‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 114 sur 341 · Bergk, Lyrici gracia, t. II, p · texte numérisé non relu

Bergk, Lyrici gracia, t. II, p

2. Eschyle {Sept contre Thèbes, ▼. 187, 200, éd. H. Wcil) avait déjà placé dans la bouche d'ÉtéocIo quelques critiques à l'adresse des femmes. Le chœur d'Agamemnon (y. 485) si^ale en passant leur esprit de chimère, leur promptitude à croire aux choses heureuses. Mais ce sont là des traits isolés.

des personnages que le poète met en scène? Il est impossible de faire à cette question une réponse qui soit tout à fait exacte, puisque, sur les soixante-quinze drames que lisaient les critiques anciens, dix-sept seulement nous restent dans leur intégrité. L'étude de ces dix-sept pièces nous renseigne pourtant d'une façon suffisante sur le point qui nous occupe. Reconnaissons d'abord que certains héros d'Euripide ont leurs raisons pour ne point aimer les femmes. Si Hippolyte dit du mal d'elles, ce n'est pas sans doute qu'il les connaisse beaucoup : sa jeunesse, sa chasteté, son dédain de la religion d'Aphrodite, son attachement exclusif au culte d'Artémis lui font une loi de fuir leur commerce. Hippolyte ne connaît guère les femmes, mais il les craint; et cela suffit pour qu'il ne leur soit pas indulgent. Ses craintes d'ailleurs se justifient bientôt: quand il a entendu de la bouche de sa nourrice l'aveu de la passion criminelle de Phèdre, on comprend qu'il s'indigne et qu'il confonde toute la race féminine dans l'aversion légitime que Phèdre lui inspire. Autre exemple d'un personnage qui est dans une situation très différente de celle d'Hippolyte : Jason en face de Médée qu'il a trahie ne peut manquer d'être fort embarrassé; il essaie bien de démontrer à cette femme qui lui a tout sacrifié et qu'il a récompensée par l'abandon, que c'est elle qui a tort et lui qui a raison ; mais, comme il a conscience de ses sophismes, il ne tarde pas à exprimer des idées plus générales*, et il trouve plus commode de s'en

l.ir^/i^e, 569-575.

prendre à toutes les femmes que d'avoir affaire à une seule. N'est-il pas clair qu'en prêtant un tel langage à Jason, le poète a fait preuve d'une exacte observation de la nature humaine? N'est-ce pas, en effet, au moment où l'on a le plus évidemment tort, dans une discussion, sur un point particulier, qu'on est le plus disposé à fuir le terrain limité où l'on se sent faible pour s'échapper dans le domaine vague et moins dangereux des généralités? Si Jason condamne toutes les femmes, ce n'est pas qu'il pense un mot de ce qu'il dit : c'est qu'il espère par là se tirer d'un mauvais pas.

Les deux exemples que nous venons de citer sont des exceptions. En général, c'est contre toute vraisemblance que les héros tragiques se laissent aller à des développements, qui quelquefois sont de véritables tirades, sur les vices des femmes. C'est bien la pensée du poète qu'ils expriment, et non la leur. 11 parait certain que celui-ci a voulu faire, qu'il a fait — incidemment, mais avec une insistance qui ne permet pas de se méprendre sur ses intentions — la satire des femmes de son temps. Son attention, qui se porte sur tant d'objets importants, devait nécessairement se fixer sur la condition des femmes, sur leur conduite, sur le rôle qu'elle jouent, sur celui qu'elles sont appelées à jouer dans la famille et dans la société. De là des critiques et des leçons à leur adresse.

« Je déteste, à l'exception de ma mère, toute la race féminine*. » Cette franche déclaration de miso-

1. Mélanippe enchaînée, fr. 498, Nauck*. Cf. Meléagre, fr.528.i4?o/o«, fr. 86.

gynie n'est pas toujours motivée chez Euripide. D'ordinaire ses personnages se contentent d'affirmer, sans prouver leur affirmation ^ que la femme est pour rhomme un fléau; un fléau pernicieux, plus redoutable que la vipère, plus difficile à combattre que le feu '. En parlant de la femme, parfois leur ton se monte, leur voix s'enfle et s'emporte jusqu'à l'invective : « Terrible est la violence des flots de la mer, terrible l'impétuosité des fleuves et le souffle brûlant du feu, terrible la pauvreté et mille autres choses encore; mais de tous les fléaux le plus terrible c'est la femme. Rien ne saurait peindre ni décrire ce qu'elle est. Si c'est un dieu qui l'a façonnée de ses mains, il peut se vanter d'être un puissant artiste d'œuvres funestes et l'ennemi du genre humain M » Ce fléau, on voudrait pouvoir en purger la terre ; mais comment s'y prendre? Ici se rencontre une idée singulière : « Les mortels, dit Jason, devraient avoir des enfants par quelque autre moyen que celui des femmes : il n'y aurait plus de femmes, et les hommes seraient . ainsi délivrés de tout mal *. » Quel est ce moyen? Le poète prend soin ailleurs de l'indiquer : « Si tu voulais propager la race des mortels, dit Hippolyte à Jupiter, ce n'est pas aux femmes que les hommes auraient dû s'adresser : ils auraient déposé dans tes temples un

i. Dire, comme lo fait Hippolyte (v. 628), que ce qui prouve que la femme ne vaut rien c'est que lo péro donne une dot à sa âUe pour se débarrasser d'elle, ne peut être considéré comme une raison sérieuse.

2. Androm., 271-273, 353. HippoL, xaXuict., fr. 429. Œdipe, fr. 344. Phcenix, fr. 808.

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