‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 255 sur 341 · Hélène · texte numérisé non relu

Hélène

Le rôle de la divinité est uq peu plus actif au dénouement de VIphigénie en Tauride, qui fut jouée vraisemblablement entre 411 et 409*. Apeinelphigénie a-t-elle réussi à enlever la statue d'Artémis et à s'embarquer avec Oreste et Pyiade, qu'un vent contraire ramène leur navire à la côte. Ils semblent perdus sans retour; Thoas donne déjà des ordres pour s'emparer d'eux, quand une voix divine retentit à ses oreilles. « Où donc, roi Thoas, où lances-tu ces gens à la poursuite des fugitifs? Écoute-moi; c'est Athèna qui te parle. » Et la déesse lui fait savoir que, si Oreste est venu en Tauride pour emmener sa sœur et transporter vers l'Attique l'image d'Artémis, c'est pour obéir à la loi du destin et aux oracles d'Apollon. Thoas, tout roi barbare qu'il est, se soumet aux ordres des dieux de la Grèce et renonce à sa résolution. Le danger qui menaçait les jeunes gens est donc conjuré par l'intervention d'Athèna. La déesse fait autre chose encore : elle règle les intérêts religieux que l'enlèvement de la statue divine met en question. A Oreste, qui entend sa voix, bien qu'il soit déjà loin sur la mer, elle recommande, quand il sera arrivé en Attique, d'élever, au port d'HalaB, un temple où sera déposée l'idole d'Artémis Tauropole. A Iphigénie elle apprend que, sur les hauteurs de Brauron, elle aura la garde du sanctuaire de la déesse, près duquel elle sera un jour ensevelie et où son tombeau sera comblé d'honneurs. Elle part ensuite pour faire route avec le vaisseau qui emporte le fils d*Aga-

1. Cf. les raisons données par Wilamowitz-Moellendorf, Analecla Euripidea, p. lo3.

memnon *. Si Ton s'étonne que ce ne soit pas Artémis elle-même qui intervienne pour sauver sa prêtresse et pour établir en Grèce sa religion barbare, il faut songer que, d'après la tradition des origines de FAréopage, Athèna est la divine protectrice d'Oreste; que les fugitifs, en quittant la Tauridc, se dirigent vers Athènes ; qu'il s'agit enfin de l'institution d'un culte particulier à cette terre de l'Attique, où beaucoup de dieux sans doute recevaient des honneurs, mais qui était surtout le domaine sacré de la déesse Athèna.

Nulle part intervention divine ne fut plus utile, d^une nécessité même plus indispensable, que dans YOreste, Ce drame n'aurait point de dénouement si Apollon ne lui en donnait un. Avant que le dieu paraisse, tout est encore en question. Hélène, qui doit être immortelle, parait avoir été tuée; Oreste et Electre sont sous le coup de leur condamnation à mort; on ignore si Hermione, qui est un otage entre leurs mains, sera égorgée ou non; Ménélas n'est pas encore décidé à sauver la vie d'Oreste ou bien à laisser périr sa fille. Mais Apollon se montre, et en un instant tout est réglé. Hélène, soustraite par le dieu à l'épée du meurtrier, prend son vol vers le ciel, laissant sur la terre Ménélas, qui se résignera d'autant plus doucement à cette séparation qu'on lui fait espérer une autre femme, meilleure que la première. Oreste — c'est encore Apollon qui va s'y employer — se réconciliera avec les Argiens d'une part, avec

Page 1