‹ Eulalie Pontois drame en cinq actes, precede d'un prologueChapitre 80 sur 91 · Partie carrée... ça va être amusant · texte numérisé non relu

Partie carrée... ça va être amusant

PAUL

Pourrais-je demander à mou noble cousin , le marquis de Changiron, pourquoi il est ici?

LE MARQUIS

Il ne serait pas étounant que nous y fussions pour le même motif... La seule différence, c’est que vous venez y consommer un crime... et que je viens le réparer.

Ainsi, Denneville...

VAUDRILLAN.

Denneville a tout dit.

DENNEVILLE.

J'ai dit aussi que le testament existe.

PAUL

Est-ce vrai?

VAUDRILLAN.

Vrai, aussi vrai que nous mourrons tous.

LE MARQUIS

Et ce testament, je suis venu le chercher.

PAUL

Moi aussi.

VAUDRILLAN, se plaçant derrière la table, les pistolet» A la main.

A qui l'aura... l'enchère est ouverte... Procédons...

PAUL

Diable... je n’avais pas remarqué... on est là... En ce cas, chacun pour soi et Dieu pour tous... (Il tire une paire de pistolets de ses poches.) Vous n’avez pas d’armes , marquis. (Il lui tend un pistolet.) Partageous.

Avec vous, rien... pas même les chances d’une lutte.

PAUL

Ahl c’est comme ça... Eh bien I... posons la question: Pourquoi voulez-vous ce testament?

LE MARQUIS

Parce qu’il appartient à ceux à qui vous l’avex fuit voler...

PAUL

Mais, c’est ma ruine.

VAUDRILLAN.

11 a raison.

PAUL

El vous pensez bieu que je ne vous le laisserai pas prendre.

VAUDRILLAN.

Ça dépend de ce qu’il en offrira.

« LE MARQUIS

Misérable!... Mais sais-tu toute l'étendue du crime que tu as commis.

PAUL

Monsieur le marquis, pas tant de familiarité.

s’il TOUS plaît... et surtout ne faisons pas de phrases de morale.

LE MARQUIS

Ah ! c’en est trop 1... et après ce que tous avei fait..

PAUL

Ce que j’ai fait, tous le sam... Ce que je veux faire, je Tais tous le dire.

LE MARQUIS

Parlez...

PAUL

Vous comprenez bien que je ne veux pas Tirre misérable et déshonoré... Eh bien! cette fortune que vous voulez m’arracher, je vous offre de la partager.

LE MARQUIS

Je vous l'ai dit, monsieur, il n'j a pas de partage possible entre vous et moi.

PAUL

Eu ce cas, marquis, il y en a un de nous deux qui ne doit pas sortir vivant de celte maison.

LE MARQUIS

Vous pouvez m’assassiner, monsieur.

PAUL

Allons donc I c’est le métier de Deooeville tout au plus!

DENNBYILLE.

Prends garde de dire la vérité, toi...

VAUDRILLAN.

Nous pourrions bien être deux contre toi !

PAUL

Allons donc! que Dcnneville, qui est un fou, se soit mis de ce cùté, je le conçois... mais toi , ce serait par trop niais... As-tu réfléchi à ce qui peut arriver... Toi-même, Dcnneville, tu n’y as pas pensé... Mais quand cet homme aura le testa»

ment dans ses mains, il le produira en justice, il faudra bien qu’il dise comment il a été volé!

VAUDRILLAN.

Ça regarde Dcnneville.

PAUL

11 faudra bien qu’il dise où il l’a trouvé.

DENNF. VILLE.

Ça regarde Vaudrillan.

PAUL

Je serai ruiné, mais vous serez perdus. Il vous a promis de l’argent, vous en aurez le double.

LE MARQUIS

Je leur donne quarante-huit heures pour quitter la France.

PAUL

Moi, je les y laisse... Qu’il choisissent.

DCNNEVILLE.

Vous voyez, monsieur le marquis?

LE MARQUIS

Mais vous ne savez donc pas que vous serez accusé demain d’avoir fait tuer M*' de Soubiran.

PAUL

Pas par vous du moins, je vous le jure...

PONTOIS

LE MARQUIS

Qu’importe, si le crime ne reste pas impuni,

PAUL

Il sera puni.

LE MARQUIS

Que voulez-vous dire?

PAUL, A Vaudrillan.

Que vous importe... Mais sache bien une chose, Vaudrillan... c’est qu’aussi bien pour toi que pour moi, il faut que ce testament disparaisse... Eulalie, qui s’est sacrifiée pour ne pas accuser sou père vivant, ne sera peut-être pas aussi généreuse pour son père mort.

LE MARQUIS

Eulalie, avez-vous dit Vous savez qu’elle

existe?...

PAUL

Le savez-vous aussi?

Mais c’est surtout pour la sauver que je suis venu dans cet infâme repaire.

PAUL

La sauver! Mais mon salut dépend de sa

perte 1

LE MARQUIS

Sa perte! Quoi, vous oseriez, malheureux...

PAUL

J’ose bien vous sacrifier, vous, monsieur de Cbangiron ; et vous pensez que* la vie d’une pareille femme m’arrêtera... Eulalie Ponlois sera dénoncée par moi, demain... dés que j’aurai ce testament.

LE MARQUIS

Malheureuse Eulalie!... Eh bien! Paul... j’accepte la proposition que vous m’avez faite... Je vais plus loin : que ce testament soit anéanti... Gardez toute la fortune qu’il vous assure, je ne me plaindrai pas, je ne dirai rien... Mais, par pitié, ne dénoncez pas cette malheureuse... Je vous en supplie.

PAUL

Quel intérêt prenez-vous donc à cette fille?

LE MARQUIS

Gela vous importe peu sans doute... Seulement, acceptez-vous?

PAUL

Vous me faites la partie trop belle, marquis; il y a quelque mystère dans tout ceci.

LE MARQUIS

Oui, un mystère cruel... cl que je ne puis vous dire... Mais enfin... n’avez-vous pas plus que vous ne demandiez...

PAUL

Je veux savoir si vous êtes sincère... (A Vaudrillan.) Combien veux-tu de ce testament?

, VAUDRILLAN.

Un prix rond t deux cent mille francs.

PAUL

Le prix vous va-t-il ?

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