Médée
certain poids d'or, de fer ou d'airain, pour acheter à ce prix des enfants, chacun suivant la valeur de son offrande, et ils auraient vécu chez eux librement, sans femmes ^ » Jupiter, hélas! a manqué d'imagination : il n'a point trouvé la recette inventée par Hippolyte, et c'est pourquoi la femme fait le tourment de l'existence de Thomme. L'étrangeté de cette idée, que Milton a cependant reproduite dans son Paradis perdu* ^ nous avertit qu'elle n'est point sérieuse. Il ne faut voir là, comme dans les textes cités plus haut, qu'une de ces boutades, d'une sincérité douteuse, qui pouvaient faire sourire le public, qui ne le passionnaient certainement point. Mais ces boutades avaient leur raison d'être dans les mœurs, dans les habitudes de la vie sociale : c'est là qu'il faut en chercher l'explication.
Le mariage n'était point à Athènes, au v* siècle, ce qu'il est chez nous. L'Athénien d'alors ne se marie pas pour avoir une compagne qui lui aide à traverser la vie : il se marie avant tout pour s'acquitter d'un devoir envers l'État, pour remplir une obligation pa-. triotique. La femme n'est pas choisie par l'homme pour elle-même, pour ses mérites, réels ou supposés : elle est acceptée, presque subie, comme on subit une loi. La femme est, en effet, l'instrument de la perpétuité de la famille et de la conservation de la cité. . L'Athénien qui ne recherche que l'attrait d'un agréable commerce fréquente les courtisanes, qui possèdent ce qui manque aux femmes honnêtes : la grâce,