‹ Eulalie Granger drame en cinq actes et en sept tableauxChapitre 89 sur 89 · EU LA UE G RANGER · texte numérisé non relu

EU LA UE G RANGER

Charles. Ma mère , j 'accomplis le devoir d'un honnête homme

H“* Laroche. Mais, malheureux!

Charles. Je viens à l’instant d’ètre informe que des bruits mensongers circulent... qu’ils attaquent l'honneur de ma rousine... je me suis hâte d'accourir pour m prouver la fausseté.

CÉlestine. Eb ! mon ami , ta présence ne fera que les confirmer, ces bruits!...

Charles. Ma soeur , le coupable s’enfuit... l'innocent reste.

dubreuil. Quand on vient desoi-méme s'offrir au coup qui vous menace, c'est que la conscience ne vous reproche rien.

Charles. Rien , ma mère , rien.

S” LAROCHE. Dieu le veuille !

Charles. Je suis prêt à lui rendre compte de toutes les actions de ma vie...

jamais la pensée d’un crime n’est entrée dans le cœur de votre fils...

dubreuil. Charles, il y a dans votre démarche une loyauté que j’approuve et pne imprudence que je blâme.

Charles. La prudence est souvent lâcheté.

dubreuil. Innocent ou non , du moment que vous serez accusé par le général... on vous arrêtera... Avant qu'on ait commencé l’instruction de votre affaire...

il s’écoulerasix mois peut-être, six mois de prison... pour un coupable, ce n’est rien...

mais pour un innocent !...

m"" Laroche. Six mois de prison !

DEMIECIL. Au bout desquels on pourra vous dire : Monsieur, nous sommes bien fâchés , vous êtes malade, vous êtes ruiné, mais vous êtes innocent. Serez-vous aussi utile à votre cousine emprisonné que libre?

non... je dis plus : votre présence en ces lieux lui sera funeste. Le général, qui hésitera peut-être à accuser sa femme quand elle sera seule... n’hésitera plus quand il viouria vous atteindre... et, sans le vouloir, vous aurez contribue à perdre celle que vous voulez sauver...

CÉLESTINE. Oui, mon frère... oui...

AI. Dtibretiil a raison.

EL' LA LIE. Cédez , Charles... cédez... eh!

ne sera-t-il pas toujours temps de vous exposer ?..

CUARLES.Fuir, c’est m'avouer coupable.

DiunECiL. Moi , l’ami du général... je vous offre à Paris ma maison pour retraite... c’est picsqiie un verdict d'acquittement.

tocs, te pressant autour île lui. Afonami, mon fils, mon neveu , mon frère... cédez.

tat ARLES , faisant un mouvement. V ous le voulez... vous l’exigez?..

. . .. . ., f — r -va ffrgang raeuno

SCENK \.

Les Mêmes, LE BARON, le lirai en écharpe, ETIENNE, Laquais.

LE BARON, se plaçant à lu porte. Vous ne sortirez pas!

TOUS, Ciel!

LE BARON , à Charles. Misérable assassin... tu crois par la fuite te dérober à ma vengeance... elle t’atteindrait partout.

CtiARLES. Monsieur, si le malheur a des droits . . . il ne donne À personne le privilège de la calomnie.

LE baros. Te calomnier!... moi !

Zt“* LAROCHE, passant devant Charles.

C’est mon fils, entendez-vous?., je réponds de lui.

CÉLESTINE , l'entourant de ses bras. C’est mon frère , monsieur , il est innocent.

LE BARON , avec dédain à sa frmme. Et vous aussi , u’est-ce pas , madame ?

eulalie, avec force. Je le jure devant Dieu.

LE RAnON. C’est devant vos juges qu’il faudra le prouver

tous. Des juges!

LE baron. C’est devant eux qu’il faudra démentir le témoignage accablant de cet lioumie. (// montre le lai/ unis. Mouvement .) Ab ! il faut qu’un de nous deux meure pour que l’autre soit heureux ! vous l’avex dit. (Mouvement.) Le matin vous demandiez ma mort... le soir vous me faisiez assassiner.

eulalie, avec force. Non, non, vous ne le croyez pat.

DUBREUIL, avec beaucoup d’énergie. Elle a raison, tu ne le crois pas... rien, dans la conduite de ta femme, n’autorise une pareille accusation.

LE GÉNÉRAL, à Dubreuil. Fais-toi l’avocat du meurtre, de l’adultère.

CHARLES, avec noblesse. Eh bien ! oui, je ne crains pas de l’avouer publiquement, je suis coupable, et sur moi seul doit retomber toute votre colère, toute votre vengeance...

M"“ Laroche. Alon fila!

Charles. J'aime ma cousine j’ai

cherche à m’en faire aimer... pour y parvenir, j’ai employé tous les moyens que la passion a pu me suggérer... et tous mes soins n’ont abouti qu'à faire éclater la pureté de son aine et la noblesse de ses senlimens... Malgré mes prières, les preuves multipliées de l'amour le plus pur...

le plus sineère... Eulalie est restée fidèle à Hioinme qui menace aujourd'hui la vie de tel ange!... je l'atteste sur l'honneur... sur nia vie... sur celle de ma mère!..

