‹ Eulalie Granger drame en cinq actes et en sept tableauxChapitre 54 sur 89 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

EULALIE, CHAULES.

ECL \LIE. J'espère que vous ne m'en voulez pas?

cnxnLi s Mon Dieu, madame, je devais m’attendre à une semblable résolution d'après le silence qui a suivi l'envoi de ma lettre.

EULW.ie. Je n'aurais pas penséquevous espériez une réponse.

CHARi-Fftc Au surplus, je n'ai accepté que sous condition; j'imiterai votre exemple, je refuserai.

EULALIE. Non, Charles.

CHARLES. Pourquoi ?

eulalie. Ce que j'ai fait j'ai dû le

faire... Dans la situation où le sort nous a placés — noire repos exige que nous évitions tontes les occasions de nous voir, de nous rapprocher.

Charles. Ainsi l’intérêt que vous m'avez montré autrefois s'est évanoui avec la circonstance qui l’avait fait naître... ainsi un an d absence a suffi j>our me chasser de votre cœur.

EL’l.ALIE. Charles... est-ce bien à moi que s'adressent des paroles aussi dures?...

qui vous autorise à penser que je n’ai pab conservé pour vous toute l’amitié d'une parente ?. . . . Preuez-y garde. . . ce reproche pourrait retomber sur vous.. Ce que nous aimons ordinairement à trou ver dans les autres, ce sont nos qualités, nos défauts, nos senti mens... et accuser quelqu'un d’oubli, c’est donner à penser qu'on peut soi-ménic en étic coupable.

Charles. Ah ! je prends le ciel à témoin que depuis notre sêpaialion il ne s’est pas écoule uu jour... uue heure... sans que

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tou futaies constamment présente à ma pensée... Vous oublier! moi!

ECLALIE. Charles, il le faut.

Chaules. C’est impossible.

eulalie. Vous le croyez en ce moment.

CHAULES Pourquoi mon malheur a-t-il voulu que je ne revinsse à Pariaqii’à l'instant où, victime obéissante, vous placiez votre main dans celle d’un homme que je hais, que je déleste?...

ECLALIE. Mou ami , nous sommes chez lui.

Charles. Dont le nom teul me met dans une fureur!...

ECLALIE. Ce nom- là n'est-il pas le luien ?

CR ARLES. Et ce que j'aime en vous, ce ne sont pas tant ces attraits, ces grâces dont la nature a été si prodigue envers vous...

Eulalie... ce que j'aime... c'est votre caractère franc et loyal... c’est votre aine si noble... si belle!... votre angélique beauté... La première fois que je vous vis après votre mariage... vous le rappelez-vous?....

c’était, il y a deux ans, dans une chambre triste, obscure... j'allais consoler ina mère; vous, vous pansiez un pauvre blessé ; vous ne vous étiez pas informée du parti qu’il avaitservi,de la cause qu’il avait défendue, pour voler à son secours... il souffrait... et vous n’aviez consulté que votre cœur.

ECLALIE. Charles, cessons de reporter nos souvenirs vers un passé qui 11e nous appartient plus... oublions tous les deux un sentiment qui s'est glissé dans nos cœurs à notre insu .. que désormais notre amitié soit pure!

Charles, avec Jeu. De l'amitié, à moi, Eulilie!... à moi, dont vous -êtes l'unique pensée, l'unique espoir!...

eclalie, vivement. Malheureux! qu’oseztoiis dire?

CHARLES, avec énergie. Dieu ne voudra pas que votre malheur soit éternel.

eclalie , avec dignité. Dieu n’exaucera pas une coupable espérance, et la victime succombera avant son persécuteur.

CHARLES. Non , Eulalie, vous résisterez en pensant qu’il est sur la terre un homme

auquel votre existence est attachée un

homme qui vous aime... que vous aimez.

ECLALIE , vivement. Oh ! Charles , taisez-

vous je ne suis déjà que trop coupable

en vous écoutant.

Charles, avec délire. Oserais-tu dire que tu ne m’aimes pas?

ECLALIE. Par pitié!...

Charles. Oserais-tu dire que, si tu étais libre?...

eclalie. Ah ! si j’étais libre !....

Charles. Eh bien!... tu le seras un

jour !

ECLALIE De grâce...

Charles. Et fut-ce dans dix ans, dans vingt ans, je viendrai réclamer à tes genoux ce bonheur si impatietiimeul attendu.

ECLALIE. Oh !... ne parlez pas ainsi, Charles . cet amour... le temps l'affaiblira... l'absence l'éteindra.

Charles. Il u’y a pas d’absence pour l'amour véritable.

eclalie. Vous aussi.... vous. vous

vous marierez...

Charles. Jamais, jamais! je le signerais de mou sang. Je prends l’engagement de t’aimer, de u 'aimer que toi , de vivre pour toi, de n’avoir d'autre épouse que toi...

U u jette à genoux.

ECLALIE. Charles, que faites-vous?

CHARLES. Et que la colère du ciel me foudroie... que sa puissance sème le malheur sur toute ma vie, si cet engagement cessait un instant d 'être présent à ma mémoire!

On entend dans IVloignement le bâton appelant Étienne.

eclalie. Mon mari... je suis perdue.

Charles. Perdue!...

eclalie. S'il vous trouve ici , c’est fait de moi.

Charles. Comment?...

eclalie. Il me tuerait...

Charles. Je reste pour vous défendre.

eclalie. Non... non... fuyez... fuyez...

CHARLES. Fuir!...

eclalie. Ah! par grâce... ayez pitié de ma réputation , fuyez! fuyez!

Charles. Je sacrifie mou honneur au tien...

11 va pour entrer dans la chambra à coucher.

ECLALIE. Non!...

Charles ru pour sortir par 1rs milieu.

LE GÉvÉRAL, //lus rai/prochi, dans la coulisse. Où est ma femme?

ECLALIE. (.ni!.., [ Indiquant la porte à droite. ) Là !... là ! ( Charles s’y jette, Eu~ lahr f, rmeet prend la clef.) Mon Dieu! ayez pitié de moi ! ‘

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