Ajax
3. 11 n'y en a qu'un exemple dans le Phaéthon, où le chant d'hyménëe précédait l'annonce de la catastrophe.
4. Gevaert, Histoire de la musique^ p. 434-435, distingue cependant
Parlerons-nous des petits morceaux qui servent de conclusion aux tragédies d'Euripide et que la tradition des manuscrits attribue au chœur? Le drame fini, le groupe des choreutes quitte l'estrade de l'orchestre pour gagner la porte de sortie, dans un ordre régulier, mais qui n'a plus rien de la pompe du cortège des Sept contre Thèbes ou de celui des Euménides. Aucun chant développé, comme dans les Suppliantes d'Eschyle, ni même aucun chant : le chœur se retire simplement, laissant à son chef le soin de prononcer, en récitatif, une ou deux phrases anapestiques, qui renferment des souhaits de victoire, des formules ou des réflexions plus ou moins banales sur l'inattendu des événements. Ces morceaux toujours fort courts, dont plusieurs ne sont pas de la main du poète, ne méritent point de fixer l'attention. Depuis que le chœur a dû céder le pas aux acteurs de la scène, l'impression du dénouement arrive, sans son intermédiaire, à l'âme des spectateurs. Le chant final de l'antique tragédie a disparu.
En abandonnant l'orchestre, les choreutes marchent précédés du musicien qui a accompagné leurs chants '. On sait que l'accompagnement instrumental des chœurs tragiques, entièrement subordonné à la mélodie vocale qu'il se bornait à soutenir discrètement, était d'une simplicité extrême : il se réduisait
dans l'hyporchéme des Bacchantes plusieurs méiaboUs rythmiques auxquelles correspondraient des mctaboles harmoniques (1^ rythme àacchios et mode phrygien ; 2* trimètre iambiquc et mode dorien ; 3» logaèdcs et mode lydien, etc.) qui donneraient à ce morceau un caractère plus yarié que n'ont ceux de Sophocle. 1. Schol. Âristoph. Guêpes^ 582.
à un élément unique qui n'était pas toujours, comme on le répète volontiers, la flûte. Les « hymnes sans lyre » dont parlent quelques personnages tragiques ', suffiraient à prouver que la lyre s'associait, dans certains cas, aux chants du chœur. Dans les Grenouilles d'ailleurs, Eschyle, s'apprètant à parodier les airs de la musique d'Euripide, ne s'écrie*t-il pas : « Allons, qu'on m'apporte la lyre * » ! L'emploi de cet instrument est nettement attesté, pour les tragédies de notre poète, par un texte intéressant de Sextus Empiricus, qu'il faut citer : « Autrefois, les vers d'Homère se chantaient avec accompagnement de la lyre ; il en était de même des chants de la tragédie, en particulier des chants qui renferment un développement philosophique comme celui-ci : « Terre, la plus grande des divinités, Etherde Zeus... » et le philosophe rapporte toute une suite de vers tirés d'un chœur du Chrysippos '. Si donc ce témoignagne est exact, tandis que la flûte mariait sa voix souple et pénétrante aux mélodies plaintives ou passionnées de la tragédie, la lyre, moins expressive, avec sa netteté grave et sèche, suffisait à celles où s'exprimaient des idées plutôt que des sentiments. Ce genre de chants étant, même chez Euripide, plus rare que les autres, la lyre était d'un usage moins fréquent que la flûte. Mais arrivait-il que, dans la même tragédie, les mélodies du chœur fussent, suivant le caractère des paroles
1. Esch. Agam., 990. Eurip. Hélène, 185; îphigénie en Taur.y 14G.
2. 1304 et Schol.» 1302, 1305. Dan8 les Thesmophor,, 137, Agatliou porle, comme attribuU du poète tragique, une lyre et un àaràilon.
3. Sextus Empiricui, p. 751, 21. Il s'agit du fragment 839, Nauck <.
auxquelles elles s'adaptaient, accompagnées tour à tour, soit de la flûte, soit de la lyre, et le même musicien jouait-il, selon les cas, de Tun ou de Fautre instrument? C'est une question qu'à défaut de documents il faut se contenter de poser.
Poésie des chœurs. Idées et images.
Après avoir étudié les formes du chœur tragique chez Euripide, il nous faut examiner le contenu de ces formes, la poésie qui y est enfermée. Deux parts sont à faire dans la poésie chorale : celle des idées ; celle des images. La part des idées n'est pas sans importance chez un poète comme Euripide qui ne veut pas que ses personnages le fassent oublier, qui se sert du théâtre pour répandre et tenter de faire prévaloir ses opinions et ses sentiments propres. Déterminons donc quelles sont ces idées.
A en croire PoUux, le chœur tragique aurait ressemblé quelquefois à la parabase de la comédie où, par la bouche du coryphée, le poète s'adresse aux spectateurs. « Sophocle, dit-il, n'a fait un pareil usage du choîur que bien rarement, par exemple dans son Hipponoîis, mais c'est chose fréquente dans les drames d'Euripide. » Et il cite la tragédie de Danaé où le chœur, composé de femmes, oubliait son sexe et parlait au masculin parce qu'il parlait au nom du poète *. La raison n'est pas convaincante, et ce mas-