‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 17 sur 341 · RAPPORTS D^EURIPIDE AVEC LES PHILOSOPHES ET LES SOPHISTES · texte numérisé non relu

RAPPORTS D^EURIPIDE AVEC LES PHILOSOPHES ET LES SOPHISTES

Les opinions personnelles du poète. — A quels signes on peut les reconnaître.

Une des raisons secondaires du succès d'Euripide auprès de la postérité fut un défaut de son théâtre : cet esprit critique partout répandu, qui n'épargne pas plus les dieux que les hommes, qui s'en prend aux vieilles fables de la mythologie comme aux mœurs contemporaines, qui attaque les idées reçues, les conventions sociales, la tradition sous toutes ses formes. Cet esprit, dont s'accommodera si bien le scepticisme ou le progrès des âges suivants, mérite

d'être mis en lumière ; mais il convient de résoudre une question préliminaire.

Euripide, qui, de son métier, est poète et non philosophe, Euripide qui ne parle point en son nom, mais qui fait parler des personnages de théâtre, doitil être tenu pour responsable des idées que ces personnages expriment? En fait, les contemporains ont été convaincus de la responsabilité du poète, et ils ont poussé quelquefois ce sentiment jusqu'à Terreur et rinjustice. Un vers de VHippolyte, qui paraissait porter atteinte à la religion du serment*, fit accuser Euripide d'impiété*. Dans la pièce de Danaé^ un acteur déclamait ces vers : « 0 puissance de l'or, charme et délices des mortels! Les hommes n'aiment ni leur mère, ni leurs enfants, ni leur père autant que toi et ceux qui te possèdent. Si Aphrodite a cet éclat dans le regard, quoi d'étonnant qu'elle enflamme d'amour tous les cœurs'? » A ces mots, le public tout entier se leva et voulut chasser de la scène l'acteur et la pièce : il fallut qu'Euripide vînt déclarer que le personnage auquel il prêtait ce discours allait être puni*. La foule athénienne avait été émue par un bon sentiment — les foules, même quand il entre dans leur composition un certain nombre de malhonnêtes gens, sont souvent morales — mais elle s'était émue à tort et n'avait pas compris; car, dans Tintention du poète, cet éloge de l'or

1. C'est le vers 612 dont nous examinerons la portée à la fin du chapitre II.

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