MAGASIN THEATRAL

M“ LAROCHE, aoec douleur. Ah! Charles!

LE général. Et pourquoi vous-étes vous chargé d'une mission qui ne vous était pas confiée?

CHARLES. Moi!

le général. Dans quel but aviez-vous corrompu un de mesdoinestiques qui vous rendait un compte fidèle... demes actions ?

Charles. Monsieur!... monsieur... ce»

lui qui a dit...

LE GÉNÉnAL. Vos lettres... vos papiers sont maintenant sous les yeuxdela justice.

Giand mouvement.

■~*LAHOCnE.V ousavez dénoncé mon fils!

Charles. Ma mère!

H”* laiiOCiie. Laisse-moi!

Guanger. Vous avez déshonoré ma

fille!

LE général. J’ai fait ce que j’ai dû.

EULALIE. Ma mère... Charles vous l'a dit, nous sommes innocens.

M"“ larociie. Savez-vous, monsieur, que vous attaquez une famille qui a toujours marché tète levée?

durreuil. Ah ! tu vaux moinsque je ne pensais... car, en rapportant ici tes menaces extravagantes, moi-même je n’y croyais pas!., et tu n’as pas reculé devant l’épouvantable idée d’une publicité qui va te vouer au mépris!... au ridicule! le séparer de la femme que tu as aimée!

LE général. Point de pitié pour les coupables.

in i mu uuu uue es*

Les Mêmes, JACQUES.

JACQUES, en desordre , se jetant aux genoux <lu général. Grâce!... grâce pour les coupables!... les coupables?... c’est moi.

c’est vous!...

tous. Ciel !

le général. Que dis-tu ?

Jacques. Ce sont vos ordres que j’ai exécutés.

lb GÉNÉRAL. Tais-toi...

Mouvement général.

JACQUES. Non, monsieur, non... je ne me tairai pas... vous avez voulu faire de moi un misérable , un assassin.... Vous m avez dit quedes malfaiteurs avaient projeté de s’introduire chez vous... Dansl’obacurité, ayant entendu du bruit... j’ai tiré au hasard, bien plus dans l’intention d’effrayer les coupahlesquc de les atteindre...

et, quand j’ai su que c’était vous... A mon Dieu ! mon Dieu!., ah ! j’ai perdu la tête...

j’ai couru... sans savoir où... je mevoyais abandonné par vous-même... menacé...

poursuivi... j’avais la prison... l’écliafaud devant mes yeux... Dans mon désespoir. ..

j’ai voulu me détruire... Dieu ne l’a pas permis... la Providence me réservait la grâce d’exjiier mon crime. (Le général est affaissé, Etienne lui donne un siège, le général s’assied. Etienne sort). Au moment où j’allais me précipiter dans la rivière...

un de vos domestiques est accouru au-devant de moi... il m’a appris que vos soupçons flétrissaient la plus digne, la plus respectable des femmes... il m’a monlréla dénonciation qu’il allait porter lui-méme au procureur au roi... ah ! je n’ai pas été maître de moi!... à la vue de celte œuvie d’iniquité, de mensonge, j’ai terrassé, foulé aux pieds votre messager, je lui ai arraché ce tissu de calomnies. (Il te jette aux pieds du général.) Ah ! du moins, si la justice vient ici, elle saura la vérité!

dubreuil. Brave homme!...

Laroche. Dieu soit loué! vous n’avez que ce que vous méritez, Charles.

chahi.es. Ma mère!

M’*' Laroche. D’après ce que vous venez d’avouer.... si vous approchez de Paris dedix lieues, je ne vous verrai de ma vie.

Ch arles. Je vous le jure.

M™ larociie. Partons et laissons là cet homme...

Il» sortent tou» trois.

EULALIE , aoec un cri déchirant. Vous m’eminèutrcz, ma mère!... n’est-ce pas?

je ne vous quitte plus...

M”' oranger, ta pressant sur son sein.

Oui , nous t’emmènerons tu ne nous

quitteras jamais.

GRANGEn. Jamais...

H"' oranger. Et si monsieur tentait de t’arracher des bras de ta mère, nous avons des lois qui ne lui permettront pas deressaisir sa victime.

Il» sortent ton» tes trois.

JACQUES. Général, vous pouvez chercher unautre jardinier.

Il sort.

LE GÉNÉRAL. Et lui aussi !

dubreuil. Tout le monde te quitte, t’abandonne; je te reste seul pour te plaindre, pour !e consoler. (Dubreuil lui tend la main, le général se jette dans ses bras).

Crois-moi, l’amitié est le lot des vieillards... l’amour n’appartient qu’à la jeunesse.

RARIS. IMPRIMERIE j>* y» DOJID*J-BJIPAÉ, RUB SÀIHT- LOUIS, AD MAHAB,

fis. d’ Inventi ■ * 6 0 2 'J r ,

Page 1