Vie, p. 6, 1. 15. Schwartz; Philémon, Fragm, 40 a
pide est un homme qu'on rencontre si souvent qu'avec le temps il devient un type de comédie. Deux pièces de Tépoque alexandrine avaient pour titre <ï>tXEuptic{8irjç « le fanatique d'Euripide » \ Mais ce qu'il y a de plus caractéristique en ce genre est l'anecdote que conte Lucien, au début de son traité Sur la manière décrire thistoire. Sous le règne de Lysimaque, une troupe, de passage à Abdère, représenta au théâtre de cette ville V Andromède d'Euripide. L'acteur chargé du rôle principal, Archélaos, était un artiste de grand talent, qui savait donner au public l'illusion et comme le frisson de la réalité. On était au plus fort de l'été. Voilà qu'en sortant du théâtre tous les spectateurs sont pris d'une fièvre qui, pendant plusieurs mois, ne les quitta plus. Cette fièvre était accompagnée d'un délire d'une espèce nouvelle : le délire tragique. Les rues de la ville étaient donc pleines de gens pâles et maigres, qui chantaient ou qui déclamaient à tue-tête les plus beaux passages de V Andromède, « Il ne fallut rien moins que l'arrivée de l'hiver et une forte gelée, dit Lucien, pour mettre un terme à cette folie. » Ce piquant récit, quelle qu'y soit la part de l'imagination du rhéteur, est une preuve de l'enthousiasme qu'excitaient alors les pièces du poète.
Cet enthousiasme se prolongera jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne. Les Pères de l'Église citent quelquefois Euripide. Ce qu'ils admirent en lui, c'est évidemment moins la peinture des passions, que l'élévation des sentences morales dont son théâtre