Phéniciennes
la bonne volonté d'Athènes, lolaos trouve pour les enfants d'Hercule quelque autre moyen de salut. A cette déclaration, le vieil lolaos se désespère : il voit le moment où, la condition exigée par les oracles n'étant pas remplie, il sera abandonné de ses protecteurs, et où les enfants qu'il a sous sa garde seront peut-être livrés avec lui à Eurysthée. C'est à ce moment critique de l'action que l'une des filles d'Hercule, Macaria, sort du temple où elle était enfermée avec ses sœurs sous la conduite d'Alcmène. Elle a entendu les gémissements d'Iolaos et elle veut en savoir la raison. Celui-ci la met au courant de la situation et lui apprend l'avis exprimé par les oracles. « Est-ce de cette condition, demande-t-elle, que dépend le salut de notre famille? » Et, sur la réponse affirmative d'Iolaos, la jeune fille aussitôt, sans hésiter, presque sans réfléchir, s'offre d'un mouvement spontané à être la victime exigée par les dieux. « Ne redoute donc plus les lances ennemies et Argos. De moimême, 6 vieillard, et avant d'y être forcée, je suis prête h mourir et à me laisser immoler. » L'abandon qu'elle fait d'elle-même est si complet que son sacrifice semble ne pas lui coûter et qu'elle trouve des raisons pour se prouver qu'il y a avantage pour elle à quitter la vie. Si, par sa faute, la ville était prise, combien ne serait-elle pas plus malheureuse encore, tombée aux mains de ses ennemis ! Si on la chasse de l'Attique-, partout où elle ira, dans sa vie errante, elle s'entendra accuser de lâcheté : nul homme ne voudra pour femme d'une fille sans courage, qui n'a pas su se dévouer et sauver les siens. La mort est
donc pour elle à la fois le plus beau et le meilleur parti. « Conduisez-moi où je dois mourir; couronnez et consacrez la victime, si telle est votre volonté, et ensuite triomphez de Tennemi! Cette vie vous appartient; je vous Tabandonne volontiers. Je me déclare prête à mourir pour mes frères et pour moi-même. Je ne suis pas attachée à la vie et j'ai trouvé le meilleur moyen d'en sortir avec honneur*. » lolaos, saisi d'admiration et pris de pitié à la fois, offre à la jeune fille de laisser le sort désigner la victime parmi ses sœurs. Macaria refuse, pour ne point perdre, dit-elle, le mérite de sa résolution : elle Tant donner sa vie. Son sacrifice est enfin accepté par lolaos en présence de Démophon, qui salue en elle « de toutes les femmes la plus courageuse » . Il ne lui reste plus qu'à faire ses adieux au vieillard et à ses frères, qui, dans une douleur muette, se pressent autour d'elle ^ Ces adieux, d*un ton si ferme', ne pouvaient manquer d'attendrir les auditeurs. L'impression qui dominait pourtant (le chœur Texprime comme lolaos) était celle d'une admiration sans réserye pour un acte héroïque librement et modestement accompli.
Alceste est plus admirable encore que Macaria. Son sacrifice est si peu commandé par les circonstances, et elle aurait tant de raisons de vivre ! Ses enfants suffiraient à la retenir à l'existence, à lui en