‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 149 sur 341 · SuppL, 447-455, Wilamowitz · texte numérisé non relu

SuppL, 447-455, Wilamowitz

4. Dans l'Hercule s'exprime plusieurs fois (y. 33, 272, 541) cette idée que le tyran a profité des dissensions de la cité pour mettre la main sur le pouvoir.

5. L'idéal du bon roi est retracé dans les paroles qu'Ërechthée

monarque que d'un archonte, est si bon prince qu'il a fondé lui-même, de ses mains royales, la démocratie en Attique. Aussi, avec quelle fierté n'exalte-t-il pas, devant le héraut du tyran Créon,les mérites de ce régime de liberté qui, en permettant à tout citoyen de prendre la parole sur les affaires de TÉtat, en attribuant à chacun les mêmes droits, en donnant à tous indistinctement cette isonomie si précieuse et tant vantée, ne laisse régner dans la cité d'autre souverain que la loi^ ! Le héraut de Gréon adresse bien aux institutions démocratiques d'Athènes quelques critiques d'une incontestable justesse. Mais il est Thébain et envoyé d'un roi : il a tort. Thésée est Athénien et représentant d'un peuple libre : il écrase son adversaire. Si Euripide, tout en donnant satisfaction à son public, a été probablement sincère quand il célébrait, en face de l'étranger, la valeur des institutions politiques d'Athènes, il paraît d'ailleurs n'avoir pas fermé les yeux sur les inconvénients d'un régime qui laissait la chose publique aux mains de la multitude. Il n'adule pas la foule ; il fait d'elle, au contraire, un portrait qui, sans ressembler à la caricature aristophanesque du bonhomme Démos, n*es-t point flatté et ne vise qu'à reproduire son modèle fidèlement. Être mobile, prompt aux entraînements irréfléchis de la colère et de la pitié ; impuissant à maîtriser son ambition, qui lui fait perdre en un jour, pour avoir

mourant adresse à son fils (fr. 362). Schcnkl {ouv. cit, p. 32) en a rapproché les conseils que donne Isocrate à Nicoclcs, roi de Salamine de Cypre.

). SuppL, 433-440. Cf. Hérodote, III, 80.

voulu s'élever trop haut, le fruit de longs efforts ; ignorant^ et se laissant mener sans s'en douter, si bien que la fortune de TÉtat dépend de qui a su capter sa confiance ; se créant sans raison des favoris, pour les immoler ensuite à ses caprices* : tel est, d'après notre poète, le peuple athénien*. Savant comme il Tétait dans « la connaissance des maladies politiques » — le mot est de Plutarque ' — Euripide a vu d'où souffrait la cité athénienne. Sans parler d'allusions passagères à cette perversion de la moralité grecque dont Thucydide, vers le même temps, nous a laissé une si saisissante peinture^, le poète signale et dénonce hautement les hommes qui font tout le mal ; ce sont les gens remuants, les brouillons entreprenants dont Taudace en impose au vulgaire, qui se poussent en avant et emportent d'assaut les fonctions et les honneurs '^. Parmi eux, il se trouve des fils de famille ruinés, qui songent à réparer leur fortune privée aux dépens de la fortune publique*. D'autres, et c'est le grand nombre, nés de rien, veulent arriver à tout '. Pour cela, il leur faut séduire le peuple.

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