SCÈNE I
LAVIGNAN, GAGEROT, Paul VERMOND, DENNEV1LLE.
(Gagerot pose pour son portrait ; Lavignan fait ce portrait; Paul est étendu en fumant sur le divan; Dennevillc est A cheval sur une chaise.)
PAUL
Uein , en voilà de la chevelure ! et de la belle chevelure , j'espère.
GAGEROT, regardant.
Oui, c'est bien là le haut de ma tête, monsieur Lavignan; mais il me semble qu’il y mauque encore quelque chose.
LAVIGNAN.
Possible, monsieur Gagerot, on en ajoutera.
GAGEROT, se replaçant.
Tenci, là, sur le front... je crois que vous n’avez pas assez développé.
LAVIGNAN.
Possible... on développera.
Voyons ! sois bon enfant , Lavignan ; fais-lui tout de suite une tête de penseur ! une tête d'éligible..*
LAVIGNAN , continuant de peindre , A Gagerot.
Un peu à gauche, là bas.
PAUL
Car, vois-tu , mon cher, M. Gagerot va te faire lithographier ça; et. à son retour à Montbéliard, il expédiera son faciès à tous les électeurs de son arrondissement... Un homme lithographié, c'est quelque chose, et ça compte en politique.
GAGEROT.
C'est depuis près d’un an toujours la même plaisanterie, monsieur Paul Vcrmond, et je vous conseille d’en changer.
PAUL, sc levant.
Ah! monsieur Gagerot, mes plaisanteries sont comme mes rancunes, ça dure long-temps. Je n’ai pas oublié que ce n’est pas votre faute si je n’ai point perdu , il y a un an , l’héritage de ma bonne tante madame de Soubiran; et je ne vous suis pas très reconnaissant de vos bonnes iuleulions.
GAGEROT.
Monsieur Paul Vcrmond, un crime vous a rendu cet héritage: le testament a élé volé.
DENNEV1LLE.
C’est un conte; il n’y avait pas de testament.
CAGEROT.
D’où le savez-vous?
DENNEVILLE.
J’étais dans le pays, ce me semble.
CAGEAOT.
La nuit où il fut volé?
DENNEVILLE.
Vous savez bien que non , et qu’heureusement pour moi j’étais tranquillement couché à dix lieues de là.