SuppL
3. Nous no sommes pas encore convaincus de Texactitude d'une théorie récente suivant laquelle le chœur aurait été au môme niveau que les acteurs. Il faut attendre de nouvelles preuves.
situations tragiques les décide parfois à quitter leur place, sans cependant qu'ils abandonnent Tenceinte du théâtre. Dans les Choéphores d'Eschyle, le chœur s'éloigne et se cache, pour ne pas assister à l'horrible scène qui va se passer entre Oreste et Clytemnestre . Chez Euripide, quand Hercule, après la crise de folie où il a tué ses enfants, sort de son sommeil et jette les yeux autour de lui, il ne trouve personne à qui parler. Amphitryon son père a prudemment disparu ; le chœur, non moins prudent, s'est retiré. Où est-il allé ? Il a descendu les degrés de l'estrade qu'il occupait, pour se ranger au pied de Vhjposkénion, du mur de la scène, où il échappe entièrement aux regards d'Hercule*.
Ce n'était là qu'un ingénieux artifice, destiné peutêtre à faire sourire de la pusillanimité des choreutes. Des motifs plus sérieux exigent qu'en certains cas le chœur sorte de l'orchestre pour n'y rentrer qu'un peu plus tard. Eschyle, dans ses Euménides, Sophocle dans son Ajax, avaient eu recours à cet éloignement momentané du chœur et à Vépiparodos, pour permettre un changement de scène qui, sans cela, eût été impossible. Euripide se servit du même moyen, non plus pour transporter l'action en un autre lieu, mais pour préparer des effets dramatiques que la présence du chœur eût rendu difficiles. Il semble se méfier de ce témoin gênant, et, pour qu'il ne soit pas induit aux indiscrétions, il Técarte, quand il faut ou quand il est prudent qu'il ne sache rien. C'est ainsi que,
t. Hercule, 1086-87. Le chœur ne reprend sa place qu'au vers 1110.
dans le drame d'Alceste, les choreutes (juittent l'orchestre pour aller suivre le convoi de la femme d'Admèle, et qu'ils ne rentrent qu'après la cérémonie terminée ^ En faisant cela, ils remplissent, il est vrai, un devoir assez naturel, puisqu'ils mènent et escortent à sa'dernière demeure celle qui est pour eux la meilleure des maîtresses et la plus noble des femmes. Mais le poète a d'autres raisons encore pour ' les envoyer à ce convoi : c'est dans l'intervalle qu'il place la scène d'Hercule et du serviteur, où le héros annonce la résolution d'aller disputer à Thanatos sa proie. Cette* résolution extraordinaire peut bien être connue du public, mais elle doit rester ignorée d'Admète, et elle ne peut l'être qu'à la condition que le chœur s'éloigne, ou que, ne s'éloignant pas, il se taise. Le poète a désespéré de lui faire garder le secret d'Hercule, et, en l'écartant de l'orchestre, il a voulu que rien ne mît obstacle à la surprise de la fin, au coup de théâtre qui clôt le drame.
Vépiparodos du chœur dans la tragédie à' Hélène a des raisons analogues. Si les servantes accompagnent leur maîtresse dans le palais pour revenir ensuite avec elle •, c'est qu'elles ne peuvent être là quand arrivera Ménélas ; c'est que la reconnaissance de la femme et du mari ne doit pas éclater brusquement, et que celui-ci serait moins bien préparé par le chœur, que par la vieille esclave qui lui ouvre la porte, à l'événement merveilleux qui l'attend. Le Phaéthon^
i. Vers 746, 861.