LK POÈTE
Rien n'a pu remplacer vos portiques d'albâtre, Et le destin que, dans l'amphithéâtre, Le grand Œdipe avait bravé.
S'est jeté sur vous pour sauver
Votre âme et la transmettre en sa splendeur innée Vers les sphères prédestinées.
Si vous avez passé, votre esprit étincelle
Au ciel approfondi de l'âme universelle
Où vous avez porté, sans pressentir la mort,
Le monde, en le sublime efl'ort De l'Idée enchaînée à l'esprit qui la guide:
Ame des anciens dieux du Pont et de l'Eulide, Simulacres vaincus du principe éternel, Si des hommes moins beaux ont fondé des autels Pour exclure la paix de leurs poitrines fortes, Oh! vivez consolés: l'Esprit, qui vous apporte
Les pleurs de ceux qui vous ont fui.
Disent l'impiété de tous nos dieux de nuit.
Que vous redescendrez sans doute sur la terre:
Dieux et déesses tutélaires O Pallas Athéné, fille de Jupiter, Vénus Aphrodite, divinité des mers, Apollon Lycien, toi donc Tare devient lyre, Et la lyre soleil.
Et toi, Bacchus, dieu du délire, Vous, forces du monde en éveil.
Satyres adorant Daemogorgon, la terre.
Vous quitterez bientôt votre ciel solitaire!
Verbe immortel, enfant de TOlympe, bientôt Tu descendras portant aux hommes le flambeau Des cultes qui naîtront des sciences nouvelles. La force de beauté que le temps renouvelle Forge un bien spirituel Qui doit nous unir à vos ciels.
Qu'importe si d'en haut plus rien ne doit descendre,
L'homme s'élève et va comprendre, Après avoir pleuré près des temples ruinés.
Qu'il est amour, lumière, Puisqu'en lui tout passe et renaît , En sa beauté première !
Trouverons-nous encore le sens du radieux?
Pour combler vos autels, nous implorons les dieux.
Resterons-nous ainsi portant notre science Comme un hommage vers les cieux Et de notre alliance Devons-nous enorgueillir Dieu,
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Puisque, partout, la fuite des fantômes Prophétise le jour de Thomme, Forge le chant d'amour de l'Esprit délivré.
La marche du progrès Suivra les sphères d'harmonie.
Chacune et toutes sont unies,
O Terre, sois l'amour.
La souffrance n'est qu'une phase.
Car tu dois rentrer dans l'extase
Et ce sera toujours.
Le chant devint vision: ma pensée infinie.
Je passais dans des champs embaumés de soleil, La Tene souriait: c'était comme un éveil.
Un renouveau d'amour, de fraîcheur, d'harmonie ; Une femme était là: ses cheveux ondulaient En flots légers d'or clair, et, comme elle chantait. Les arbres, les ruisseaux paraissaient moduler Un accompagnement naturel, enchanté.
Je sentis à sa voix que son âme était bonne, Elle tressait des fleurs fragiles en couronnes Les jetait aux enfants qui s'amusaient entre eux Et leurs rires fusaient dans l'azur lumineux. Elle chantait:
Esprit pur qui remplis la terre d'allégresse, Réalité du ciel que nous avons rêvé,
Dieu sans orgueil, le cœur de rhomme est sans faiblesse
Puisque tu sais comprendre et que tu t'es sauvé
Dieu d'amour qui souris sur la terre ravie,
Dieu de Thomme emvré sans colère et sans loi,
Le mçme élan d'amour nous mène jusqu'à toi
Car notre seule offrande est l'hymne de nos vies.
Sois béni, le bonheur que tu nous as donné
Révèle chaque jour ton intime présence.
Et tu n'auras plus rien, Seigneur, à pardonner
Car en ta volonté se meut la conscience.
Dieu de clarté, le mal ne venait pas des hommes
C'est un culte nouveau qui t'a purifié.
Les temples sont brisés, la terre est ton royaume,'
Ta présence divine a tout sanctifié.
Puisque tu te revêts d'amour et de lumiète
Et que tu déposas ta vengeance à nos pieds.
Notre vie est un chant et toutes nos prières
Ont le charme divin des actes familiers.
L'arbre de la science avait donné ses fruits. Les sages commandaient aux foules innocentes. Et seul le bien régnait, le mal évanoui Etait une légende et les âmes ferventes Avaient pour loi l'amour, pour religion la vie, Et tous vivaient unis et la même harmonie Qui s'élève du chœur des Terres et des Mers, Berçant le rêve éclos de l'homme et l'univers. Au bonheur de chacun vit sa force asservie.
