II AVANT-PROPOS
les papyrus trouvés dans les tombeaux d'Egypte, les vases peints où sont figurées des scènes de tragédies, les corrections et les interprétations souvent heureuses dont le texte du poète a été, depuis cinquante ans, Tobjet, aient révélé un Euripide inconnu; mais, pour qui veut avoir de lui une image aussi fidèle qu'il est possible, les traits nouveaux, même très légers, qui s'ajoutent à sa physionomie, ne sont pas à négliger.
Il y a chez Euripide — on l'a bien souvent répété depuis l'antiquité — un philosophe et un critique. Nous avons interrogé ce philosophe, ce critique, avec curiosité et insistance, essayant de lui faire dire ce qu'il pensait de la nature, de la religion, de la société, des femmes et des hommes au milieu desquels il a vécu; recueillant ses propos, sans vouloir les coordonner trop étroitement, ni sans trop céder à la tentation d'en tirer de rigoureuses déductions. Peut-être faut-il renoncer à savoir dans quelle mesure Euripide fut un penseur original. Il mérite cependant d'être écouté comme un témoin des idées et des préoccupations de son temps.
Dans la seconde partie de cet ouvrage où, après l'esprit critique d'Euripide, est étudié son génie dramatique, si Ton ne pouvait échapper & la nécessité de redire assez souvent, sous d'autres formes,
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ce qui a été dit, du moins a-t-on essayé d'attirer Tattention sur quelques points moins bien éclaircis que les autres, et qui valent la peine de l'être. Comme il n'est pas indi£Pérent de connaître tous les sujets que le poète avait pu mettre à la scène, on s'est efforcé de tirer le meilleur parti des renseignements que Tantiquité nous a transmis sur celles de ses tragédies dont il ne reste que des fragments. Certains procédés particuliers de son art ont été soumis à une analyse attentive. Nous avons examiné de près les prologues et les interventions divines aux dénouements. On trouvera aussi un développement assez étendu sur le rôle du chœur chez Euripide et sur les caractères de son lyrisme, que l'opinion traditionnelle ne nous parait pas apprécier exactement. Ce n'est donc pas une étude complète de l'art dramatique d'Euripide que nous offrons au lecteur, mais une étude où est traité de préférence ce qui parait sujet à controverse.
Quelques figures sont jointes au texte de ce volume : le buste du Musée de Brunswick, et trois dessins de vases peints, les seuls où l'on soit à peu près assuré de voir une reproduction authentique de certaines scènes des tragédies perdues du poète.
Personne ne sera surpris que nous invoquions