‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 265 sur 341 · Aristot. ap. Themist., Oral,, XXVI, p. 382, Dindorf · texte numérisé non relu

Aristot. ap. Themist., Oral,, XXVI, p. 382, Dindorf

bien passé pour le public du théâtre d'Athènes : ce public avait vu tant de choses depuis Thespis, qu'Euripide ne devait pas avoir autant de raisons que celui-ci de vouloir le guider. Il était tenu, nous l'avons dit, de l'avertir des changements qui étaient apportés aux traditions de l'histoire héroïque ; mais de tels changements ne se trouvent point dans tous ses drames, tandis que le prologue ne manque nulle part. Ils ne sont donc pas une explication suffisante du choix de ce mode d'exposition. Faut-il penser, comme le supposent plusieurs critiques *, qu'en renonçant à la forme du dialogue, forme plus vivante mais plus malaisée à manier, Euripide a voulu seulement épargner sa peine, et que, s'il s'y fût essayé, il n'y eût pas réussi? Mais quelles raisons avonsnous de le croire si préoccupé de ses commodités, et pourquoi soupçonner ces incapacités chez un homme qui, ailleurs, se montre si habile dans l'art d'engager et d'enchaîuer le dialogue ? Serait-ce encore que le prologue, au sens restreint du mot, étant la marque extérieure à laquelle se reconnaît tout d'abord une tragédie d'Euripide, celui-ci a voulu par là distinguer ses pièces de celles de ses rivaux en art dramatique ? Bien que les intentions du poète ne soient pas évidentes, nous préférons croire qu'il a obéi à un sentiment autre que celui-là. N'a-t-il pas simplement tenté de donner à l'une des parties constitutives de la tragédie une forme nouvelle, qui lui semblait sans doute mieux appropriée à sa destination? Voulant

1. En particulier Otfried Millier, U, p. 306 de la traduction française et Bergk, Griech. Lileralurgeschichie, III, 594.

que le prologue soit seulement une exposition et que ce morceau ait son caractère propre, il en supprime, au commencement, le dialogue, qui est une première esquisse des caractères et des sentiments; comme Témotion pourrait distraire l'esprit de ce qu'il importe à Tesprit de savoir, il Fécarte provisoirement et la réserve pour les scènes suivantes. Il isole en un mot le prologue du commencement de Faction et le réduit à n'être, en général, qu'une simple indication du sujet. Faut-il chercher la raison de ce fait ailleurs que dans le désir qu'il a d'aider à l'intelligence aussi complète que possible de ce qu'il a voulu, en rendant par avance parfaitement claires' toutes les données du drame? Cette préoccupation de clarté, cette recherche d'une précision parfois méticuleuse, ont leur source, à ce qu'il semble, dans un excès d'esprit méthodique '. Euripide exposantaveccalme et netteté, parla bouche d'un acteur, le sujet qu'il veut traiter, ressemble à ces philosophes qu'il fréquentait qui, avant d'entrer dans le développement et la discussion d'une question, commençaient par en rappeler les antécédents et par en poser les termes ; qui souvent même déterminaient devant leurs auditeurs la marche qu'allait suivre leur pensée, à laquelle ils assignaient une fin. La fin du drame, qui est le dénouement, n'est pas toujours signalée d'avance chez Euripide, mais elle l'est quelquefois, quand un dieu parait au prologue. Ne regrettons

i. Dans les Grenouilles , 1119 ei suiv., Euripide, en critiquant les prologues d*Eschyle sous le rapport de la clarté, à^raçr^c y^^P h^ ^v tij 9paaEt Tcî>v ftpaytiaTcov, fait indirectement Téloge^des siens, sous ce même rapport.

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