‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 311 sur 341 · OnomasUcon, IV, lil · texte numérisé non relu

OnomasUcon, IV, lil

culin qui a étonné Pollux se rencontre encore en d'autres endroits ' où l'expression de la pensée des femmes prend un caractère général. Il n'y a point en réalité de parabase chez Euripide qui, nulle part, ne se sert du coryphée pour entretenir le public de luimême * et de ses affaires. Mais ce qui a motivé la réflexion de PoUux, c'est cette observation souvent répétée des commentateurs anciens que les choreutes des tragédies d'Euripide énoncent parfois des idées qui ne conviennent ni à leur situation ni à leur caractère, mais qui sont celles du poète.

Ces idées personnelles, il semble qu'Euripide devait être plus à l'aise pour les exprimer dans les chœurs, où il n'est pas gêné par l'action, que dans les autres parties du drame. Comment cependant, sans invraisemblance choquante, attribuer à des gens du commun comme sont ceux du chœur, des pensées d'un ordre élevé? Les héros de la scène, êtres supérieurs par nature, peuvent bien être sages («o^poC), mais non le vulgaire '. Euripide a eu conscience de ces difficultés : quand il va prêter à ses choreutes un langage trop relevé ou des réflexions trop profondes, il commence par les faire s'excuser et demander

1. Le chœur des femmes de YHippolyte parle au masculin au t. i 105. Cf. l'aaûotation de G. Dindorf sur ce rers.

2. 11 est fort douteux que les vieillards du chœur d'Hercule, aux ▼ers 673 et suiv. fassent allusion au poète, qui n'était pas encore très âgé k cette époque, et qui composa des tragédies pendant dixsept ou dix-huit ans après VHeivule. Sur la date approximative de la pièce, voir Wilamowiu-Moellendorft*, Herakles^ I, 348-349.

3. Aristote (Problèmes, 48) fait cette remarque : u les acteurs de la scène représentent les héros ; or, chez les anciens^ les chefs étaient toujours des héros; ceux qui leur obéissent étaient des hommes, et le chœur est composé d'hommes ».

grâce pour les développements, un peu inattendus, où ils vont entrer. Écoutons le coryphée de la Mé^ dée * : « Souvent déjà j'ai appliqué mon esprit à des sujets plus subtils, à des études et à des recherches plus élevées qu^il ne convient à la race des femmes. C'est que, nous aussi, nous avons une Muse qui nous parle pour nous enseigner la sagesse — non pas à toutes (peut-être en trouverait-on une entre mille) — mais il y a cependant quelques femmes dont l'esprit n'est pas fermé aux Muses. » Ce coryphée est donc une manière de femme savante, qui connaît sa science, et qui se rend compte de la supériorité qui la distingue du troupeau de son sexe. Celui d'Alceste^ avant de chanter avec ses compagnons la Nécessité, une divinité de philosophes qui n'avait point d'autels en Grèce, juge prudent, pour prévenir tout étonnement, de déclarer « qu'il s'est élancé sur les ailes de la Muse, jusqu'à la haute région des choses célestes et qu'il a touché à mainte doctrine *. Ces précautions prises par le poète semblent indiquer qu'il n'a pas l'intention d*abuser du chœur pour le faire parler en son nom. Ses idées personnelles en effet se rencontrent moins fréquemment sous la forme lyrique que sous celle du dialogue. Les deux strophes en l'honneur d'Anagké, le fragment cosmogonique du Chrysippos, la critique de la légende de l'agneau d'or, l'expression de quelques doutes, semés ça et là, sur la providence divine *, deux ou trois réflexions qui

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