Vers
OÙ le chœur soit trop désintéressé de Taction, il en est deux également, F Or^^/ff et les Bacchantes, où l'intérêt qu'il y prend est aussi vif que dans VAlcestè. A un autre moment de la carrière du poète, les Suppliantes et Andromaque nous ont déjà offert le même contraste. Une pareille équivalence, si elle était générale, interdirait évidemment de se prononcer sur la question qui nous occupe. Voyons cependant, par un examen rapide des autres pièces, et en suivant désormais Tordre chronologique, s'il faut désespérer de conclure.
Médée n'est qu'une étrangère pour les femmes de Corinthe qui forment le chœur du di^ame dont elle est l'héroïne. Mais cette étrangère a toutes leurs sympathies parce qu'elle est abandonnée de l'homme qu'elle aimait : la cause de la femme trahie n'est-elle pas celle de toutes les femmes? Ces Corinthiennes consentiront donc sans peine à promettre à Médée de garder le silence sur ses projets de vengeance. Elles s'indigneront après elle de la perfidie de Jason ; elles trouveront des accents de pitié pour plaindre le délaissement de la malheureuse femme ; ou, dans des chants d'un caractère plus général, elles déploreront les funestes effets de l'amour, dont elles ont sous les yeux un si lamentable exemple. Mises dans la confidence de la résolution de Médée, les crimes que celleci médite sont si atroces qu'elles ne peuvent pas ne point essayer de l'en détourner; mais l'horreur qu'elles en ressentent ne va pas jusqu'à les décider à se séparer d'elle. Pouvant choisir entre Médée et la fille de leur roi, dont elles sauveraient la vie par un
avertissement, ces femmes, parce qu'elles sont femmes, choisissent l'étrangère. Ne faut-il pas se liguer contre le sexe fort, et Jason, avant tout, ne doit-il pas être châtié? Mais son châtiment prendra des formes si affreuses que les sympathies du chœur pour la meurtrière s'atténueront par degrés et se changeront enfin en aversion. Quand Médée va frapper ses enfants, l'émotion de ces femmes est au comble : elles supplient le dieu Soleil de sauver ses descendants ; elles apostrophent cette mère dénaturée ; aux cris poussés par les victimes, elles s'avancent vers le palais, font mine d'en forcer les portes; et, quand tout est consommé, elles réprouvent cet acte barbare, auquel elles ne peuvent comparer que la démence d'Ino^ Du commencement jusqu'à la fin ces femmes s'associent donc à la situation et sont sous le coup des événements. C'est à peine si l'on peut reprocher au coryphée quelques réflexions assez froides sur les inconvénients de la paternité' et au chœur tout entier cet éloge d'Athènes qui remplit la moitié du troisième stasimon. Ce morceau, insuffisamment motivé pour nous parce qu'il s'est écoulé trop de temps depuis le départ d'Egée, ne produisait certainement pas la même impression sur le public d'Euripide. Un éloge d'Athènes, même développé — et celui-ci est court — pouvait-il être un hors-d'œuvre