Bellérophon, fr
qui les indignent^ font de la perversité croissante de l'espèce humaine un tableau dont les noires couleurs rappellent Tâge de fer d'Hésiode ^ A tous égards, la rie est donc mauvaise. Euripide a exprimé cette idée sous une forme qui lui est propre, sur un ton plein de pitié pour les misères humaines : « Quand un enfant vient de naître, on devrait se réunir pour pleurer sur lui, en songeant à tous les maux qui l'attendent; au contraire, quand un homme est délivré par la mort des peines de Texistence, il faudrait le féliciter de son sort et lui faire cortège avec joie jusqu'à sa dernière demeure". »
La conclusion qui se déduit nécessairement de ces textes, c'est que, pour l'homme, mieux vaudrait ne pas naître. Et cette conclusion est formellement exprimée dans un fragment du Bellérophon^. Mais cette maxime désolée n'appartient pas, comme on serait tenté de le croire, à Euripide. Elle était en Grèce — le poète lui-même nous en avertit — une sorte de lieu commun. On ne la rencontre pas encore chez Homère, mais elle est déjà chez Théognis ^, et pendant de longs siècles la poésie s'en est faite plus d'une fois l'écho. La tradition assignait à cette maxime une origine très ancienne ; elle lui attribuait en même temps le caractère d'une révélation prophétique. Aristote, dans son traité de VAme, racontait que
1. BippoL, 936. Thésée pousse l'hyperbole jusqu'à dire qu'il faudra bientôt que les dieux ajoutent à la terre que nous habitons une aatre terre pour contenir la foule toujours croissante des méchants.
2. Cresphonte, fr. 449. Vers traduits par Cicéron, Tusc, I, 48, H5.