SCÈNE III
VAUDRILLAN.
Oui... oui... (Il ouvre une feuille du parquet et en retire le testament.) Le voilà I PAUL.
Pose-le sur celte table.
VAUDRILLAN.
Le voilà.
DENUE VILLE.
PAUL , s’avançant de l’autre côld.
Voici la reconnaissance du marquis et la mienne. Prends, Vaudrillan.
VAUDRILLAN.
C’est en règle.
LE MARQUIS
Où voulez-Tous en venir enfin?
PAUL, à droite. •
Je reste à la place où je suis; j’ai mes armes, prenez celles de Dcnncville... Placez-vous en face de moi à l'extrémité de cette chambre... Marchons ensemble sur cette table , et le testament appartiendra à celui de nous deux qui y arrivera vivant. «
Une pareille lutte avec vous, jamais!
PAUL
Avez-vous peur, marquis?
LE MARQUIS
Je vous oi dit que vous pouviez m’assassiner.
PAUL, courant à lut.
Malédiction sur vous qui ra*y forcerez!
DENNEVILLE, se Jetant entre eux.
C’est ce qui ne sera pas... J’ai amené ici le marquis, il s’est fié à ma parole, et ce sera à moi que tu auras affaire.
PAUL
A loi? Mais si je te tue, Denneville, le marquis restera pour me dénoncer... Non, non, ce n’est pas possible.
A DENNEVILLE.
Ce sera pourtant comme ça. A nous deux!
PAUL
Vaudrillan, souffriras-tu cela?
VAUDRILLAN.
Ça ne me regarde plus.
PAUL, les pistolets bas.
En ce cas, tire, Denneville I... Marquis, voue êtes un lâche.
LE MARQUIS
C’est juste, monsieur, personne ne peut prendre ma place dans cette querelle. Vosarmcs, monsieur, vos armes !
PAUL, reprenant sa place.
Enfin!... Denneville, tu vas frapper trois coups dans la main , et au troisième nous partiront... Dieu sait pour qui sera la chance.
LE MARQUIS, à l’autre extrémité.
Dieu sera-t-il juste?
DENNEVILLE.
Etes-vous prêts?
LE MARQUIS et PAUL.
Oui.
DENNEVILLE.
Les pistolets sont armés?
LE MARQUIS et PAUL.
Oui.
DENNEVILLE.
Attention! Un... deux... trois.
(Tous deux lèvent ensemble leurs pistolets sans bouger, «c visent et tirent. — Tous deux chance lent.) PAUL.
Vous êtes adroit, marquis. (Il Jette une montre à terre.) C’était une magnifique montre de Lépine.
LE MARQUIS, à qui ses pistolets ont échappé.
Vous êtes heureux... Je ne porte pas de bijou j au bras gauche.
PAUL
Ramossex votre pistolet, marquis. Donne-le lui, Denneville.
LE MARQUIS
Eh bien 1 soit.
PAUL
A loi, Denoeville.
DENNEVILLE.
Un... deux... trois.
(Ils marchent l’un sur l’autre ; te marquis s’arrête en chancelant.)
PAUL, s’arrêtant aussi.
Voulez-vous me laisser ce testament, et vous contenter de ma parole?
Non, non, monsieur !
PAUL
Vous pâlissex, marquis... La douleur est pins forte que vous.
LE MARQUIS
Eh bien! finissons-en. (Il va Jusqu’à la table et tire son pistolet, qui ne part pas.) Malheur 1... (Il se trouve en face de Paul, qui marche Jusqu’à lui, le pistolet dirigé sur sa poitrine.) A vous, monsieur.
PAUL, mettant la main sur le testament.
A moi le testament!
LE MARQUIS, l’arrêtant.
Tirei d’abord, monsieur ; vous le prendrez après. PAUL, après l’avoir encore ajosté à bout portant.
Non, marquis... Seulement, souvenez-vous que je n’ai pas daigné vous tuer...
LE MARQUIS
Tirez donc, monsieur I
PAUL
Non... et je vous donne ma parole de ne ries dire contre la femme que vpus protégez...
LE MARQUIS
Et, si vous faites cela, monsieur, je vous pardonnerai tout.
C’est trop de générosité... Quant à toi , Denneville, je devrais te casser la tête... mais maintenant je me moque de vous tous... Adieu... ce u 'es que d’à présent que je suis riche! (Il sort.) LE MARQUIS, chancelant.
Ah ! c'est affreux !
VAUDRILLAN.
Ah ! ça... est-ce qu’il va mourir ?
LE MARQUIS, tombant sur une chaise que lui apporte Denneville.
Vous direz... à M“« de Changiron...
VAUDRILLAN, posant ses pistolets.
Que lui donner?... Mais , s’il meurt , ma ruse est inutile.
DENNEVILLE , s'emparant des pistolets.
Et s’il vit, ce sera la même chose.
VAUDRILLAN.
Qu’est-ce donc ? que veux-tu dire?
DENNEVILLE.
Que lu as livré à Paul un faux testament.
VAUDRILLAN.
Ce n’est pas vrai.
DENNEVILLE. %
Imbécile ! c’est toi qui me l’as fait écrire. VAUDRILLAN.
Juste ciel I on vient.. C’est peut-être Paul I
Ah ! c’en est fait I (Il s’évanouit.)
(En ce moment , on frappe à coups redoublés contre la porte d’entrée; elle est enfoncée, et parait, sur le seuil , le Juge suivi d’un greffier et de quelques soldats. Le Juge fait signe à ses gens de S’emparer de Vaudrillan.)
vaudrillan, effrayé.
Non I c’est la justice.
(Denneville soutient le marquis, et le rideau tombe au moment où le Juge et les soldats descendent la scène.)