CHAPITRE III
l'action
Multiplicité d'incidents. — Les reconnaissances.
Les critiques anciens les plus favorables à Euripide, ceux qui déclarent que nul n'a surpassé sa puissance d'ém'otion tragique, signalent en même temps les défauts de la conduite de ses pièces et ne craignent pas de censurer « Téconomie » de ses drames ^ Pour bien juger de la valeur de ce reproche, il nous manque cinquante tragédies que ces critiques lisaient. Peutêtre cependant ce qui reste suffit-il à nous éclairer. Or, Télément essentiel de la conduite d'un drame étant l'action, c'est l'action qu'il faut maintenant étudier chez Euripide, non dans tous ses détails et à propos de chacune de ses tragédies, mais seulement en ce qui peut servir à caractériser son art et à le distinguer de celui de ses rivaux.
1. Arist., Poél., XIII, p. 1453 a, 29 Vahlen : et xa\ xà «XXa ji^ eî olxovoiut.
Si l'on compare^ sous le rapport de Taction dramatique, le théâtre d'Euripide à celui d'Eschyle, oq est tout d'abord frappé d'une différence : dans les tragédies d'Eschyle, la fable est simple et composée d'un petit nombre de faits ; dans celles d'Euripide, la fable est complexe et plus ou moins chargée d'événements ou d'incidents. Cette observation ne s'applique pas, il est vrai, à tous les drames de notre poète. Quoi de plus simple, par exemple, que la fable des Héraclides, où il s'agit seulement de savoir si des suppliants qu'Athènes a pris sous sa protection seront livrés ou non à leurs ennemis, et où le nœud de l'action est une bataille, le dénouement une victoire qui a pour effet le salut des enfants d'Hercule et le meurtre d'Eurysthée, leur persécuteur? Mais la tragédie des Héraclides, comme celle des Suppliantes, qui lui ressemble tant, est une exception dont il est permis de ne pas tenir compte pour affirmer qu'Euripide s'est très souvent plu à traiter des fables compliquées. Quelques-unes de ses tragédies perdues nous en offriront d'abord les exemples les plus frappants.
Une pièce jouée en 438, en même temps qu'Alceste, VAlcmœon à PsophiSy montre que ce n'est point à la fin de sa carrière et par nécessité qu'Euripide a renoncé aux sujets simples. Alcmœon est, comme Oreste, un fils qui, pour venger son père, a tué sa mère, et qui depuis ce jour a l'esprit troublé*. Poursuivi par rÉrinys, il se rend à Psophis, en Arcadie, chez le roi Phègeus, qui le purifie du meurtre commis et lui