‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 193 sur 341 · Poét. XIII, p. 1.453 a · texte numérisé non relu

Poét. XIII, p. 1.453 a

brir ses dénouements sans nécessité, soit parce qu'il ajoute à la tradition des éléments nouveaux, soit parce qu'il réunit plusieurs actions en un même drame. Médée, avant d'égorger ses enfants, s'est débarrassée de sa rivale, la fille du roi de Gorinthe. Cette mort ne suffit point au poète, qui a voulu que le tissu empoisonné fît encore une autre victime. Cette victime imprévue est le vieux père de la jeune femme, Créon, qui se précipite sur le corps de sa fille demimorte, en poussant des cris déchirants. « Il l'enveloppe de ses bras, il lui parle : « Malheureuse enfant, quelle divinité te fait périr de cette afireuse mort? Qui t'enlève à la tendresse d'un vieillard tout près de la tombe? Ah! que ne puis-je mourir avec toi, mon enfant I » Quand ses gémissements et ses sanglots ont cessé, il veut relever son vieux corps; mais, comme le lierre adhère aux tiges du laurier, ainsi il reste attaché au fin tissu. C'est une lutte effroyable. Essaiet-il de soulever un genou, elle le retient. Fait-il un effort violent, les chairs sont arrachées de leurs os. A la fin, sa vie s'éteint, et il rend l'àme, le malheureux, à bout de souffrances. Et voilà la fille et le vieux père étendus sans vie l'un auprès de Tautre M » La fin épouvantable de Créon n'était pas nécessaire à la vengeance de Médée, qui ne l'avait pas voulue : les horribles détails de cette mort inutile ne montrent-ils pas l'intention du poète de renforcer, par cette seconde catastrophe, l'impression tragique de la première? Le drame des Sept contre Thèbes d'Eschyle a pour

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