LA LEÇON DU SATYRE
à Valère Bernard
J'ai connu Marsyas! aux siècles de beauté
Ma flûte de roseaux fit pleurer les Sirènes.
Pour m'écouter, Orphée, un soir, s'est arrêté.
Et les montagnes et les bêtes souveraines
Ont connu Tenchantement de ma voix.
J'ai chaiité pour les Dieux! Appolon dont la lyre
A pour cordes des rayons de soleil, et toi,
Pallas, te souviens-tu de ce Satyre
Qui fit frémir, jadis, tout TOlympê assemblé?
Te souviens-tu, Vénus, lorsque tes sens troublés
T'ont fait râler d'amour et qu'en mes bras de bête
Sans craindre mes baisers tu confias ta tête,
Et tu parlas si doucement que j'ai pleuré.
L'antique enchantement des monts et des forêts
Dont les échos tremblants comme des voix lointaines
S unissaient aux rumeurs qui naissaient des fontaines,
Lorsque la lune émue 'exhalait ses rayons
Au son de ma syrinx, et que les grands lions
Que je calmais soudain, dormaient jusqu'à l'aurore:
Le rêve universel doit redescendre encore,
La terre est jeune, ofemnve, et si les dieux sont morts,
Je suis toujours vivant et je sens tout ton corps Tendu vers mon amour. Ton haleine et tes tresses Échauffent mes genoux. J'ai connu des déesses. Le regard de Vénus, brûle au fond de mes yeux, Ma lèvre a le parfum de sa lèvre marine, Pour s'endormir, elle a roulé sur ma poitrine Sa iête et j'ai chanté ! J'éveillais dans les bois Un écho successif qui lui parlait de moi.' J'ai suscité la vie, et mon âme épandue Animait, comme un sang, les veines des statues. J'aifait mourir des fleurs, j'ai fait pleurer des marbres. Les forêts frissonnaient sous l'effort des Driades, Les ruisseaux palpitaient de l'éveil des Naïades, J'ai chanté pour l'amour: et je suis immortel. Et je suis seul. Depuis longtemps, sur mes autels Les lierres ont poussé: les forêts sont muettes. Les dieux sont morts, et la fidèle Écho répète. Tout au loin, mes chansons qu'elle ne connaît plus, Et cependant, ce sont depuis toujours les mêmes. Les fleurs aux noms de rois, les roseaux se sont tus. Je sens que je suis seul et que plus rien ne m'aime. Sache que les parfums qui s'élèvent des fleurs Viennent de mon haleine et que se sont des pleurs Qui brillent sur la terre en gouttes de rosée, Et l'herbe refleurit partout où s'est posée Ma chevelure fauve et c'est commeun printemps Que je recèle: un espoir éternel m'enivre.
Je ne peux plus parler, je vais ouvrir le livre
Que m'a donné jadis Marsyas en partant Tous les hymnes des Dieux s'y trouvent en musique Et Pan les a chantés sur sa syrinx rustique.
Tu n'oses pas ouvrir le grand livre divin:
Oh! tu ne comprends plus la langue naturelle, Écoute, viens vers moi: la nature est plus belle Lorsqu'elle resplendit dans un beau corps humain Vois, le livre est ouvert entre mes jambes torses, Les Dieux t'ont reconnue et je sens que mes forces Renaissent lentement. Je veux toucher tes seins Ta lèvre est rouge et j'aimerai ta chevelure Pour essuyer mes yeux. Je te rendrai plus pure De mon éireinte entière. Ah! je te trouve enfin! Adore en moi l'appel de l'âme de la terre:
Je n'ose plus compter mes printemps solitaires. Reviens dans nos forêts; sois encore déesse. • Je dompterai, pour toi, la fauve centauresse. Pour fêter tes réveils, sous les ombrages verts, Les faunes, au matin, reprendront leurs concerts, Les arbres parleront. Écho se souviendra, Et le grand Tout éclos, o femme, répondra A l'appel rajeuni de ma voix souveraine.
Nous irons, si tu veux réveiller les Sirènes, Je chanterai pour toi sur la syrinx de Pan. Le dieu Pan n'est pas mort, sa voix n'est qu'étouffée Car il doit revenir, en ramenant Orphée.
LA LEÇON DU SATYRt..
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// a e'ie lire 20 exemplaires numérotés avec un dessin grar>é sur bois d*Henri Roherty, sur papier de Hollande.
Ifflp. Raybaod. 3, qnai do Canil - Mirseille