maudit notaire de la place des Victoires!

**“ Laroche. Vous l’avex bien voulu...

je vous ai assez dit : Prenez garde. Les notaires ne sont pas plus solides que les architectes, ils font banqueroute comme des agens de change !... du moment que les Français sont égaux... les notaires ne valent pas mieux que les autres.

M"* ORANGER. C’est cette perte-là qui nous a décidés A réunir ce que nous avions et à ne plus courir de chances.

M“* Laroche. Et, pour comble de bonheur, vous avez vendu votre fabrique de rubannerie le double de ce qu'elle vous avait coûté. ..Quatre-vingt-six mille francs un fonds de rubans !... Je sais bien que le gouvernement en fait une grande consommation... mais ce n’est pas une raison pour qu'ils renchérissent 1 ce point-U !... Votre campagne de Pierrefitte... vous l’avez eue pour rien... Enfin, il n’y a pas jusqu'à votre fils aîné, Gabriel... qui est mort chef de bataillon... et moi, le mien est toujours maréchal-des-logis.

n m * Oranger. Ma pauvre Angélique , tu l’as conservé!...

Laroche. Oui , c’est une grande consolation ; mais c’est pour dire qu’il y a des gens heureux qui viennent à bout de tout ce qu’ils entreprennent... Vous avez envie, ma sœur , que votre fille soit baronne, elle le sera... je vous le garantis... c’est fort agréable pour les païens de pouvoir mettre ses enfans dans la noblesse...

M”* changer. Tu sais les sacrifices que nous avons faits pour l’éducation d’Eulalic... des maîtres de toute espèce... Nous n’avions plus qu’elle , et, sans avoir ce

3 u’on appelle une fortune, nous posséions heureusement les moyens de lui faire apprendre bien des talens d’agrément.

*•”' LAROCHE. M. Laroche n’a jamais voulu qu'il fût question de tout cela pour sa fille... l’n état... un état, disait-il : on ne sait pas ce qu’il peut arriver... il faut qu'une femme puisse se suffire à elle-même et qu’elle ne soit à charge a personne...

Heureusement que Célestine avait du goût pour le dessin... et que nous avions des connaissances à la manufacture de Sèvres.

M"* Granger. Célestine peint sur porcelaine comme un ange ! elle a exposé au dernier salon un vase de fleurs qui aurait fait honneur à M. Jacotot.

JEAN , entrant par la gauche. Madame, monsieur vous fait dire que M. le baron de Ronçay est arrivé. Ces messieurs vous attendent.

**“ ORANGER. J'y vais.

M'"* LAROCHE. Ronçay ? Est-ce que ce n’est pas un ancien général ?...

ti"' («Ranger, Justement !... un ami de Dubreuil ; tu l’as vu chez nous, autrefois... il y a long-temps... à l’époque de la conscription de mon pauvre Gabriel : il a été son colonel... Nous l’avions perdu de vue. .. mais, il y a six semaines, nous l’avons rencontré au bal du préfet de la Seine...

11 fallait voir comme il regardait Eulalie tout le temps qu'elle a dansé il ne l’a pas quittée des yeux ; il nous a reconduits dans sa voiture... il est venu s'informer de notre santé le lendemain... il nous a invités à aller passer quinze jours à son château...

enfin, avant-hier , il a positivement demandé la main d’HuIalie...

*t M Laroche. Alors , c’est une affaire arrangée?

M™* granger. A peu près. Je n’ai pas besoin , ma chère Angélique , de te dire que ta chambre et tou cabinet sont toujours vacaus. (Elle V embrasse.) Jean ? (Je domestique parait.) Préparez l'appartement du second pour ma sœur... f Jean sort.) Tu ne quitteras Paris qu’après le mariage de nos enfans.

(Elle *ort par la gaarhe.)

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