Von Arnim, dissert, citée plus haut
pas également vrai du milieu ni de la fin, et qu'il faut distinguer les temps et les époques. Le prologue de VOresle, qui est de 408, n'a ni le ton ni le caractère du prologue de la Médée, qui est de 431 .
Les critiques grecs admiraient beaucoup ce dernier morceau, qui, à leur jugement, était fort pathétique*. Il débute, en effet, par un mouvement passionné*, et la vive peinture que fait la nourrice des douleurs de Médée trahie dans son amour, les inquiétudes qu'elle exprime, les pressentiments qui la troublent, nous introduisent en plein drame. Un dialogue n'eût pas été plus vivant que ce monologue. Il en est de même, bien qu'à un moindre degré, de celui de VHippolyte, où Aphrodite, tout en exposant les faits, laisse éclater sa passion. Cette passion, surexcitée par une jalousie dont elle essaie en vain de se défendre, pousse la déesse à une résolution de vengeance qui nous parait odieuse, parce qu'elle va frapper sans merci deux innocents. Mais c'est précisément parce qu'Aphrodite nous révolte que ce prologue n'est point froid. Celui d'Iolaos, dans les Héraclides, pour suivre l'ordre probable des temps, est encore dramatique malgré les réflexions sentencieuses du début : c'est qu'on y a sous les yeux ce groupe d'enfants que le vieillard est chargé de défendre, et qu'on s'inquiète déjà de l'impuissance de cette jeunesse et de cette vieillesse,
1. Premier argument de la MédéCy 1. 29-30, Prinz : èîtaivelTai Se t; elaéoXYj Ôià to icaOtiTixû; àyav tyitw,
2. Trois autres pièces, AlcesiCt Andromaquej ÈlecU^e, commencent par une exclamation, mais qui n'est pas suivie d'une proposition principale. Cette exclamation exprime un sentiment qu'il est facile de restituer d'après ce qui suit.
tremblantes sous la menace d'un même péril. Andro* maque, au commencement de la pièce qui porte son nom, n'a qu'à paraître et à ouvrir la bouche pour qu'aussitôt s'éveillent autour de cette noble femme les sympathies qu'inspirent les malheurs de son passé et les angoisses de son présent. On oublie si elle est venue pour avertir le public du lieu de la scène* et pour le renseigner sur la situation : elle parle, et ses premières paroles font naître la compassion. Le prologue à! Aîidromaque met donc immédiatement en jeu l'un des deux grands sentiments tragiques. Celui des Suppliantes e^i v^ioivis touchant; iËthra, cependant, qui n'est point elle-même menacée, intéresse vivement au sort des mères argiennes qui sont sur la scène ; d'après les sentiments qu'elle manifeste, on prévoit qu'elle saura encourager Thésée à défendre à la fois la cause des suppliantes et l'honneur d'Athènes. Le prologue des Troyermes est d un genre dififérent: c'est Poséidon qui en est chargé. Mais le tableau que fait le dieu de la ruine de Troie, de ses bois sacrés déserts, de ses temples ruisselants de sang, des gémissements des captives partagées entre les vainqueurs, d'Hécube qui pleure couchée sur le sol, est un tableau saisissant. Ce dieu qui se retire ensuite, disant à Troie un dernier adieu, abandonnant un pays qui lui était cher, mais qui ne pourra plus l'honorer parce qu'il va devenir une solitude, ajoute à l'impression de pathétique désolation qui est celle du prologue comme du drame tout entier. C'est d'une
1. Par exception, dans Andromaque, le lieu de la scène n'est pas indiqué dès le commencement, mais seulement aux vers 16-17.
autre façon que le prologue des Bacchantes trouble et inquiète aussi. Dionysos, à son arrivée, ne se borne pas à indiquer le théâtre du drame, à faire savoir qui il est, sous la forme humaine où il dissimule sa divinité ; il annonce encore pourquoi il vient et com- ' ment il entend employer sa puissance à établir son culte chez les Thébains, qui se refusent à le reconnaître. Bacchus est passionné. Une colère sourde gronde dans Tâme de ce dieu contesté : il annonce qu'il se vengera. Déjà il a frappé de délire, en les entraînant sur les rochers du Cithéron, les sœurs de Sémélé et toutes les femmes thébaines; Penthée, à son tour, fera l'épreuve de sa force. Bacchus ne révèle pas le dénouement, mais on sait par lui qu'un mortel va se trouver aux prises avec un dieu : c'en est assez pour prévoir que le dieu l'emportera et que Penthée sera châtié, Ainâi le prologue des Bacchantes éveille aussitôt des pressentiments sinistres ; il est la préface qui convient à ce sombre drame où va éclater la vengeance d'un dieu. Le prologue dMnrfromède touchait d'une autre manière encore. Comment n'eùt-on pas été ému d'entendre la jeune fille, sur le rocher où elle était attachée, exhaler, au lever du jour, les angoisses de la nuit qui vient de passer si lente pour elle\ et le désespoir de l'horrible mort qui l'attend? La forme lyrique, que le poète avait heureusement substituée dans ce monologue au trimètre iambique^, devait augmenter encore l'impres-