Schol. Aristoph., Gren
2. Apollodore, III, 7, 7, qui résume, nous dit-il, la tragédie d'Euripide. Remarquons que c'est là pour nous la source unique de cette fable. Ëtait-elle empruntée au poème cyclique VAlcmœoniê? C'est douteux, puisque ApoUodore, qui ailleurs (I, 8, 5) cite l'auteur de VAlcnufOTttSt ne cite ici qu'Euripide. On ne peut cependant on conclure qu'elle soit de l'invention du poète.
3. Le même sujet avait été aussi traité par Sophocle, mais de quelle
jour qu'elle accouchait d'une torche enflammée, d'où s'élançaient des serpents. Les devins consultés décident qu'il faudra tuer les fils qui naîtront d'Hécube. Quand Paris (Alexandros) vient au monde, il est donc envoyé à la mort. Mais les gardes chargés de le faire périr, pris de pitié, se contentent d'exposer l'enfant, qui sera recueilli et élevé par des bergers. Un jour, de longues années après, on vient de la cour de Priam chercher auprès de ces bergers un taureau, qui devait servir de prix dans des jeux funèbres. Ce taureau était l'animal favori du jeune Paris, qui, pour ne point le perdre, descend dans l'arène, où il triomphe de tous ses rivaux, même de ses frères. Déïphobos, exaspéré de rissue du concours, fond, l'épée nue, sur Paris, qui se réfugie à l'autel de Zeus Herkeios. Déïphobos va l'atteindre, quand la prophétique Cassandre déclare que ce jeune homme est son frère. Priam reconnaît alors Paris et le reçoit dans son palais ^
Ces analyses nous apprennent l'existence de la reconnaissance dans plusieurs tragédies d'Euripide : elles ne nous renseignent pas sur la façon dont cette reconnaissance se produisait. Heureusement, trois tragédies conservées, Electre^ Ion, Iphigéme en Taurtde^ nous permettent d'apprécier l'habileté dont le poète avait fait preuve dans l'emploi de ce
façon, oa n'en sait rien. II ne reste de V Alexandros de Sophocle que deux vers entiers et quelques mots.
1. Hygin, Fab., 91, qui ne nomme pas du reste Euripide. Le fragment 58 (NauckS) ne nous semble pas, ce qu'il a paru à Wilamowiti (Anal. Eurip,f p. 148), contradictoire avec le texte d'Hjgin relatif à la prophétie do Cassandre. Cf. la restitution de Welcker, Griech. Trag.y II, p. 462.
procédé^ qui n'était pas nouveau du reste au théâtre. Quand on joua Y Electre d'Euripide, le public athénien n'avait pas perdu le souvenir de la reconnais^ sance des Choéphores : une comparaison inévitable devait s'établir entre les deux scènes analogues des deux drames. Euripide alla résolument au-devant de cette comparaison : il la signala lui-même aux spectateurs. Et ce n'était point par déférence, pour rendre hommage à son prédécesseur, mais bien par malignité, pour le critiquer ; oubliant sa qualité de poète tragique, il se fit un instant poète comique, et parodia la scène d'Eschyle qu'il était obligé de refaire. On se rappelle que, dans les Choéphores, la reconnaissance est amenée par plusieurs moyens : la boucle de cheveux qu'Oreste dépose sur la tombe d'Agamemnon, l'empreinte de ses pas, le vêtement qu'il porte. Ce sont ces moyens qu'Euripide tourne en ridicule. Il suppose qu'un vieillard qui a élevé Tenfance d'Oreste vient trouver Electre. En passant près du monument d'Agamemnon, ce vieillard a vu les traces récentes d'un sacrifice, et il a recueilli une boucle de cheveux qu'il présente à Electre en lui de* mandant si elle n'y reconnaîtrait pas, en les comparant aux siens, les cheveux d'Oreste. Electre trouve cette idée peu raisonnable : « Comment ces deux che* velures, dit-elle, pourraient-elles se ressembler? La sienne a été nourrie par les mâles exercices de la palestre; la mienne est une chevelure de femme, amollie par le peigne. Non, ce n est pas possible. Bien des personnes d'ailleurs, vieillard, peuvent avoir des cheveux qui se ressemblent, sans être nées pour
€ela du même sang. » — Le vieillard reprend : « Va donc du moins reconnaître la trace de ses pas; examine l'empreinte de sa chaussure, et vois si elle s'adapte à ton pied, mon enfant. » Et Electre réplique : « Gomment, sur un sol rocailleux, ses pas auraient-ils pu marquer leur empreinte? Quand cela serait, les pieds d'un homme et ceux d'une femme, môme frère et sœur, ne pourraient être égaux : le pied de l'homme est plus grand. » Le vieillard insistant et prétendant que, si Oreste était de retour, Electre reconnaîtrait le vêtement qu'elle lui avait tissé autrefois, celle-ci oppose une nouvelle objection, bien faite pour mettre le public en gaité aux dépens d'Eschyle : « Si j'avais tissé une robe à Oreste alors qu'il était enfant, comment la porterait-il encore aujourd'hui, à moins que ce vêtement n'eût grandi en même temps que son corps * ? » Ces critiques ne sont point assurément à leur place dans une tragédie; mais la forme en est assez piquante, et il faut convenir qu'elles sont justes. Ce n'est pas diminuer Eschyle que de constater qu'il ne s'est pas assez préoccupé de la vraisemblance dans la scène de reconnaissance de ses Choéphores,
Les moyens qu'Eschyle avait employés pour faire reconnaître Oreste par Electre n'étant pas bons, Euripide était tenu d'en inventer de meilleurs. Chez lui, c'est ce même vieillard dont Electre a découragé les imaginations singulières, qui reconnaît Oreste, dérobé jadis par lui à la mort. Il le reconnaît moins à