‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 261 sur 341 · Dans VHippolyle, VIphigénie en Tauride, les Phéniciennes · texte numérisé non relu

Dans VHippolyle, VIphigénie en Tauride, les Phéniciennes

pour n'y plus reparaître ; tantôt, et le plus souvent, le monologue et le dialogue se tiennent au contraire, un second personnage venant engager la conversation avec celui qui est entré en scène le premier.

Ce premier personnage n'a pas toujours le même caractère. La plupart du temps il est de ceux qui prendront à Faction une part active ; qui, par conséquent, intéressent dès Tabord, moins par les rensei* gnements qu'ils donnent que par la situation où on les sait engagés. Mais il arrive aussi que ce personnage n'ait aucun râle dans la pièce. Dans ce cas, ce n'est pas un homme que Ton a devant les yeux, c'est un dieu, et un dieu qui use de la prescience qui est un des privilèges de sa race pour révéler le dénouement du drame. Dans VAlceste, Apollon ne se contente pas de nous faire connaître qu'il a sauvé Âdmète de la mort en obtenant des Parques qu'une autre victime pût être livrée à sa place aux dieux infernaux ; que cette victime est la femme d' Admète, laquelle a voulu se sacrifier pour son époux, et que le jour fatal est venu pour elle. Il annonce encore dans les termes les plus précis ce qui doit arriver : Hercule recevra l'hospitalité chez Admète, et c'est lui qui, de vive force, arrachera Alceste aux étreintes du dieu de la mort, Thanatos'. La déesse Aphrodite, au début de YHippolyte^ ne montre pas plus de discrétion. Elle pourrait faire vaguement pressentir la vengeance qu'elle compte tirer du jeune audacieux qui

1. Vers 68-69. A la différence de ce qui arrive ailleurs, cette annonce du dénouement ne se trouve pas dans le monologue, mais dans le dialogue qui le suit.

la dédaigne. Le poète a voulu qu'elle nous en apprit davantage, qu'elle ne nous laissât ignorer rien: par elle, nous savons d'avance que Phèdre se donnera la mort et qu'Hippolyte périra victime des imprécations paternelles. De même, dans Ylofi, le dieu Hermès, sans entrer d'ailleurs dans tous les détails de Tintrigue, nous avertit comment la pièce finira et par quel artifice Apollon assurera au fils de Créiise un glorieux avenir. Quand un dieu vient dire le prologue, le drame n'a donc plus de secret, le dénouement plus de surprise.

Quelques critiques ont remarqué que le personnage des prologues d'Euripide est choisi « dans le parti qui doit éveiller nos sympathies* » . Cette observation, qu'on aurait tort de généraliser, ne s'applique évidemment ni à VHippolyte ni aux Bacchantesy où la divinité du prologue se présente comme l'ennemie implacable et même odieuse des êtres humains qui vont nous intéresser. Mais, ces deux exceptions faites, on ne peut en contester l'exactitude. S'il en est ainsi, il semble qu'un tel personnage doive être écouté sans trop d'ennui. Le reproche de froideur qu'on fait d'ordinaire aux prologues d'Euripide a été peut-être exagéré. Il ne s'applique pas équitablement à toutes ses pièces, ni même au plus grand nombre d'entre elles. Ici, comme dans la plupart des questions relatives AU théâtre d'Euripide, les formules générales risquent d'être inexactes, parce que ce qui est vrai des commencements de la carrière du poète n'est

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