LES DENOUEMENTS HEUREUX
prétendre que Taction tragique ne doit jamais avoir une heureuse issue. Une telle assertion eût été contredite par rhistoire même du. théâtre grec. Ce n'est pas seulement chez Euripide qu'on trouve des tragédies qui ne finissent pas par des morts et par des désastres; c'est encore chez Eschyle et chez Sophocle. Peut-être importe-t-il, pour dissiper à ce sujet toute espèce de doute, de rappeler les faits.
Dans le théâtre d'Eschyle, qu'on se représente volontiers comme entièrement dominé par l'action funeste de la fatalité, les dénouements heureux n'étaient cependant pas rares. A la fin des Supplian-' tes^ Danaos et ses filles échappent, par l'intervention du roi d'Argos, aux violences dont les menaçait le héraut des fils d'iEgyptos. Le Prométhée enchavié était suivi du Prométhée délivré : Hermès, de ses flèches, abattait l'aigle ethrisait les chaînes du captif; le Titan se réconciliait avec Jupiter. La trilogie de VOresiie se termine par l'absolution d'Oreste et par la transformation des Érinyes, qui deviennent les Euménides. Chez Sophocle, ce. ne sont plus des trilogies, mais des tragédies indépendantes les unes des autres dont le dénouement a ce môme caractère. Parmi celles que nous possédons, on ne peut citer en ce genre que Philoctèie. Mais combien de ses tragédies perdues laissaient le spectateur sur une impression analogue ! UAridromède^ la Créûse^ lePolyidos de Sophocle pouvaient bien différer par le plan, par Tagencement de l'action, par les circonstances, des pièces d'Euripide sur les mêmes sujets : elles ne pouvaient pas avoir un dénouement d'une autre nature.
On imagine difficilement la tragédie de Nausicaa finissant par une catastrophe. Pour parler surtout de ce qui est à peu près certain, YAthamas de Sophocle, condamné à mourir par la vengeance de Néphélè, et amené devant Tautel de Jupiter pour être immolé, était, à la fin de la pièce, sauvé par Hercule *. Ses IjemnienneSy après avoir livré combat aux Argonautes descendus sur leurs rivages, faisaient avec eux une paix qui était le prélude d'une intime union*. 'Son AJax le Locrien, mis en jugement par les Grecs pour avoir fait violence à Cassandre, était absous *. L'action du Térée enfin se résolvait par une métamorphose qui dérobait à la mort Philomèle et Procné*. Euripide était donc autorisé par les habitudes de ses prédécesseurs et de ses rivaux à produire sur la scène des tragédies dont le dénouement n'excitait ni la terreur ni la pitié.
Ces tragédies, sans être plus nombreuses que les autres dans son théâtre, ne s'y rencontrent cependant pas à l'état d'exception. A ce genre appartiennent d'abord la plupart des pièces où s'opèrent des reconnaissances, la reconnaissance ayant pour effet le plus ordinaire de rendre des enfants, que l'on croyait perdus, à l'affection de leurs parents. Creuse retrouve dans le jeune Ion le fils qu'elle a eu d'Apollon; Egée retrouve dans Thésée le fils que lui a donné iËthra ; Alcmaeon, à Corinthe, rentre en possession de