‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 2 sur 341 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Des trois grands poètes tragicpies de la Grèce, Euripide est celui dont la personne se montre le mieux dans ses œuvres. La plupart des drames qu'il a composés sont marqués de l'empreinte de ses sentiments et de ses idées propres. Au lieu de s'effacer toujours, comme Eschyle et Sophocle, derrière les héros qu'il met en scène, il se substitue plus d'une fois à eux et parle sous leur masque. Quand on aborde un poète de ce genre, ce n'est donc pas une vaine curiosité que de rechercher ce qu'on peut savoir de sa naissance, de son éducation, des circonstances et des événements de sa vie. Une biographie d'Euripide, bien que ce travail ne soit pas nouveau, est la préface nécessaire d'une étude comme celle que nous

entreprenons'. Cette biographie — est-il besoin d'en avertir? — ne peut d'ailleurs être établie avec certitude. Les Grecs, quand ils ont parlé de leurs grands hommes, ne se sont fait aucun scrupule de mêler, souvent à haute dose, la légende à la réalité. Bien qu'Euripide ait vécu au cinquième siècle, en pleine lumière de l'histoire, les récits qui le concernent renferment, avec des faits certains, une part de fables qui est à démêler.

Il y avait, au sujet de la naissance d'Euripide, une tradition fort répandue et assurément très séduisante. Notre poète serait venu au monde en l'an 480, dans l'île de Salamine, le jour même de la grande bataille ^ Cette coïncidence est assez frappante pour nous mettre en défiance. C'est par un trop habile synchronisme que les critiques grecs rattachaient au souvenir de la victoire de Salamine les noms de leurs grands poètes tragiques. Sophocle, enfant de quinze ans, dansant, une lyre à la main, autour du trophée de la bataille dont Eschyle a été l'un des héros, et près du berceau d*Euripide qui vient de naître, il y

1. Voir surtout : la notico do M. Woil dans soq Introduction à l'édition do Sepl Tragédies d'Euripide; la dissertation de Nauck, De Euripidis vita, poesiy ingenio^ en tête de son édition do la collection Teubner; en dernier lieu, l'étude déyoloppée et très complète de Wilamowitz-Mœllendorff, étude qui forme le premier chapitre de son Euripides Uerakles (Berlin, 1889). La Préface de Paley sur le même sujet est assez confuse.

2. Plutarque, Moral,, p. 717 c. Hesych. Illustr. dans les Fragm. Hiat, GrœCy IV, p. 163. Suidas, au mot Euripide, Vie anonyme (r£voç E'jp(ictSou), en tôte du premier Tolume dos Scholies de Tëdition Ë. Schwartz. — Diogène Laërto, II, 45, indique seulement l'année, sans déterminer le jour. Euripide est qualifié de « Salaminicn », Corp, Inscr, Gr,, 6U32.

avait là de quoi charmer les jeunes Grecs dans leurs écoles ; mais cet agréable tableau satisfait-il nos exigences chronologiques'? La date de 480, qui a pour elle rautorité d'Ëratosthëne', est d'ailleurs contredite par d'autres témoignages, en particulier par l'inscription du marbre de Paros', qui place la naissance d'Euripide plusieurs années auparavant, sous l'archonte Philocrate, en 48B-84. Mais cette dernière date, adoptée par plusieurs critiques, ne nous parait pas plus sûre que la première*. Bornons-nous donc à admettre qu'Euripide naquit au temps des guerres médiques, à une date qui ne peut se déterminer avec précision, mais qui n'est pas éloignée sans doute de l'année de Salamine.

Euripide était fils de Mnésarchosou Mnésarchidès*,

1. Voir, dans les Acta do la Société philologique de Leipzig, 1872, p. 161, la dissertation de L. Mcndelssohn de morlis anno Sophoclis et Euripidis, dont les conclusions ont été résumées par Ritschl, pour la commodité du lecteur, p. 194-96.

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