Les hommes étaient bons, la femme, illuminée
De ce rayon divin qu'elle a toujours porté, Ne savait plus que la douceur et la beauté, Et tout s'accomplissait selon sa destinée Comme la fleur des cœurs, la religion éclose Etait comme un flambeau que nul vent n'affaiblit. Dieu se manifestait à travers toute chose Et l'homme était un temple et tout parlait en lui.
Et les siges parlaient aux foules assemblées. Dieu détourna jadis les yeux de son ouvrage, Le prêtre condamnait la religion du sage Dont la splendeur vous est à jamais relevée.
Le mystère formait la richesse des temples, Les hom-^nes, prosternés, adoraient la parole. Et le culte tissait le linceul du symbole.
Obscurcissait l'esprit en qui l'homme contemple Le Dieu qu'il porte en lui:
Et qui devait songer à un nouveau déluge?...
Mais, dans les cœurs proscrits il trouva son refuge, 11 comprit l'homme et de nouveaux éclairs ont lui. Ils ont fondu les entraves de Prométhée Et Dieu jeta son feu sur les siècles athées:
Et plus rien ne resta des temples, des églises. Où l'âme, anéantie en la vie incomprise.
Était le seul chemin conduisant au salut.
Mais du temps. a passé: ces siècles ne sont plus Nous sommes revêtus de bonheur, de lumière.
Dieu s'accomplit en nous et son esprit s'éclaire
-éo-
Du feu de nos désirs.
Et les prêtres chantaient.
O principe immortel, songe infini de Tâme, Soleil vivifiant, immuable et fécond, Tu sens monter vers toi le calme épithalame Du monde illuminé ; car c'est par tes rayons Que Tesprit s'harmonise au rhythme planétaire. Que ta flamme entretient, que ta splendeur éclaire. Et Tentrelacement des orbes pacifiques Monte insensiblement, suivant le mode antique. Vers le juste, le beau qu'ils pressentent en toi Et ridée a jailli du sommet de la terre.
Elle vient d'accomplir soncycle autour des sphères : C'est là qu'elle a trouvé l'harmonie et les lois Qui font battre le cœur immense de la terre, L'âme de l'océan, des monts et des forêts, Le cœur de l'homme ému comme un luth consacré Que chaque son émeut, où tout se transfigure En la toute splendeur de force et de nature Qu'il tient de toi. Soleil, d'immuable pensée, Foyer resplendissant où l'Idée élancée Doit venir consumer, en l'extase brûlante Qui Tattire vers toi, ses ailes trop pesantes Pour l'atmosphère lourde où l'action de la terre Se fait encore sentir, bien qu'elle soit prospère Et que l'amour ruisselle en ses veines puissantes. Que la beauté l'étreigne en sa forme enlaçante Et que l'homme divin se dresse - sanctuaire.
Dont il est devenu Tunique statuaire,
Le pontife éclairé, le croyant radieux,
Dont chaque acte accentue un contour de son Dreu.
Tout est répandu pour que tout pénètre.
C'est le devenir éternel de Têtre Dont la force s'émeut dans le rhythme des orbes, En la clarté spirituelle qui résorbe Tous les rayons humains qu'elle avait épandus, De son foyer toujours fécond où se raniment, Harmonisées selon les cadences sublimes.
Les âmes qui jadis en étaient descendues, Et qui furent fa vie, et connurent les phases De la souffrance, de Tamour et de l'extase Où se sont réformés les attributs divins Qu'elles avaient laissés pour entrevoir le monde, Pour procréer le ciel en leurs forces fécondes, Pour tracer sous leur vol le mouvement sans fin, Le rhythnie universel des terres bienheureuses. Le sourire figé des sphères lumineuses.
L'hymne ardent de l'espace illuminé du soir, Le passage éternel des astres radieux Balancés lourdement comme les encensoirs D'nn culte universel enveloppant les dieux.
Regarde autour de toi: que ton âme ravie Renaisse avec le jour, et chante avec la vie!
Les monts se coloraient d'une clarté blémie, La face du matin rayonnait sur les eaux, Son haleine s'émut sur la terre endormie^ L'horizon lumineux s'entourait d'un halo.
Sois bon, car la bonté est la source éternelle D'où ton âme épandra pour chacun son pouvoir. Si ton être a changé.l'homme est toujours le même, Tu connais le possible, entretiens son espoir. Je vais partir, descends vers l'archange qui t'aime, Descends vers la cité, c'est là qu'elle t'attend.
Et le premier rayon du soleil de printemps
Dissipa l'Ange des mystères, Et puis, je renaquis aux clartés de la terre.
--^-s.^ -îll^__«^