‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 194 sur 341 · Médée · texte numérisé non relu

Médée

dénouement la double mort d'Étéocle et de Polynice, frappés Tun par l'autre. Il a fallu à Euripide, reprenant le même sujet dans les Phéniciennes ^ d'autres morts encore que celle des deux frères. Chez lui, Jocaste se plonge une épée dans le corps et expire à côté de ses enfants. La mort de Jocaste, celle d'Ëtéocle et de Polynice ont été précédées, dans le cours de Faction, de la mort de Ménoikeus, fils de Créon, qui, obéissant à Toracle de Tirésias, s'est dévoué pour le salut de Thèbes. Il n'y a donc pas moins de quatre cadavres dans les Phéniciennes. Il y en avait autant dans la Mélanippe enchaînée : les deux fils de Théano tombaient sous les coups de Bœotos et d'^Eolos ; leur mère se tuait de désespoir ; le père de Mélanippe était tué parles fils de Poséidon ^ Euripide, dans quelquesuns de ses drames, avait donc fait couler plus de sang que n'en réclamait la tradition; il s'était étudié à faire naître des effets de terreur tragique en accumulant les morts et en multipliant les catastrophes.

Ces effets, dans l'économie du drame, peuvent se produire de deux manières différentes. Suivant Aristote, ils peuvent résulter soit du spectacle, soit de l'enchaînement môme des faits. « Les faire sortir des faits, ajoute le grand critique, est ce qui vaut le mieux ; c'est d'un poète plus fort. Il faut, sans frapper la vue, constituer la fable de telle sorte qu'à entendre le récit de ce qui s'est accompli, on soit saisi de terreur ou de pitié par suite des événements : c'est ce que l'on éprouvera en écoutant la fable d'OuUpe.

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