Phéniciennes
3. Il faut y ajouter les prologues du Méléagre (Nauck>, fr. 515) et du Phrixos (fr. 819), dont nous n'avons d'ailleurs que des fragments.
4. Avant les Grenouilles, il avait parodie, dans le Gérytadès et dans Y^oUmconé, les premiers ver» du prologue de VHécube. (Athénée, III, p. 112 f; XII, p. 551 6).
pule aucun et sans injustice flagrante, s'en égayait. Ce qui lui servait à amuser le public, c'était moins d'ailleurs les généalogies dont les prologues d'Euripide sont encombrés — il ne fait qu'indiquer cette critique dans les Grenouilles — que leur style, que la forme, en particulier, de leur première phrase. L'ordre de cette phrase est souvent tel qu'elle est d'abord construite avec un participe, et que son premier membre est régulièrement suivi, au second ou au troisième vers, d^une césure penthémimère ; ce qui permet à Aristophane d'adapter, en cet endroit, à la phrase tragique ainsi coupée un refrain comique, Iv^xtiOcov àicuXeaev, € il a perdu sa fiole », dont la trivialité devait provoquer les éclats d'une grosse gattéV Cette phrase initiale, qui d'ordinaire marche avec une cer* taine majesté, laissant flotter les plis de son ample période ', était-elle aussi inhabilement construite et finissait-elle aussi mal qu'Aristophane le laisse entendre ? Nous sommes moins frappés de ce défaut, intentionnellement grossi du reste par le comique, que pouvaient l'être les Grecs, si sensibles aux moindres délicatesses de leur langue. Mais ce genre de critique parait avoir produit sur eux une vive im-
1. Grenouilles y 1208-1241. Cette critique est dirigée contre le commencement des prologues de YArchélaoSy de VHypsipyléy de Sthénêbœa, du PkrixoSy de Ylphigénie en Tauride, du Méléagre. De la Mêlanippe philosophe^ le premier vers seul est cite (r. 1244), parce qu*au second il n*j a point de participe, mais une proposition principale, ce qui rend impossible Tadaptation du refrain.
2. Cotte période est de six vers dans YBippolyie; de sept vers dans les Suppliantes et dans V Electre; de neuf rers dans YUécubey Ylphigénie en Tauride et les Phéniciennes. La première phrase de YAndromaque n'a pas moins de quinze vers, avec une seule pause au septième.
pression. Quand Euripide le Jeune surveilla la reprise de plusieurs tragédies de son père, il jugea prudent de changer la forme des prologues* dont Aristophane s'était moqué.
Dira-t-on que ces imperfections diverses ne doivent pas être toujours attribuées au poète lui-même? Les acteurs sans doute se gênaient si peu pour corriger certains drames au profit de leurs rôles, qu'un demi-siècle environ après la mort d'Euripide, un décret du peuple athénien, rendu sur la proposition de l'orateur Lycurgue, dut protéger contre l'indiscrétion de leurs remaniements le texte des trois grands tragiques '. Mais les acteurs n'auraient eu intérêt à allonger les prologues d'Euripide en y insérant des détails de leur crû, que si le public avait pris goût à ces longueurs. C'est ce qui est bien invraisemblable et ce que rien ne prouve du reste. Il est plus facile d'accuser les grammairiens et les copistes et d'essayer de les convaincre d'interpolation. Mais comment y réussir? où s'arrêter dans cette voie de suspicion^ une fois qu'on y est entré ? quelles règles adopter pour
1. Ce n'est là saas doute qu'une hypothèse, mais une hypothèse fort Traiscmblable, développée par Fritzsche, p. 366 de son édition des Grenouilles, Elle explique comment il peut être question de deux prologues différents pour VArchélaos (Schol., Gren., 1206; Plut., Mor.^ p. 831 e), pour le Phrixos (Schol., Gren.j 1225; fragm. de Tzetzès publié par Keil, Rhein. Mus. N. P., VI, p. 616) et le Méléagre (Aristote, Rhét.f III, 9, qui en cite le premier vers autrement qu'Aristophane). Fritzsche fait remarquer que si le prologue de Ylphigënie en Tauride commence dans les manuscrits d'Euripide comme chez Aristophane, c'est sans doute que la pièce ne fut pas reprise après la mort du poète, ou qu'elle fut reprise de longues années après la représentation des Grenouilles.
2, Vie des dix orateurs, VII, 11. Plut. Mor,, p. 842 a.
décider de ce qui appartient ou de ce qui n'appartient pas à Euripide? Si de ces prologues on prétend retrancher tout ce qui nous surprend, tout ce qui parait de trop aux exigences de notre goût moderne S qu'en reslera-t-il? Les quelques endroits où l'interpolation parait à ce point évidente que chacun en tombe d'accord, sont rares. Mieux vaut donc peutêtre, au risque d'être parfois dupe, accepter ces prologues tels qu'ils nous sont parvenus, que de s'exposer, par des mutilations profondes, arbitrairement pratiquées, à perdre une partie de ce qui est bien d'Euripide.
Quelque opération qu'on fasse subir au texte des prologues, taillés et élagués, ils n'en gardent pas moins, avec leurs défauts principaux, leur caractère essentiel : celui d'une forme d'exposition très particulière, qui n'est point un essai, une tentative isolée, que le poète au contraire a adoptée pour y rester constamment fidèle, à laquelle il n'a pu s attacher par conséquent qu'en vertu de motifs déterminés. L'adoption de cette forme est-elle un retour réfléchi aux procédés de l'art primitif? Thespis, en son temps, quand il fit sortir le drame de l'élément lyrique où il était encore engagé, avait imaginé le prologue * : explication nécessaire de ses intentions aux spectateurs de pareilles nouveautés. Mais l'âge des émerveillements enfantins et des ignorances naïves était
1. C'est ce qu'a fait Klinkenberg dans sa dissertation, déjà citée, sur les prologues d'Euripide et leurs interpolations. H. Ton Amim, traitant le même sujet, est plus modéré dans ses corrections.