‹ Eulalie ou le grec sans larmesChapitre 31 sur 133 · ΤΙΝ DISTIQUE DE MÉLÉAGRE · texte numérisé non relu

ΤΙΝ DISTIQUE DE MÉLÉAGRE

d’une autre femme.” Vérité de cœur à ne point oublier, Eulalie! Maïs je veux aussi vous faire observer, à ce propos—vous l'avez sans doute remarqué—combien l’ordre des mots, en grec, diffère de ce qu’il est en français. Le grec est une langue beaucoup plus souple, qui admet des tournures infiniment variées ; cela est une beauté de plus, mais aussi une difficulté pour nous.

Vous ai-je déjà dit, Eulalie, que votre nom est grec et qu'il signifie ‘ celle qui parle bien,” de εὖ, bien, et de Aako, je parle ou je jase? Un poète grec, Méléagre, félicite son amie Héliodora d’être εὔλαλος, c'est-à-dire de s'exprimer avec charme. Voici son distique :

Pau ποτ᾽ ἐν μυθοις ταν εὐλαλον “HAodwpar νικάσειν αὐτας τας Χαριτας χαρισιν.ἷ

Pau, forme dorienne pour l’attique dm, je dis ; si les Toniens aiment la lettre ἡ; les Doriens ont du goût pour la lettre a Ilor’, élision pour ποτε, Un jour. Ἔν, dans. Mvbois, datif pluriel de μυθος, mot qui signifie fable, discours, d’où mythologie, ‘‘ la science des fables.” Ta», dorien pour την, accusatif de l’article féminin la. Ev\alor,

1 Anthologie grecque, éd. Didot, V. 148.

ELOGE D'HÉLIODORA 33

accusatif d’ εὔλαλος, déjà expliqué (p. 32). Comme c’est un composé, le féminin est identique au masculin ; on ne dit pas εὐλαλη. ᾿Ἡλιοδωραν, accusatif singulier du nom de femme ᾿Ἡλιοδωρα, formé du nom du soleil, Ἥλιος (d’où ᾿ héliotrope, de ἥλιος et de τρεπω, je tourne, proprement tournesol) et de δωρον, signifiant don ; Héliodora équivaut à ‘‘Soleil-donnée,” comme Théodore à ‘‘ Dieu-donné.” Nuwkaoew, infinitif futur du verbe νίκω, je suis vainqueur ; un olympionique est celui qui remporte la victoire (νικη) aux jeux d’Olympie. Avras, accusatif pluriel féminin de adros, lui-même. Tas, accusatif pluriel féminin de l’article : les. Xapuras, accusatif pluriel de Χαρις, Grâce : nous parlons des trois Grâces, parce que les Romains appelaient ces divinités Gratiae ; mais les Grecs honoraient les Charites. Χαρισιν, datif pluriel de yapus, employé cette fois non comme un nom propre de divinité, mais pour désigner la qualité qui vous est si naturelle.

TRADUCTION LITTÉRALE : “Je dis un jour en (ses) discours la bien-parlante Héliodora devoir-vaincre elles-mêmes les Grâces par ses grâces,” c’est-àdire: “Je prédis qu’en ses discours la diserte Héliodora l’emportera un jour par ses grâces sur les Grâces elles-mêmes.”

Nous avons malheureusement conservé bien peu d'œuvres des poétesses grecques et la plus illustre

RenAcs. — Eulalie. 3

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