‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 18 sur 341 · Sénèque, Épilres · texte numérisé non relu

Sénèque, Épilres

poussé jusqu^à Thyperbole était ironique. Le langage dlxion, dans la tragédie de ce nom, aurait soulevé une tempête bien autrement violente, si le poète n'eût sans doute pris ses précautions, en avertissant par avance' que le supplice de la roue attendait Ixion au dénouement. Mais les premiers vers de la Mélanippe philosophe déchaînèrent un tel tumulte que le poète, à la reprise de la pièce, dut faire amende honorable et les remplacer par d'autres*. Ces exemples nous prouvent qu'aux représentations tragiques, le public athénien se scandalisait de toute parole qui paraissait contraire ou à la religion ou à la morale publique, et qu'il était disposé à mettre sur le compte du poète les hardiesses de langage de ses héros.

Nous n'avons pas à partager ces passions. On ne saurait évidemment attribuer à Euripide toutes les opinions, sans distinction, que soutiennent ses personnages, puisque souvent — et qui s'en étonnerait? — ces opinions sont contradictoires. Mais, à travers ces contradictions nécessaires, il est cependant possible de discerner' ce qui est la pensée personnelle du poète de ce qui ne l'est point. Si une idée, par exemple, se rencontre plusieurs fois chez lui, développée avec complaisance, et dans des pièces qui appartiennent à des époques différentes, ne faudra-

1 . C'est là seulement une hypothèse, mais que justifie peut-être Thabitudo euripidéennc des prologues, qui souvent annoncent le dénouement.

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